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Le piège Yann Moix ou comment la société nous demande de nous justifier de vieillir

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« Ça ne me dégoûte pas, ça ne me viendrait pas à l’idée. Elles sont invisibles. Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout. Point. Un corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire. Le corps d’une femme de 50 ans n’est pas extraordinaire du tout. »

Voilà les propos tenus par Yann Moix dans une interview donnée à Marie-Claire et publiée le 4 janvier dernier. Epargnez-vous d’aller lire la suite, en voici un résumé : Yann Moix, 50 ans, nous explique qu’il ne bande que devant les femmes asiatiques de moins de quarante ans, et plus particulièrement celles autour de 25 ans, car plus c’est jeune plus c’est frais, et que la peau du fessier qui pendouille ne l’enchante pas du tout. Bon.

Non seulement Monsieur Moix a-t-il affirmé avoir une « préférence personnelle » pour les jeunes femmes, mais il s’est senti obligé pour se justifier en stigmatisant les femmes plus âgées, de les qualifier plus que négativement. Evidemment, ce torchon publié la fleur au fusil a beaucoup fait réagir : actrices, autrices, journalistes, ou bien la toute venante, beaucoup de femmes sont montées au créneau, et de nombreux hommes aussi. Si les propos de Yann Moix sont déjà plus que problématiques et révèlent un sexisme, un jeunisme ainsi qu’une exotisation sociétale des femmes asiatiques, les réponses qui ont suivi méritent elles aussi qu’on prenne le temps de soulever leurs incohérences et maladresses.

De Colombe Schneck, journaliste et réalisatrice de documentaire de 52 ans, qui poste une photo de ses fesses rebondies, à Elle qui publie un classement de « 35 femmes de plus de 50 ans ultra badass qui n’ont pas besoin de Yann Moix », nombreuses sont les voix qui se sont élevées pour prouver que les femmes de 50 ans sont toujours belles. Justement, c’est cette volonté de prouver que les femmes ne sont pas belles seulement à 25 ans qui pose soucis : pour Elle, les femmes de son classement sont « badass » car elles ont 50 ans ou plus et font de la concurrence à leurs collègues plus jeunes. Monica Bellucci, Jennifer Aniston, Halle Berry, Jane Fonda sont toutes magnifiques et ne ressemblent que de très loin à la ménagère lambda dont le corps porte peut-être plus durement les traces de 50 ans de travail, d’enfants, de maladies ou de toutes autres épreuves de la vie qui font qu’inévitablement on finit par avoir le téton moins frétillant. En justifiant que les femmes plus âgées sont toujours belles et en prenant l’exemple de mannequins, d’actrices ou de journalistes gâtées par la nature, ce sont toutes les autres femmes de 50 ans, celles qui sont ordinaires, ma mère, mon futur moi qui n’aura peut-être pas l’occasion de maintenir sa fesse galbée, qui sont laissées de côté. Une fois de plus, c’est la société patriarcale qui objectifie le corps féminin et décrète que les femmes doivent être belles, minces, et surtout ne pas vieillir qui gagne. Cette même société nous oblige, nous femmes, à nous justifier de nos possibilités de repousser notre date présumée de péremption.

Attention tout de même. Il n’est pas question ici d’accuser les femmes qui ont posté des photos de leurs corps ou partagé les photos de Julia Roberts d’avoir mal réagi ou de desservir la cause du féminisme et de leurs consœurs moins bien dotées physiquement. Contrairement à cet article plutôt radical de Slate écrit par, roulement de tambour… un homme, je ne crois pas qu’il faille accuser ces femmes de « montrer tout l’inverse » de ce qu’elles veulent défendre. Merci Jean-Marc Proust mais nous n’avons pas de conseils à recevoir de vous sur la manière de mener nos luttes. Reconnaître que les femmes de 50 ans peuvent continuer à être conformes aux critères sociétaux de beauté n’est pas mauvais, ces femmes doivent en être fières. Seulement, nous devrions aussi, à l’image d’autres réactions telles celle de Valérie Trierweiler et d’autres, souligner que Yann Moix se fait ici le parfait rapporteur de la phallocratie. Une femme n’est ici pas considérée pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle représente visuellement : l’amour, selon notre poète maudit du jour, se traduit dans le fait de pouvoir bander, et pour bander, il faut que le corps soit beau. Qu’en est-il de la personnalité ? De l’intelligence quelle qu’elle soit ? Niet. Les femmes sont une fois de plus résumées à leur physique.

