Connect with us

Genre et communication

OHLOLOS : Espace public – Espace intime, pour un féminisme créatif

Published

on

Submerger l’espace public parisien de poitrines féminines aux couleurs chatoyantes, une idée digne d’une utopie érotico-féministe à la Ursula K. le Guin, c’est ce qu’ont réalisé Léa et Manon au cours de l’année 2018, au sein d’un projet alliant féminisme et créativité.
« Que tu sois charnue, enceinte ou plutôt fine, avec un, deux ou trois seins, des cicatrices, des vergetures, viens célébrer ton corps avec nous. Nous serons ravies de t’envelopper en plâtre ! », appellent-elles avec humour sur Instagram, par le biais de leur compte commun @ohlolos. L’une vient de finir ses études de scénographie et design de luxe, et s’apprête à partir en volontariat à l’étranger ; l’autre profite d’une année de transition pour suivre une licence d’arts plastiques et travailler en tant que photographe et graphiste free-lance pour une boîte d’architectes. Ce compte Instagram est à la source même de leur projet artistique puisqu’il leur a permis, de juillet à novembre 2018, de faire appel à des volontaires : elles proposent aux femmes d’effectuer un moulage de leur poitrine, moulage qui sera par la suite découpé, peint, résiné et exposé dans les rues de Paris. Ce projet présente un double objectif : s’approprier l’espace public parisien et se ré-approprier le corps des femmes, « bien trop souvent objet de consommation ou de censure » déclarent-elles.
Le processus de création présente plusieurs étapes…

1) L’appel aux volontaires via Instagram.
2) Le moulage de poitrines : il se déroule par groupe d’une quinzaine de volontaires (plus de 70 au total, de 17 à 65 ans) et a lieu chez l’une des deux artistes. L’idée n’est pas de produire à la chaîne, mais bien de prendre son temps. Ce moment de partage fait partie intégrante de l’oeuvre ; en effet, la création se constitue au fil des rencontres et, si Léa et Manon en sont à l’origine, elles n’en contrôlent pas le résultat et les évolutions.
3) Le post-moulage : ici, il s’agit de laisser sécher les bustes en plâtre, d’en découper les contours, puis de les peindre selon un code couleur pré-défini. Au revers de chaque poitrine est placée une étiquette présentant son numéro de série (qui assure l’anonymat), un message du modèle féminin, et un hashtag #ohlolos permettant de retrouver la source du projet.
4) L’installation des bustes : ils sont accrochés de nuit, dans les rues de Paris, traçables ensuite grâce à une carte interactive appelée la Ohlolos Map. De là, une question à laquelle personne n’a la réponse : aujourd’hui, les bustes ont pour la plupart disparus, qu’en est-il advenu ? Ce mystère fait partie du processus créatif puisque l’oeuvre est, dès son origine, pensée pour être imprévisible. L’imprévisibilité est l’une des principales caractéristiques du projet Ohlolos. Toute la force de l’oeuvre réside en effet dans le fait qu’elle se constitue au fil des rencontres. D’une part, Léa et Manon, qui n’avaient jamais fait de plâtre avant le tout premier moulage, s’entraînent à chaque nouveau buste et constatent leur fantastique évolution technique : les premiers réalisés sont ainsi radicalement différents des derniers. D’autre part, l’oeuvre évolue selon le corps des volontaires et les deux artistes parlent d’« arborescence ». C’est la diversité du corps féminin qui est ici célébrée ; on pourrait dire qu’il s’agit de rétablir une image plus juste du corps des femmes, en l’émancipant des diktats de beauté. Pour cela, il est nécessaire de casser les normes esthétiques et de refaçonner la notion de « beauté » en célébrant le corps féminin tel qu’il est véritablement.

