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Culture

Pourquoi remplacer vos affiches d’Han Solo par celles de l’Amirale Holdo ?

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Trois femmes, une asiatique, un latino, et un noir, non ce n’est pas le début d’une détestable blague raciste (tiens, tu veux en savoir plus, je t’invite à lire le super article d’Ellie Martinaud à ce sujet), mais bien la composition des personnages principaux du dernier Star Wars : The Last Jedi. Tour d’horizon de ce qui fait du dernier Star Wars un film de super héroïnes que l’on ne devrait pas voir que dans le futur :

1. Il passe haut la main le test Bechdel qui nécessite qu’un film possède au moins deux personnages féminins, qui parlent entre eux et d’un autre sujet que d’un homme tierce. Ce test, tiré de Dykes to watch out for d’Alison Bechdel, autrice de BD américaine, propose de faire un premier tri parmi tous les films en se basant sur trois critères simples mentionnés plus haut. Si on peut reconnaitre à la première trilogie de camper un personnage féminin fort avec Leia, aucun des trois films ne passe ce test ! Leia est en effet l’unique représentante parlante de son genre, et elle est sans cesse ramenée à sa condition de femme, par notre très cher Han Solo par exemple. Si les opus I et II passent eux le test (mais pas le III), c’est seulement parce que Padme Amidala, la reine en détresse qui attend le retour d’Anakin, interagit avec ses servantes …
Ce huitième film nous présente Rey, Leia, Holdo, Rose, Phasma (l’effroyable capitaine du Premier Ordre), et les autres personnages féminins secondaires qui sont pilotes ou membres des armées, qui parlent entre elles de stratégies militaires et de guerre.
Pour savoir si vos films préférés passent le test, c’est juste ici.

2. Rey : contrairement aux deux précédentes trilogies et à de nombreux films qui présentent des personnages féminins forts, Rey constitue une véritable héroïne. Elle n’est pas la magnifique reine amoureuse transie, ni la jeune femme courageuse mais sexualisée, elle n’a (pour le moment) pas d’histoire d’amour inutile pour son personnage. Rey est courageuse, forte, pleine de conviction, têtue, totalement inspirante, et elle n’est pas sans cesse renvoyée à sa condition de femme ! Rey est forte pour ce qu’elle est, elle n’est pas forte « pour une femme ». Son personnage est pensé pour être l’idole des enfants, un modèle à suivre, et on ne peut que se réjouir de ce choix scénaristique !

3. L’Amirale Amilyn Holdo face à Poe Dameron aka la raison contre l’aveuglement : C’est mon coup de cœur du film. Elle est une femme entre deux âges, elle n’est pas un canon de beauté, son maquillage et ses cheveux permanentés d’un si joli rose-violine sont on-point. Alors que le reste de l’équipage est en uniforme ou en tenue de combat, elle apparait dans une robe moulante et drapée, dévoilant ses courbes, sa poitrine, ses clavicules. Elle ne correspond pas à ce que l’audience (et Poe) attendent d’une héroïne de guerre et pourtant [spoiler alerte pour le reste de l’article] elle est bien là pour casser du destroyer impérial !

Ce huitième opus vient critiquer ce qui a toujours constitué la saga Star Wars, et la plupart des films d’actions : des attaques suicides testostérones, des plans échafaudés à la dernière minute mais qui réussissent quand même par on ne sait quel miracle … Notre très cher Poe Dameron apparait comme un irréfléchi, contrarié qu’une femme en habits de femme lui dise non, limite si on ne l’entend pas dire « vous avez bien vu qu’elle n’avait pas de couilles nom de nom ? ».  Et alors que nous sommes de tout cœur avec son entreprise risquée, détestant Holdo pour sa couardise, le film nous remet à notre place en nous montrant qu’elle avait raison, qu’il lui a fait perdre du temps. Et elle meurt en véritable héroïne.
J’ai au départ peu apprécié Holdo, mais pendant le silence qui s’installe lors de son suicide, j’ai remercié le film de nous avoir permis d’inscrire à l’écran un personnage comme elle. En effet, si Rey est un personnage féminin courageux et intrépide, elle est virile au sens où elle incarne toutes les caractéristiques que l’on attribue normalement à un personnage masculin : elle prouve que l’on peut être une femme sans être féminine, et que c’est formidable !
Holdo elle va encore plus loin : elle est l’incarnation d’une féminité héroïque. Elle est une leadeuse, une cheffe réfléchie en qui on place sa confiance, tout comme Leia (qui nous le constatons, alors que son illustre frère va bouder sur une île avec des animaux mignons et des servantes, elle endosse la lourde charge de mener la Résistance, et nous montre pour la première fois l’étendue de sa maîtrise de la Force). Elle fait passer l’intérêt de la Résistance, du plus grand nombre, au-dessus du sien, et ne change pas de cap au moindre doute. Oui, on peut être une héroïne de guerre, détruire seule un destroyeur entier et avoir une manucure parfaite tout en collectionnant les robes. Chez Holdo, la mode et le maquillage ne sont pas incompatibles avec le courage, la réflexion et la stratégie l’emportent sur la virilité brulante et l’égo du héros traditionnel auquel correspond Poe.