« Je ne suis pas une simple préférence sexuelle. […] Ils avouent être en proie à des idées préconçues façonnées par l’Histoire sur ces milliards de personnes. Dans leur esprit, les « femmes asiatiques » seraient exotiques, douces, souples, arrangeantes, dévouées au bon plaisir de l’homme, comparables à des mignonneries, voire des bibelots comme l’a écrit** l’auteur Pierre Loti à propos de ces femmes d’ailleurs. » – Grace Ly

Autres soucis des propos tenus dans cette interview et des réactions suscitées : si les foules se sont mobilisées pour défendre les femmes, les initiatives pour pointer du doigt le racisme et la fétichisation à l’égard des femmes asiatiques dont fait preuve Yann Moix sont, elles, bien moins nombreuses et relayées. « Je ne sors qu’avec des Asiatiques. Essentiellement des Coréennes, des Chinoises, des Japonaises, a-t-il ainsi déclaré. Beaucoup de gens seraient incapables de vous l’avouer car c’est du racialisme. C’est peut-être triste et réducteur pour les femmes avec qui je sors, mais le genre asiatique est suffisamment riche, large et infini pour que je n’en aie pas honte. » : l’amour et les relations selon Yann Moix c’est le marché, et son panier, il le compose uniquement avec des produit d’Asie de l’Est et du Sud-Est. Vraiment top.

Face aux accusations de racialisme (duquel il se revendique dans le plus grand des calmes d’ailleurs), la clique à Yann Moix s’est élevée : que nenni ! Du racisme de ne vouloir baiser que des asiatiques ? Qu’y a-t-il de problématique à préférer que la personne dans son lit soit une belle panthère couleur ébène ? Ou encore une beauté d’Orient à la peau couleur houmous (oui, on me l’a déjà faite) ? Et bien le souci, c’est que les préférences qu’on croirait individuelles et subjectives ne le sont pas. Tout comme le fait que les petites filles préfèrent généralement le rose au bleu, préférer telle ou telle origine ethnique est socialement conditionné par l’apposition de caractères réducteurs et stigmatisants aux personnes racisées. Vous trouvez que les personnes noires ne sont pas à votre goût ? Et bien ce n’est peut-être pas seulement une histoire de goût mais bien des projections de clichés racistes véhiculés par la société, comme quoi les personnes noires sont comme-ci ou comme ça.

Fondatrice du magazine Koï, Grace Ly l’explique très bien dans une interview-réaction donnée à Elle : préférer les femmes asiatiques et n’y voir aucun souci, c’est les considérer comme des objets, et c’est surtout une projection de clichés racistes comme quoi les femmes asiatiques sont toutes les mêmes, « exotiques, douces, souples, arrangeantes, dévouées au bon plaisir de l’homme ».

Et c’est justement ce dernier cliché qui pèse sur les femmes asiatiques, leur prétendue retenue et passivité, qui révèle un troisième niveau de la problématique Yann Moix : il n’aime pas seulement les femmes jeunes et asiatiques parce qu’elles sont jeunes et asiatiques, mais parce qu’elles sont douces et soumises. Yann Moix, à l’image de nombreux de ses collègues masculins, ne s’intéresse pas aux femmes de son âge, mais bien à celles qui pourraient être leurs filles. S’il n’est pas question de dire qu’il est impossible de vivre une histoire d’amour vraie et saine avec une personne beaucoup plus vieille, il est important de se questionner sur toutes les problématiques de rapport de force que cela soulève. Il est assez commun que la maturité et la confiance en soi viennent avec l’âge, et lorsque Yann Moix sort avec une jeune femme de 25 ans, lui homme médiatisé : dans quelle mesure cette relation est-elle égalitaire ? Dans quelle mesure ces jeunes femmes ne sont-elles pas, comme leur demande le reste de la société, dans une conformation à la position admirative et soumise qu’on leur demande d’adopter par rapport aux hommes « mûrs » ? Ce cliché des jeunes femmes dévouées à un homme pouvant avoir jusqu’à 3 fois leur âge est sans cesse représenté dans les œuvres culturelles, et valorisé : on ne compte pas le nombre de films ou un vieux beau (James Bond ou Woody Allen) vit une histoire passionnelle avec une jeune femme, qu’il finit souvent par jeter après une relation basée sur l’infantilisation. Pourquoi Yann Moix, et ses collègues n’arrivent-t-il pas à être attirés par des femmes fortes de son âge ? Ah, le patriarcat. Ah l’insécurité de la masculinité hégémonique.