Et c’est sur ce point même que l’inattendu se produit : à la grande surprise de Léa et Manon, ces séances de moulage eurent de réels effets thérapeutiques sur les volontaires, dont beaucoup affirmèrent être ressorties de cette expérience libérées de certains complexes. Par ce projet, le corps réel, aux dimensions variées et variables, présentant, pour reprendre leurs propos, « cicatrices [et] vergetures », ce corps qui porte mémoire de notre vécu, fait concurrence à cet idéal de corps standard façonné et véhiculé par les médias, qui a envahi notre imaginaire collectif et est aujourd’hui intériorisé par les individu.e.s. Dans ce combat pour l’acceptation, le corps « réaliste » lutte avec les mêmes armes que son ennemi : il s’agit ici de submerger les paysages mentaux pour affirmer sa diversité. Le corps des femmes, réifié, transformé, malmené par différentes institutions, connaît ici une réappropriation.
Pour instaurer de nouvelles normes de beauté moins discriminatoires, il faut rendre évident certains critères de jugement jusqu’alors marginaux. Il s’agit dès lors de représenter ce qui est invisibilisé par l’idéal, de donner une voix à ce qui disparaît sous le poids de la norme. Par le projet Ohlolos, Léa et Manon placent sur le devant de la scène des corps oubliés, un corps féminin « réel » dans toute sa diversité. Afficher ces poitrines nues désexualisées dans les rues de Paris en toute décomplexion est une manière d’affirmer leur existence, et surtout de réaffirmer leur appartenance : aux femmes. Toute la force de cette démarche est éclairée par le contexte actuel de dénonciation croissante du harcèlement de rue. La grande majorité des
femmes témoignent aujourd’hui avoir subi des comportements déplacés de la part d’hommes dans l’espace public. Ces actes, et la violence qui en découle, font office de rappel : traditionnellement, les femmes sont restreintes à l’espace privé et la transgression à la règle entraîne un risque. Cette division genrée de l’espace public est évidemment moins prégnante aujourd’hui, quoiqu’exacerbée la nuit. Ainsi Léa et Manon précisent-elles que leur étape d’installation des bustes dans les rues de Paris, si elle a lieu la nuit, se réalise à plusieurs, notamment avec des hommes. Si l’espace est au quotidien investi par des femmes, cela ne se déroule pas avec évidence et aisance. Dès lors, afficher à la vue de tou.te.s une poitrine de femme peinte en
jaune vif, trônant fièrement sur le lion de la statue de la République, est un véritable coup de force : espace de mobilisation et de politisation populaire, la rue est réinvestie par les femmes.


Entre appropriation de l’espace public et réappropriation du corps féminin, le double objectif du projet Ohlolos est soustendu
par une idéologie féministe, bien que toutes les volontaires participantes ne se revendiquent pas comme telles.
Il soulève de fait un questionnement sur l’intérêt de mettre en oeuvre un militantisme créatif, de véhiculer le féminisme par
l’art. A cela, Léa et Manon répondent que l’art facilite la communication. Faire passer un message par un support matériel, sensible, plutôt que par la parole, semble être rudement efficace. Selon elles, cela s’expliquerait par le fait que chacun.e peut s’approprier le message transmis. Le support créatif place l’interlocuteur.rice en public, iel lui permet de porter un regard différent, plus personnel, sur l’oeuvre. Si un propos brut et directif est exclusif, l’oeuvre artistique laisse à son public une possible identification et permet de toucher à quelque chose de plus intime.

Le fait de véhiculer le projet par les réseaux sociaux, plus précisément par Instagram, va de pair avec sa dimension artistique. En effet, au-delà des côtés pratiques que présente Instagram (communiquer à grande échelle et réaliser un projet en toute autonomie – de la création à la diffusion), cette plateforme permet à de nombreu.ses.x artistes de s’exprimer en toute liberté. En toute liberté, ou presque, puisque depuis peu y est instaurée une censure sur les tétons féminins. Présenter en toute impunité des moulages de poitrines féminines est donc une manière de contourner cette censure, et surtout de transgresser les tabous.
Si le projet parisien est aujourd’hui terminé, son imprévisibilité et son caractère intrinsèquement évolutif nous surprennent à nouveau. Contactées par le festival « Oh les filles », Léa et Manon s’implanteront pendant un mois à Yzeure (dans l’Allier) pour réaliser de nouvelles séances de moulages. De plus, face à l’ampleur du projet et à sa simplicité d’exécution, est en train de germer l’idée de le lancer en open source : après avoir diffusé une sorte de DIY, il s’agirait de laisser à tout.e un.e chacun.e la
possibilité de réaliser les moulages, et de se regrouper sous le nom de Ohlolos.