4. Des personnages racisés forts : Poe est d’origine hispanique, Paige et Rose sont d’origine asiatique et Finn est noir à la peau très foncée, ce qui a suscité de nombreuses critiques contre le chapitre 7 (coucou la fachosphère). À part le torturé Kylo Ren et le capricieux Luke, les personnages principaux de ce chapitre ne sont pas des hommes blancs, et ça change pour un blockbuster états-unien !  Il est rare dans des films occidentaux de voir plusieurs personnages racisés qui ne soient pas seulement castés pour leur couleur de peau, pour être ramenés à leur condition de personnage noir ou asiatique. Ici nous avons particulièrement le duo Finn – Rose qui fonctionne bien, mais pour lequel on peut déplorer son principal rôle comique. Alors que Finn était drôle et courageux, combattant ses démons dans le VII, il est ici simplement pour fuir, faire rire, et prendre des décisions irréfléchies. Par contre, la scène ultime entre Finn et Phasma, cette figure noire qui s’élève au-dessus de la figure blanche aux yeux bleus pendant qu’elle s’enfonce dans les flammes, était puissante de revanche et si politique dans ce contexte d’un regain de la suprématie blanche !

5. Mention spéciale : CHEWIE DEVIENT VÉGÉTARIEN ! Be a good member of the Force, be like Chewie, go veggie.

Toute création culturelle est politique, dans ses choix de casting, dans son contenu, dans son contexte d’élaboration et de diffusion. Quand on jouait à Star Wars dans la cour d’école, et que mes camarades refusaient que sois un personnage masculin, je jouais la belle Leia, tandis que les autres étaient le courageux Luke, le fougueux Anakin ou le formidable Obi-wan. Aujourd’hui, j’aurais pu incarner Rey, et mon moi de jeune femme admire Holdo. Rian Johnson le réalisateur du film l’affirme, il y a besoin de voir une plus grande diversité de personnages féminins à l’écran, et un plus grand nombre de réalisatrices et scénaristes comme celles qui l’ont accompagné. On ne peut qu’espérer que cette prise de conscience sur le fait de mettre des femmes à l’écran ou des personnages racisés au premier plan, surtout dans les films à destination d’un jeune public comme Vaiana : la légende du bout du monde ne s’amplifie !

Nina Dabboussi

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Culture

Les standards de beauté dans les pays du Sud, entre poids du passé colonial et mondialisation

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« Les cosmétiques les plus populaires en Afrique et en Asie sont les produits éclaircissants. »

Chaque été, près de six Français·e·s sur dix se ruent à la plage pour profiter du soleil. Quel plaisir de s’allonger sur sa serviette près de la mer, de fermer les yeux et de passer des heures et des heures sous le ciel bleu, quitte à attraper un coup de soleil ! Certain·e·s tentent tant bien que mal de peaufiner leur bronzage en essayant de le garder le plus longtemps possible. D’autres se tournent vers des séances d’UV en cabines à des prix exorbitants pour conserver ce teint bronzé toute l’année. À l’approche de cette période de l’année, de nombreux articles fleurissent dans la rubrique Bien être des magazines : “Comment préparer sa peau avant le bronzage” ou “Comment bronzer efficacement cet été : toutes nos astuces”. Aujourd’hui, les produits destinés à “nous embellir” sont de plus en plus répandus. le must have étant le produit bronzant, recommandation ultime des influenceur·euse·s beauté. Bref, vous l’aurez compris, dans la majorité des pays occidentaux, avoir un teint hâlé est un critère de beauté, et, la remarque “Ah t’as bien bronzé !” devient le plus beau des compliments.