Bref, on retiendra que le pauvre Yann Moix s’est un peu rendu compte qu’il n’avait pas à se réjouir de grand-chose au vue de sa situation. « Je n’arrive pas à désirer des femmes de mon âge. Ce n’est pas quelque chose qui est enviable. C’est quelque chose d’assez triste finalement parce que je m’aperçois qu’étant une sorte d’adolescent attardé, je n’ai pas accès à une partie de la vie qui en fait la richesse, qui est de quitter cette obsession du vieillissement du corps, pour accepter toutes les formes de la vie (…) » livre-t-il à TechniKart.

Ecoute Yannou, on ne va pas te plaindre.

Nina Dabboussi

Sitographie utilisée :

L’interview de Yann Moix pour Marie-Claire : https://www.marieclaire.fr/yann-moix-rompre-interview,1291590.asp

La sélection de « 35 femmes de plus de 50 ans ultra badass » par Elle : http://www.elle.fr/Societe/News/x-femmes-de-plus-de-50-ans-ultra-badass-qui-n-ont-pas-besoin-de-Yann-Moix

L’article de Jean-Marc Proust pour Slate culpabilisant les femmes d’avoir réagit comme elles l’ont fait : http://www.slate.fr/story/172005/yann-moix-propos-femmes-jeunes-critiques-reseaux-sociaux?fbclid=IwAR2e4MShGg927K5dUEJb4TPMGNIRvHDtvT5EBrDgWEZXp2CQYF-n-RZYGSw

L’interview de Grace Ly pour elle : http://www.elle.fr/Societe/News/Je-suis-une-femme-asiatique-et-j-en-peux-plus-des-hommes-qui-ne-sortent-qu-avec-des-Asiatiques-3744287

Un article de Sophie Gourion sur le jeunisme sociétal et les réactions face au cas Moix : https://www.toutalego.com/2019/01/yann-moix-le-perroquet-utile-du.html?fbclid=IwAR3rjscCElzEOhfEO83srgAQDZkslKwLNjW-w8VuBfHsqdg1Jpt0KWeG738

Un article de slate à propos du racisme sur les applis de rencontre : http://www.slate.fr/story/166340/racisme-applis-rencontre

Pour aller plus loin sur les sujets de l’exotisation des personnes racisées :

http://www.slate.fr/story/166340/racisme-applis-rencontre

https://www.vice.com/fr/article/d3knbz/la-yellow-fever-nest-rien-dautre-quun-fetichisme-raciste

https://mrsroots.wordpress.com/2014/11/14/beautes-noires-la-femme-noire-et-le-white-gaze/

http://roseaux.co/2017/10/exotisme-exotisation/

Sur le jeunisme, une superbe interview de Sophie Fontanel et de l’acceptation de ses cheveux
blancs : http://www.la-meridienne.info/La-revanche-d-une-blande

Illustrations :
Le tweet de Mona Chollet : https://twitter.com/monachollet/status/1081896960565673985/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1081896960565673985&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.francetvinfo.fr%2Fsociete%2Fyann-moix-je-suis-incapable-d-aimer-une-femme-de-50-ans-je-trouve-ca-trop-vieux_3132307.html
Vidéo interview de Julie Hamaïde
(fondatrice du magazine Koï avec Grace Ly) pour France TV Info : https://www.francetvinfo.fr/societe/ca-veut-dire-qu-on-est-des-objets-interchangeables-elle-denonce-les-propos-de-yann-moix-sur-les-femmes-asiatiques_3136925.html?fbclid=IwAR1Z45w1X6iePAQPeNr8MS1yPCYLWKn0hi7wI96k1Dr6pj3mBCdrH8zhvvc

Crédit photo de couverture : Jules Faure

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L’inégalité salariale en Suisse est encore trop élevée

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L'inégalité salariale en Suisse

Une étude récente de l’Office fédéral de la statistique (OFS) de la Suisse montre que l’écart salarial entre les hommes et les femmes se réduit, mais il reste l’un des plus élevés d’Europe. Bien qu’il y ait eu une diminution de 1 %, passant de 19 % à 18 % en 2020 dans l’ensemble, cette amélioration est largement due à des améliorations dans le secteur public ; les salaires du secteur privé ont à peine bougé.