Swati Devichi

Pour approfondir certains thèmes évoqués (liste non exhaustive) :
Genre et espace public :
• DI MÉO, Guy, Les murs invisibles. Femmes, genre et géographie sociale, Armand Colin, 2011
• FAURE, Emmanuelle, HERNÁNDEZ-GONZÁLEZ, Edna et LUXEMBOURG, Corinne, La ville : quel genre ? L’espace public à l’épreuve du genre, Le temps des cerises, 2017
Instauration des normes :
• CHOLLET, Mona, Beauté Fatale, La Découverte, 2015
• DÉTREZ, Christine, La construction sociale du corps, Points, 2002

Sources photos :
• Photo de couverture : https://www.instagram.com/p/Bln8bD6hA0w/
• Photo acceptation de soi : https://www.instagram.com/p/BsECcDQnIoF/
• Photo buste lion Répu : https://www.instagram.com/p/BoM3B1Th0Ol/
• Photo d’annexes : https://www.instagram.com/p/Boj5sO-h_TV/

Continue Reading
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Genre et communication

Élisabeth Borne, le pouvoir sans théâtre : portrait d’une femme d’État qui s’éloigne de Renaissance

Published

on

Élisabeth Borne, son parcours

Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas un simple épisode d’appareil. Bien sûr, l’actualité immédiate est politique : l’ancienne Première ministre a annoncé se retirer des instances du parti en expliquant ne plus se reconnaître dans sa ligne actuelle, tout en restant adhérente, selon France 24 et Le HuffPost. Mais ce retrait dit surtout quelque chose d’elle : de sa manière d’exercer le pouvoir, de sa difficulté avec la mise en scène partisane, et d’un parcours qui n’a jamais ressemblé à celui d’une professionnelle classique de la politique.

Car Élisabeth Borne n’a jamais été une figure de séduction politique au sens contemporain du terme. Pas de storytelling chaleureux soigneusement calibré, pas de goût marqué pour l’hyperprésence médiatique, pas de personnage public construit autour d’un style. Son itinéraire est ailleurs : dans l’État, dans les transports, dans l’administration, dans le travail technique, dans la gestion de dossiers lourds, dans une forme de sérieux presque raide devenue sa signature.

À l’heure où elle s’éloigne de la direction de Renaissance, ce n’est donc pas seulement un mouvement interne à la macronie qu’il faut regarder. C’est aussi le portrait d’une femme de pouvoir qui, depuis des années, avance sans folklore, souvent sans affect apparent, et presque toujours à rebours des codes attendus d’une femme politique “bankable”.

Un départ de Renaissance qui ressemble à une clarification

Le fait est désormais acté : Élisabeth Borne a choisi de quitter la direction de Renaissance, en invoquant un désaccord avec la ligne portée par Gabriel Attal et avec le fonctionnement interne du parti. D’après France 24, elle a annoncé vouloir se mettre en retrait du bureau exécutif et démissionner du Conseil national, tout en restant simple adhérente. Le Figaro rapporte la même logique : elle dit ne plus se retrouver complètement dans une ligne qu’elle juge insuffisamment débattue.

Mais, au fond, ce départ n’a rien d’invraisemblable. Il prolonge une tension plus ancienne entre Élisabeth Borne et l’évolution de la galaxie macroniste. Elle a longtemps incarné une forme de macronisme gestionnaire, technicien, réformiste, mais relativement peu spectaculaire. Or la politique contemporaine récompense souvent l’incarnation rapide, la personnalisation forte, l’agilité médiatique, le rapport direct à l’opinion. Sur ce terrain-là, Borne n’a jamais semblé parfaitement à l’aise.

Son retrait de Renaissance ne marque donc pas seulement un désaccord tactique. Il éclaire une constante de son parcours : Élisabeth Borne est plus à l’aise dans la conduite que dans la conquête, plus dans la structure que dans la dramaturgie, plus dans l’État que dans le parti.