Or, lorsque prononcé dans certains pays, ce fameux “Ah t’as bien bronzé” devient un jugement péjoratif, voire un semblant d’insulte emplie de connotations négatives. En effet,  il y a des régions où bronzer est loin d’être une activité de détente et de plaisir. Ce serait même une activité inexistante. On retrouve ce phénomène principalement dans les pays d’Asie, d’Afrique ou encore d’Amérique Latine. Ces continents sont tous situés au Sud mais là n’est pas leur seul point commun : ils ont été colonisés durant de nombreuses années.

Cette période de colonisation, bien qu’elle soit révolue, exerce toujours une influence importante au sein des sociétés. Les standards de beauté féminins sont un bon moyen pour témoigner du poids que constitue ce passé colonial. Mais pourquoi et comment les standards de beauté, hérités du colonialisme, sont encore entretenus de nos jours ?

Plus t’es clair, plus t’as du pouvoir : la couleur de peau comme privilège de classe  

Il est intéressant de remarquer que, quel que soit le pays, les standards de beauté sont empreints d’histoire. Tout d’abord je vous propose un petit retour dans le passé pour clarifier toute cette période coloniale un peu floue.

Les premières colonisations débutent en Asie, au début du XVe siècle. On appelle l’Impérialisme colonial, la longue période de colonisation par les Occidentaux de ce qu’on nommait alors les Indes orientales. D’abord marquée par des expéditions commerciales, l’expansion coloniale devient rapidement politique et culturelle. À la fin du XIXe, la région est au cœur de la concurrence impériale et, français, britanniques, allemands, portugais, néerlandais, américains ou encore russes se lancent dans une course aux territoires.

En Amérique latine, la colonisation espagnole commence à la fin du XVe siècle avec les voyages de Christophe Colomb. C’est seulement en 1898 que la guerre hispano-américaine mettra un terme définitif à la domination espagnole. On parle donc de plus de trois siècles de colonisation…

L’Afrique enfin, devient un continent très convoité à partir des années 1800 et dominé par les Européens jusqu’aux indépendances dans les années 1960.

On constate donc que ces pays du Sud ont été sous domination occidentale pendant de très nombreuses années et leur indépendance ne s’est pas faite en un jour. C’est intéressant de voir que presque 70 ans après le début du processus de décolonisation, les populations des régions citées plus haut, prônent toujours les mêmes critères de beauté, le plus important étant d’avoir le teint le plus clair possible. Cela s’explique par l’idée qu’être clair de peau est signe de pouvoir. Il s’agit ici d’un préjugé à caractère racial hérité du colonialisme : les colons blancs étaient en situation de pouvoir et de domination, tandis que les personnes non-blanches étaient en situation de soumission et d’obéissance. Dès lors, un lien se crée naturellement entre le pouvoir et la beauté, et cette relation finit par être intériorisée par l’ensemble des populations. C’est notamment ce qu’affirme le professeur Cho Kyo de l’Université Meiji à Tokyo dans son livre, The Search for the beautiful woman : Historical and Contemporary Perspectives and Aesthetics paru en 2012 : « Une population dont la civilisation est perçue comme hautement développée apparaît plus facilement comme attractive, tandis qu’un groupe ethnique réputé “arriéré” est considéré comme moche ». Il précise que si ces groupes ethniques étaient inconscients de leur caractère d’infériorité, ils ne se dévaloriseraient pas. Il est donc intéressant de voir qu’à partir du moment où « la conscience hiérarchique est établie, l’esthétique des caractéristiques physiques change rapidement». Par conséquent, les physiques occidentaux sont considérés comme beaux par tout le monde car l’Occident bénéficie d’une puissance économique, sociale et politique. On peut donc affirmer que l’idée que la couleur blanche est l’idéal à atteindre, découle directement de la mentalité coloniale.

Ainsi, les standards de beauté féminin dans les pays d’Asie se résument de cette manière : un visage fin, de grands yeux, un nez pointu, des cheveux lisses et une peau blanche. Autrement dit, des traits occidentaux. Pour cause, l’héritage colonial.