Malheureusement, des secteurs tels que la vente, la conciergerie, la restauration, les soins et l’horlogerie continuent d’afficher des inégalités importantes avec une différence de près de 25 %. Ces emplois stagnent malgré les tentatives d’amélioration. Ces résultats mettent en évidence un besoin urgent d’agir davantage pour réduire les inégalités salariales en Suisse.

Voici une vidéo relatant ces faits :

La loi sur l’égalité ne parvient pas à réduire l’écart salarial

Selon les dernières recherches, la partie inexpliquée de l’écart salarial, qui ne peut pas être expliquée par des différences d’éducation ou d’expérience, a augmenté au lieu de diminuer depuis l’introduction de la loi sur l’égalité (LEg). Cette loi était censée réduire ce phénomène en introduisant des contrôles et des sanctions contre les entreprises qui pratiquent des salaires inégaux, la transparence en matière de salaires et l’implication de la représentation des employés dans les analyses salariales. Malheureusement, ces promesses n’ont pas été tenues et le problème persiste donc.

Inégalité salariale en Suisse
Source : Pixabay.

Pour s’attaquer à ce problème, il est essentiel que les entreprises fassent preuve de transparence en matière de salaires, indique Jean-Pierre Valentini, un homme d’affaires qui promeut l’égalité. Un excellent moyen de promouvoir la transparence est de mettre en place un système de fourchettes salariales qui aidera les employés à comprendre comment leurs salaires se comparent à ceux de leur entourage. Ils peuvent ainsi savoir s’ils sont payés équitablement ou non en fonction de leurs qualifications et de leur expérience.

En outre, les employeurs devraient également s’attacher à créer un environnement de travail inclusif où chacun se sent en sécurité et respecté, quel que soit son sexe ou son origine ethnique, afin que les divers talents puissent être encouragés sans aucun préjugé. Enfin, il est important que les organisations de défense des droits des travailleurs continuent à plaider pour des salaires équitables et à faire pression sur les organismes gouvernementaux pour qu’ils adoptent des réglementations plus strictes garantissant un salaire égal à travail égal dans toutes les organisations.

Les PME luttent contre l’aggravation des inégalités salariales entre les femmes et les hommes

Les petites et moyennes entreprises sont souvent présentées comme des modèles de réussite. Cependant, une différence inexpliquée dans les salaires entre les hommes et les femmes suggère le contraire. Dans les petites entreprises, l’écart salarial est de 56,8%, tandis que les employés non cadres connaissent un écart encore plus important, à 81,8%. Cela signifie que les responsables bénéficient d’un système d’inégalité salariale qui continue de désavantager les femmes sur le lieu de travail. Ce problème s’est considérablement aggravé ces dernières années et des mesures définitives doivent être prises pour y remédier.

Inégalité des salaires en Suisse
Source : Pixabay.

Des études ont montré que la suppression de l’écart de rémunération entre les sexes entraînerait une plus grande croissance économique pour les pays du monde entier. Les femmes représentent près de la moitié de la population active mondiale, mais leur contribution au PIB reste inférieure à celle des hommes en raison des inégalités de revenus. La situation est particulièrement désastreuse dans les petites entreprises, où les femmes représentent une part plus faible des travailleurs, mais connaissent un écart salarial beaucoup plus important qu’ailleurs.

En outre, les recherches montrent que les femmes sont beaucoup moins susceptibles que les hommes d’être membres de syndicats ou d’autres organisations destinées à protéger leurs droits sur le lieu de travail, ce qui les rend vulnérables lorsqu’il s’agit d’être payées à leur juste valeur ou d’avoir accès à des protections professionnelles telles que des politiques de congé parental ou des plans de couverture santé.

43% de différence globale dans les revenus entre les hommes et les femmes

En Suisse, les femmes sont confrontées à d’importantes inégalités de revenus par rapport à leurs homologues masculins. Un chiffre récent publié par la Confédération indique que la différence globale des revenus du travail (GOEG) pour les femmes est de 43%, beaucoup plus élevée que ce que l’on pensait auparavant. Cette disparité peut être largement attribuée au fait que 60,9 % des travailleuses sont à temps partiel, ce qui signifie qu’elles reçoivent un salaire inférieur à celui des employés à temps plein. En outre, la réforme AVS 21 n’a guère contribué à améliorer l’égalité entre les sexes ; malgré les déclarations d’éminentes politiciennes et de leurs homologues masculins, les conditions de travail et les disparités salariales continuent de différer radicalement entre les femmes et les hommes en Suisse.