Une formation d’excellence, un parcours forgé dans la haute administration

Pour comprendre cette singularité, il faut repartir du début. Élisabeth Borne appartient à cette génération de hauts fonctionnaires passés par les grandes écoles de la République, avec une formation scientifique et administrative exigeante. Diplômée de Polytechnique et des Ponts et Chaussées, elle se construit d’abord dans les institutions, bien avant de devenir une figure électorale ou partisane.

Son parcours passe par les grands circuits de l’action publique : ministère de l’Équipement, administration, cabinets ministériels, transport, urbanisme, préfectorale, entreprises publiques. Elle travaille à la SNCF, rejoint ensuite Eiffage, dirige l’urbanisme de la Ville de Paris, devient préfète, puis prend la tête de la RATP avant son entrée au gouvernement. Ce trajet, rappelé par plusieurs biographies de référence comme Challenges ou Gala, dit déjà l’essentiel : Borne vient d’un monde où l’autorité se gagne moins par le charisme que par la compétence, la résistance et la maîtrise des dossiers.

C’est aussi ce qui explique son style. Chez elle, la politique n’est jamais apparue comme une aventure de récit personnel. Elle ressemble davantage à une prolongation de l’appareil d’État. Là où d’autres fabriquent une identité publique, elle installe une réputation : travailleuse, austère, sérieuse, parfois rugueuse.

Avant Matignon, une ascension par les dossiers plus que par les réseaux

L’entrée d’Élisabeth Borne dans le premier cercle du pouvoir ne se fait pas par un enracinement partisan ancien. Elle n’est ni une élue locale patiemment montée, ni une tribuneuse, ni une figure militante. Elle s’impose d’abord comme une femme de dossiers. Sous Emmanuel Macron, elle devient successivement ministre chargée des Transports, puis ministre de la Transition écologique, puis ministre du Travail.

Ce parcours ministériel est révélateur. On lui confie rarement des ministères de pure représentation. On lui confie des zones à forte intensité technique et à haut risque politique : les transports, l’écologie réglementaire, le travail, les réformes sociales. Cela dit quelque chose de la place qu’elle occupe dans le système : celle d’une exécutante de haut niveau, capable d’encaisser les conflits, de tenir une ligne, et de traverser la tempête sans spectaculaire effondrement.

Cette solidité lui ouvre Matignon en 2022. Sa nomination comme Première ministre fait alors événement pour une raison institutionnelle majeure : elle devient la deuxième femme à occuper cette fonction sous la Ve République après Édith Cresson. Mais le symbole, bien réel, ne doit pas masquer la matière politique du moment. Borne arrive à Matignon dans une période de forte instabilité, sans majorité absolue claire, avec une conflictualité sociale élevée et un quinquennat déjà entré dans sa phase la plus délicate.

À Matignon, la figure de la résistance plus que celle de la popularité

C’est sans doute à Matignon que l’image publique d’Élisabeth Borne se cristallise vraiment. Son passage restera associé à un usage répété du 49.3, aux budgets difficiles, à la réforme des retraites, à la gestion d’une majorité relative et à une usure politique permanente.

On a beaucoup décrit Élisabeth Borne comme “technocrate”, parfois comme “froide”, parfois comme “raide”. Mais ces mots, souvent employés comme des reproches, méritent d’être relus. Dans la vie politique française, les hommes de pouvoir qualifiés de durs ou de verticaux sont fréquemment perçus comme solides. Les femmes, elles, sont plus vite ramenées à un déficit supposé d’empathie, de chaleur ou d’incarnation. Le cas Borne a souvent révélé cette asymétrie.

Cela ne signifie pas qu’elle échappe à la critique. Son passage à Matignon a aussi laissé l’image d’une Première ministre qui peinait parfois à transformer la rigueur en récit collectif. Elle a tenu, mais elle a rarement enthousiasmé. Elle a résisté, mais rarement fédéré. Elle a gouverné, mais sans produire l’adhésion émotionnelle qu’exige désormais la politique-spectacle.

Et pourtant, c’est précisément ce qui rend son profil intéressant. Élisabeth Borne incarne une forme de pouvoir non glamour, non sentimental, presque anti-narratif. Dans un monde politique saturé de communication, elle a longtemps donné le sentiment de croire encore à la densité des notes, à la mécanique institutionnelle et à la discipline du travail.

Une femme politique qui n’a jamais vraiment joué le jeu de la séduction publique

Pour un site comme Fais pas genre, il y a ici quelque chose de plus profond qu’une simple biographie. Le cas Élisabeth Borne raconte aussi la difficulté française à regarder les femmes de pouvoir autrement qu’à travers des codes contradictoires.

On reproche souvent aux responsables politiques femmes d’être soit trop dures, soit trop faibles ; trop lisses, soit trop tranchantes ; trop techniciennes, soit trop médiatiques. Borne a cristallisé ce paradoxe. Parce qu’elle n’a jamais cherché à jouer la proximité performative, elle a souvent été lue comme distante. Parce qu’elle ne s’est pas coulée dans les attendus d’une figure politique chaleureuse, elle a parfois été renvoyée à une forme d’inconfort symbolique.

En cela, son parcours est révélateur. Élisabeth Borne n’a pas seulement gravi des échelons dans un univers dominé par des logiques masculines du pouvoir. Elle l’a fait sans se remaquiller politiquement pour rassurer. Elle n’a jamais semblé vouloir adoucir son image pour la rendre plus facilement consommable. Ce refus apparent de la séduction politique est peut-être aussi ce qui la rend moins “pop”, mais plus singulière.

Son retrait du parti ne signifie pas la fin de sa trajectoire

Quitter la direction de Renaissance ne veut pas dire disparaître. Les éléments rapportés par France 24 montrent au contraire qu’Élisabeth Borne souhaite désormais se consacrer davantage à “Bâtissons ensemble”, la structure qu’elle a créée pour porter des propositions et rassembler au-delà du strict cadre partisan.

Là encore, ce choix est cohérent avec son histoire. Borne n’a jamais paru fascinée par l’appareil pour lui-même. Elle a cherché le pouvoir, bien sûr, mais souvent comme levier d’action plus que comme scène d’expression. Son retrait des instances peut alors se lire comme une manière de retrouver un espace moins contraint par la compétition de leadership, moins soumis à la personnalisation permanente.

Il faut aussi noter que sa trajectoire ne se réduit pas à l’opposition avec Gabriel Attal. Ce départ raconte surtout une divergence de style, de méthode et d’époque. Entre une politique de structuration et une politique d’incarnation, Borne semble choisir la première, quitte à paraître moins audible dans un moment qui survalorise la seconde.

Ce que le parcours d’Élisabeth Borne dit du pouvoir aujourd’hui

Au fond, Élisabeth Borne occupe une place particulière dans la politique française contemporaine. Elle n’est pas une héroïne populaire, ni une grande oratrice, ni une bête d’appareil, ni une vedette médiatique. Elle est autre chose : une femme d’État façonnée par l’administration, les transports, la décision publique, la réforme, l’endurance.

Son parcours rappelle qu’il existe encore, au sommet de l’État, des trajectoires construites moins sur la conquête spectaculaire que sur la persévérance institutionnelle. Mais il montre aussi les limites de ce modèle dans une démocratie saturée par l’instant, l’image et la compétition des ego.

En quittant la direction de Renaissance, Élisabeth Borne ferme peut-être un chapitre. Pas forcément celui de son influence, mais celui d’une appartenance organique à une maison politique qui, visiblement, ne lui ressemble plus tout à fait. Son itinéraire, lui, reste celui d’une femme qui n’a jamais confondu autorité et séduction, présence et agitation, pouvoir et théâtre.

Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas seulement un fait politique. C’est un révélateur. Il remet au premier plan le portrait d’une femme publique dont le parcours tranche dans un paysage obsédé par l’incarnation, la vitesse et la communication.

De Polytechnique à Matignon, de la RATP aux ministères régaliens de la réforme sociale, Élisabeth Borne a construit une carrière d’une rare densité, souvent dans la difficulté, presque toujours dans la maîtrise. Elle n’a jamais vraiment séduit la France politique au sens médiatique du mot. Mais elle a imposé autre chose : une forme de puissance sans folklore, de sérieux sans séduction obligatoire, de pouvoir sans théâtre.