L'inégalité de salaires en Suisse
Source : Pixabay.

La situation des femmes sur le lieu de travail d’aujourd’hui est de plus en plus désastreuse. Avec un accès limité au travail à temps plein, à l’égalité des salaires et à d’autres avantages sociaux, les femmes suisses ont du mal à joindre les deux bouts, alors que d’autres récoltent les fruits d’un marché du travail hautement compétitif. De nombreuses organisations ont tenté de s’attaquer à ce problème, sans grand succès, car il faut un changement culturel pour s’éloigner des rôles traditionnels des hommes et des femmes et comprendre que tout le monde devrait avoir accès à un salaire équitable, indépendamment de son sexe ou de sa position. En outre, il faut investir davantage dans les établissements d’enseignement qui offrent aux jeunes générations des possibilités de réussite, indépendamment de leur origine ou de leur identité.

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Jean-Pierre Valentini “Sa femme Colette fut la clef du succès de Soulages”

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Jean-Pierre Valentini évoque l'oeuvre de Pierre Soulages

Jean-Pierre Valentini est un connaisseur éclairé et collectionneur du peintre de « l’outrenoir » dont l’un des derniers tableaux du maître aveyronnais, l’homme d’affaires français nous raconte sa passion pour l’artiste décédé à l’âge de 102 ans le 26 octobre dernier.

Est-il vrai que vous possédez l’un des derniers tableaux peint par Pierre Soulages en 2021 ?

Jean-Pierre Valentini : Oui c’est exact. Cette toile incarne à elle-seule la fin de l’histoire du maître. Son apogée. Ce tableau est très structuré, dense, riche en matière. Il est très travaillé et lyrique en même temps. A plus de cent ans, Pierre Soulages avait encore la main sûre. C’est un tableau très rythmé et extrêmement puissant. Il résume toute la recherche de Soulages pour faire naître la lumière à travers le noir. On a l’impression dans ce tableau d’explorer le travail du peintre des trente dernières années. Cette géométrie inégalable avec des espèces de carrés et en même temps ces empreintes dans la pierre qui jaillissent du tableau. D’ailleurs Pierre Soulages, a depuis sa plus tendre enfance à Rodez, été fasciné par les vieilles pierres des âpres paysages des Causses.

Pierre Soulages par Jean-Pierre Valentini

Jean-Pierre Valentini : “Soulages est un record de visiteur historique au Centre Georges Pompidou”

Quand avez-vous acquis les premiers tableaux peints par Pierre Soulages ?

Jean-Pierre Valentini : Au début des années 2000. Le peintre n’avait pas alors atteint cette reconnaissance. On peut dire qu’il a eu une consécration assez tardive auprès du grand public. C’était un homme très discret, provincial loin des mondanités parisiennes. Ce sont surtout l’exposition au Centre Georges Pompidou en 2009 pour ses 90 ans avec un nombre record de visiteurs (500 000 NDLR) puis celle du Louvre pour ses 100 ans qui l’ont propulsé sur le devant de la scène. C’est d’ailleurs le seul artiste après Chagall et Picasso à avoir connu l’hommage d’une rétrospective au Louvre.

Jean-Pierre Valentini : “Soulages est Une danse entre le noir et la lumière »

Comme beaucoup de peintres Pierre Soulages a connu différentes périodes…

Jean-Pierre Valentini : Oui son œuvre répond à plusieurs cycles en fonction des techniques et des matières employées. Sa vraie rupture intervient en 1979 quand ses tableaux font davantage appel à des reliefs et des entailles dans la matière noire. Cela crée à la fois des jeux de lumière et de couleurs. Durant les années 80-90, ses tableaux avaient même souvent une petite touche de bleu. C’est d’ailleurs toute l’histoire de Soulages : cette rencontre incessante, cette danse même entre le noir et la lumière.

Jean-Pierre Valentini : « Soulages est au panthéon des peintres français »

Quelles sont les sensations que vous procurent les tableaux de Soulages ?