Et c’est peut-être pour cela que son retrait de Renaissance ressemble moins à une disparition qu’à une cohérence retrouvée.

FAQ

Pourquoi Élisabeth Borne quitte-t-elle la direction de Renaissance ?
Elle explique ne plus se reconnaître complètement dans la ligne actuelle du parti et critique un fonctionnement interne où les orientations ne seraient pas assez débattues, tout en restant adhérente.

Quel est le parcours d’Élisabeth Borne avant Matignon ?
Avant de devenir Première ministre, Élisabeth Borne a mené une carrière dans la haute administration, les transports et les entreprises publiques, notamment à la SNCF et à la RATP, avant d’être ministre des Transports, de la Transition écologique puis du Travail.

Pourquoi Élisabeth Borne a-t-elle une image politique à part ?
Parce qu’elle incarne une forme de pouvoir très technicienne, discrète et peu théâtrale. Elle s’est imposée davantage par la maîtrise des dossiers et l’endurance que par la communication ou le charisme médiatique.

Continue Reading

Entreprise

Magali Berdah, la femme qui a révolutionné le marketing d’influence en France

Published

on

Le portrait de Magali Berdah

Magali Berdah est une femme d’affaires qui a su saisir les opportunités offertes par le phénomène des influenceurs, ces personnalités qui comptent des millions de fans sur les réseaux sociaux. Depuis 2017, elle dirige l’agence Shauna Events, qui représente des stars de la téléréalité et des artistes comme Nabilla, Jessica Thivenin, Vitaa ou Gims. Mais qui est vraiment cette femme de 40 ans qui a fait la couverture du magazine Forbes en 2021 ? Voici son parcours, ses succès et ses controverses.

De courtière en assurances à agente des influenceurs

Magali Berdah n’a pas toujours travaillé dans le milieu du show-business. Originaire de Saint-Tropez, elle commence sa carrière comme vendeuse puis devient courtière en assurances et mutuelles à l’âge de 20 ans. Elle crée sa propre société dans ce domaine, mais celle-ci fait faillite en 2016. C’est à ce moment-là qu’elle décide de se reconvertir dans le marketing d’influence, un secteur encore peu développé en France.

Voici une vidéo montrant Magali Berdah parlant du monde des influenceurs en France :

Elle se rapproche alors de plusieurs candidats de téléréalité, qu’elle connaît personnellement ou via les réseaux sociaux. Elle leur propose de monétiser leur image en faisant du placement de produits pour des marques. Elle crée ainsi son agence Shauna Events en janvier 2017, avec une dizaine de clients. Très vite, son portefeuille s’étoffe et elle devient l’agente des plus grands influenceurs français, qui cumulent des millions d’abonnés sur Instagram, Snapchat ou TikTok.

Une femme d’affaires influente et médiatique

Le succès de Magali Berdah ne passe pas inaperçu. En 2018, elle s’associe avec Stéphane Courbit et sa société de production Banijay, qui rachète 50% de Shauna Events. La même année, elle devient présentatrice sur W9, pour l’émission de téléréalité Les princes et les princesses de l’amour. Elle rejoint également l’équipe de chroniqueurs de Cyril Hanouna, dans son émission Touche pas à mon poste sur C8.

Magali Berdah est également très présente sur les réseaux sociaux, où elle compte près d’un million d’abonnés sur Instagram. Elle partage son quotidien, ses voyages, ses rencontres avec les célébrités qu’elle représente ou qu’elle admire. Elle n’hésite pas à prendre la parole sur des sujets qui lui tiennent à cœur, comme le harcèlement en ligne ou la politique. En 2021, elle a même lancé sa chaîne YouTube, sur laquelle elle propose des interviews avec les candidats à l’élection présidentielle de 2022.

Source : Faispasgenre

Une femme controversée et critiquée

Le parcours de Magali Berdah n’est pas sans polémiques. Elle est régulièrement accusée de favoriser des pratiques commerciales trompeuses ou illégales, en faisant la promotion de produits douteux ou d’arnaques via les influenceurs qu’elle gère. Elle est notamment visée par une enquête du parquet de Paris pour “tromperie aggravée” et “pratiques commerciales trompeuses”, suite à un reportage de Complément d’enquête diffusé sur France 2 en septembre 2021.

Elle est également critiquée pour son manque de déontologie journalistique, lorsqu’elle réalise des interviews politiques sur sa chaîne YouTube. Son premier épisode consacré à Eric Zemmour a été jugé “complaisant” et “partial” par de nombreux internautes et professionnels des médias. Elle a également été épinglée pour avoir diffusé une fausse information selon laquelle Emmanuel Macron aurait refusé de la rencontrer.

Magali Berdah est une femme qui divise autant qu’elle fascine. Elle a su s’imposer comme une figure incontournable du marketing d’influence en France, en accompagnant des personnalités qui touchent un large public, notamment les jeunes.

Continue Reading

Actualité

Egalité : le Collège Sévigné reçoit l’association Band of Sisters

Le Collège Sévigné, démontre, une fois de plus, son engagement régulier envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant une nouvelle rencontre avec l’association Band of Sisters.

Published

on

Sévigné s'engage contre le sexisme

La violence faite aux femmes est un sujet brûlant et malheureusement, toujours d’actualité. C’est pourquoi, dans le cadre de ses actions régulières pour l’égalité entre les femmes et les hommes, le Collège Sévigné à Paris organise une nouvelle rencontre entre ses élèves de 4ème et de 2nde et l’association Band of Sisters. But de cette rencontre : sensibiliser les jeunes garçons et filles aux violences faites aux femmes. Mathieu Palain, écrivain et journaliste, ainsi que Cécile Lehanneur, présidente de l’association, seront présents pour échanger avec les élèves sur le dernier ouvrage de M. Palain, “Nos pères, nos frères, nos amis”.

La violence faite aux femmes est un fléau qui touche toutes les couches de la société. Le Collège Sévigné a donc jugé important d’informer ses élèves sur ce sujet sensible. L’association Band of Sisters a, quant à elle, présenté son action contre les violences faites aux femmes et leur soutient aux victimes. Les élèves ont pu ainsi comprendre l’ampleur de ce fléau et lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes.

Mathieu Palain, écrivain et journaliste, participera également à cette rencontre. Il partagera avec les élèves son dernier ouvrage qui traite de la relation entre les hommes et les femmes. Il appelle ainsi les jeunes à adopter une attitude responsable face à la violence faite aux femmes. Les élèves pourront également participer à des ateliers interactifs pour mieux comprendre le phénomène de violence. Ils auront ainsi la possibilité de réfléchir et exprimer leur ressenti et/ou évoquer des exemples concrets de violence dans leur quotidien.

La rencontre se déroule dans un climat de respect mutuel et de bienveillance. Comme à chaque réunion de sensibilisation organisée par l’établissement scolaire parisien, les élèves pourront poser des questions et manifester leur envie d’en savoir plus sur le sujet. La rencontre leur permettra d’ouvrir les yeux sur les préjugés et les stéréotypes liés à la violence faite aux femmes.

Le Collège Sévigné, historiquement une école de filles, démontre une fois de plus – s’il en était besoin – son engagement envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant cette rencontre avec l’association Band of Sisters.

Toutes les écoles devraient sans doute suivre cet exemple qui ne doit pas être réservé aux seuls grands établissements parisiens. Les élèves sont ainsi sensibilisés à l’importance de lutter contre les violences faites aux femmes en étant sensibilisés et informés sur le sujet. Il est important de continuer à mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes pour lutter contre ce fléau qui touche notre société comme le fait, depuis près de dix ans, le Collège Sévigné. Il prend sa pleine part à la lutte contre la violence faite aux femmes et permet aux élèves de prendre conscience de leur propre responsabilité dans cette lutte.

En savoir plus : https://www.collegesevigne.org/actualite/egalite-femmes-hommes-prevention-contre-les-violences-faites-aux-femmes/

Continue Reading

Trending

Copyright © 2022 | WEBZINE SUR L'INTERSECTIONNALITÉ.