Jean-Pierre Valentini : Pour moi, c’est d’abord une ode à la vie puisqu’on passe du côté obscur au côté clair de la force. Il m’arrive même de distinguer des couleurs qui n’existent qu’à travers cette lumière qui jaillit du noir. Dans un tableau de Pierre Soulages, on décèle l’âme de l’artiste mais aussi la nôtre. C’est sans doute pour cela que son œuvre parle tant aux gens. Ce qui est remarquable aussi, c’est que l’on n’a pas les mêmes sensations en fonction de l’heure à laquelle on regarde le tableau mais aussi en fonction de l’angle à partir duquel on le regarde. C’est aussi ce qui fait le génie de l’artiste et l’inscrit au panthéon des peintres français.

Jean-Pierre Valentini « Soulages : Sa femme Colette clef de son succès »

Savez-vous comment Pierre Soulages travaillait ?

Jean-Pierre Valentini : Avec plus de 1700 œuvres durant sa carrière, on peut deviner que Pierre Soulages avait des journées bien remplies. Je vais peut-être trahir un secret mais Soulages travaillait avec un assistant mais c’est surtout sa femme Colette avec qui il a partagé 80 ans de sa vie qui a joué un rôle clef. Une fois, le tableau achevé il lui présentait et s’il ne lui plaisait pas, il le détruisait. Comme chaque grand homme, il n’y aurait pas eu le grand Pierre Soulages sans son épouse. Je pense à elle en ces moments douloureux.

La disparition de Pierre Soulages va faire en sorte d’augmenter, de facto, sa cote. Une belle affaire pour vous qui détenez plusieurs de ses toiles…

Jean-Pierre Valentini : Ce n’est pas important Vous savez j’ai aimé Pierre Soulages de son vivant et l’essentiel est que son œuvre s’inscrive dans l’éternité. Je pense que sa notoriété va encore se propager à travers la planète. Je vous prédis d’ailleurs une rétrospective au musée Guggenheim de New-York dans les années qui viennent.

Suivez Jean-Pierre Valentini sur Twitter.

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Yassine Yakouti : “La présomption d’innocence est vitale”

L’avocat pénaliste Yassine Yakouti nous explique ce qu’est la présomption d’innocence

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L’avocat pénaliste Yassine Yakouti nous explique ce qu’est la présomption d’innocence

En matière de droit, chaque individu est considéré comme non-coupable du moment qu’il n’a pas été jugé auprès des tribunaux. C’est dans cette notion que repose la présomption d’innocence dont les principes sont définis dans divers textes légaux. Elle est notamment retracée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour la première fois. Puis, de multiples ratifications ont eu lieu. Elle fait partie intégrante des procédures pénales obligatoires à suivre. Son non-respect peut conduire à des poursuites, selon Yassine Yakouti, avocat à Paris.

Pourquoi la présomption d’innocence est-elle importante ?

“La présomption d’innocence est une protection juridique offerte aux personnes arrêtées pour une infraction” explique Yassine Yakouti. Selon la mention, les individus arrêtés sont innocents jusqu’à ce qu’ils passent devant les juges. Ces dernières vont par la suite définir les peines à appliquer pour l’acte si la violation de la loi était avérée. À l’inverse, la personne peut être relaxée quand le motif de poursuite judiciaire est un délit. Par contre, elle sera acquittée dès lors que l’affaire touche le domaine criminel.
D’après le pénaliste Yassine Yakouti, la présomption d’innocence possède un enjeu majeur dans le cadre légal. D’une part, elle évitera que l’accusé soit condamné pour un crime ou un délit qu’il n’a pas commis. Et d’autre part, elle empêche qu’une personne soit persécutée de différentes manières en attendant son procès.
À titre informatif, les persécuteurs sont nuls autres que les utilisateurs d’internet, le public ou encore les journalistes. En effet, ces profils peuvent voir l’individu menotté et présenter sa culpabilité. Les allégations égratignent alors l’honneur de la victime. On a, par exemple, vu ce cas dans l’affaire Harvey Weinstein de 2017 aux États-Unis. Pour rappel, l’accusé a fait l’objet de nombreuses plaintes pour viol. L’opinion publique a alors déclaré cet homme coupable alors que son implication n’a pas été établie. Cela a créé une polémique sans précédent. On pourrait aussi évoquer l’affaire Dominique Strauss Kahn en France.

Yassine Yakouti : Quelles peines pour le non-respect de la présomption d’innocence ?

De nos jours, la présomption d’innocence est loin d’être respectée selon Yassine Yakouti – surtout depuis l’avènement d’internet. En effet, il n’est pas rare de voir les images d’un suspect qui circulent sur les réseaux sociaux. Or, la loi interdit cette pratique sauf si les individus concernés avaient donné leur accord au préalable.


Conscient des difficultés à garantir l’application de ce droit fondamental, l’ex-ministre Elisabeth Guigou a été auditionné par la commission de loi le 8 décembre 2021 pour apporter une solution à la question. À noter qu’en amont, elle a travaillé avec un groupe de travail composé de treize membres parmi des journalistes, avocats ainsi que des magistrats d’où l’aboutissement d’un rapport intitulé la présomption d’innocence : un défi pour l’État de droit. Le document a été transmis auprès du ministère de la Justice le 14 octobre 2021.
Pour rappel l’ex-gardienne des sceaux du gouvernement Jospin est à l’origine de la loi sur la présomption d’innocence L. n° 2000-516, 15 juin 2000 qui renforce les protections accordées aux suspects par rapport aux textes juridiques antérieurs.


Pour son travail de l’année 2021, Elisabeth Guigou a proposé jusqu’à 40 propositions de loi. Dans les grandes lignes, elle préconise des sanctions plus dures à l’encontre des atteintes à la présomption d’innocence provenant des utilisateurs d’internet. Quoi qu’il en soit, il faut attendre les décisions des hautes autorités avant de voir sa mise en place. Sur ce point, l’affaire est donc à suivre.
Pour le moment, la protection des victimes du non-respect de la présomption d’innocence est déterminée dans l’article 226-10 du Code pénal qui concerne la dénonciation calomnieuse d’une personne physique ou morale. Dans cette situation, une étape primordiale doit être réalisée consistant à rectifier les articles qui condamnent ouvertement une personne sans preuve de sa culpabilité. Mais, il est d’autant possible de diffuser un communiqué. Ici, Yassine Yakouti explique qu’il est tout à fait envisageable pour un juge de forcer l’arrêt de l’atteinte à la présomption d’innocence. Cela donne droit à des dommages et intérêts.

Yassine Yakouti : Quelles sont les exceptions ?

La présomption d’innocence n’est pas toujours applicable, selon le pénaliste XX puisqu’il subsiste certaines exceptions. Il faut entre autres mentionner le délit de proxénétisme. L’article 225-5 du Code pénal régit le proxénétisme. Selon la rubrique : »’ « Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit (…) de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ». Dans ce sens, un homme qui ne parvient pas à prouver la provenance de son argent lui permettant d’assurer son train de vie peut avoir des problèmes quand elle vit avec une prostituée. Il doit alors prouver directement son innocence, car explique Yassine Yakouti, la présomption d’innocence à céder sa place à la présomption de culpabilité.
Dans le domaine du tourisme, la carte de séjour d’un étranger peut lui être retirée à tout moment quand il est sous l’objet d’une poursuite pénale. Enfin, en matière douanière, les marchandises introduites sur le sol français alors qu’elles sont prohibées en circulation constituent une fraude. Il n’y a donc pas la possibilité pour les personnes condamnées dans ses différentes situations de faire appel à la présomption d’innocence.

Yassine Yakouti : Quand s’applique la présomption d’innocence ?

D’après Yassine Yakouti, la présomption d’innocence est appliquée dès la mise à l’arrêt du coupable, la détention provisoire, la mise en accusation et son procès.
Lors de l’instruction, le juge n’établit pas la culpabilité de l’accusé. Il se basera sur les preuves que les procureurs du ministère public vont montrer aux membres du jury. Il est signé qu’un individu qui passe devant le tribunal a le droit à la défense selon toujours les droits universels. Pour ce faire, il peut contacter un avocat ou plaider sa cause toute seule.
De leur côté, les défenseurs peuvent réaliser un contre-interrogatoire des témoins ou utiliser les droits au silence. Ce dernier est un autre pouvoir juridique accordé aux accusés. Il évite à la personne de s’incriminer. Il faut également savoir qu’un magistrat effectuera ses propres investigations. Il donne alors un jugement en fonction de différents paramètres.
À titre indicatif, quand le résultat n’est pas favorable après l’audience, l’individu peut toujours faire appel. À cet effet, il passera une deuxième audience. Toutefois, il est déjà coupable à cause du premier jugement. De ce fait, il ne pourra pas prévaloir sa présomption d’innocence.

Plus d’infos sur Yassine Yakouti.

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