Prenons le cas des pays Sud Asiatiques et plus particulièrement de l’Inde, qui fut colonisée de 1750 à 1947. Avant même l’arrivée des Anglais, il y avait un système de castes dans cette société, lequel consiste à diviser et à hiérarchiser l’ensemble de la population selon des groupes héréditaires. Beaucoup d’historiens considèrent que la colonisation britannique a joué un rôle majeur dans la rigidité du système des castes, en se plaçant évidemment au sommet de la pyramide hiérarchique. En conséquence, même après son indépendance, la population indienne considère la peau blanche comme un privilège de classe.

La manipulation médiatique et capitaliste 

C’est assez étonnant de se dire que les populations de tous ces pays ne se sont pas affranchies de leur héritage colonial depuis tant d’années. Alors comment ces standards de beauté persistent-ils ?

La réponse est simple, c’est grâce au pouvoir exercé par les médias. Les médias de masse, qui sont omniprésents de nos jours, sont les principaux acteurs dans la transmission de ces standards de beauté féminins car ils imposent constamment le même archétype. Il n’y a qu’à regarder autour de nous pour se faire une idée de ce qui est vu comme une “belle” femme : que ce soit les actrices, les modèles des magazines et des campagnes de pub, ou encore les journalistes qui présentent le JT, on s’aperçoit que les médias mettent toujours au-devant de la scène les mêmes femmes. Naturellement, ces images sont très vite intériorisées par l’ensemble de la société, et apparaissent comme le “but” ultime à atteindre pour accéder à une certaine validation aux yeux de cette société. Les populations admirent ces critères physiques sans pour autant prendre conscience d’être sous l’influence de leur passé colonial.

Dessin de la série « Colorism » de l’illustratrice Kat Tsai

La stratégie marketing de la plupart des produits cosmétiques dans ces pays profite de cette situation pour faire du chiffre (et ça marche très bien !). Les cosmétiques les plus populaires en Afrique et en Asie sont les produits éclaircissants. Ils promettent d’illuminer la peau, mais beaucoup d’études ont montré qu’une utilisation quotidienne de ces produits s’avère être très dangereuse pour la santé (risque de cancer, de dérèglements hormonaux, vieillissement prématuré de la peau…). Toutefois, selon des études de marché de Global Industry Analyst, la demande mondiale en produits de blanchiment de peau s’élevait à 18 milliards de dollars en 2017.

Le colorisme, un héritage colonial 

Toutes ces pratiques participent à un autre type de discrimination appelé “le colorisme”. Ce terme a été popularisé par l’écrivaine et militante féministe américaine Alice Walker. À la différence du racisme, même s’il en est issu, le colorisme est une discrimination interne à une communauté. Il désigne le fait de favoriser les personnes à la couleur de peau claire au détriment des personnes au teint plus foncé. Les femmes sont souvent plus touchées par cette discrimination que les hommes. Le colorisme naît d’un désir de ressembler au colonisateur. Une des conséquences du colorisme est la négation de soi, qui se manifeste souvent par un manque de confiance et un sentiment d’infériorité. Les femmes aux peaux plus foncées sont discriminées à la fois dans leur vie sociale et professionnelle. Elles sont moins bien considérées et font moins bonne impression qu’une personne à la peau claire.

Le marché des produits éclaircissants devient donc rapidement une manne financière. D’ici à 2024, les profits issus de cette industrie pourraient atteindre 25 milliards d’euros à l’échelle mondiale.

Affiche publicitaire pour une crème éclaircissante en Inde

En Inde, ces produits représentaient 61 % du marché de la cosmétique selon l’OMS en 2011. A l’échelle internationale, on retrouve toujours les mêmes stars indiennes. Aishwarya Rai, un des visages de la marque L’oréal Paris depuis les années 2000. Priyanka Chopra qui fait beaucoup parler d’elle à Hollywood après avoir décroché le rôle principal dans la série américaine Quantico. Ces deux femmes, à la peau et les yeux clairs, contrastent énormément avec la plupart des femmes de leur pays.  En 2019, la photo des 30 prétendantes au titre de Miss India a lancé de nouvelle polémique autour de l’obsession sur la couleur de peau. Les internautes ont accusé le concours de beauté de ne pas refléter la diversité du pays.

Dans les pays d’Asie de l’Est, les femmes considérées comme les plus belles sont souvent métissées. Par exemple, les philippines internationalement connues grâce à leur victoire au concours de Miss Univers en 2015 et 2018 : Catriona Gray et  Pia Wurtzbach. La première est à moitié philippine et moitié australienne, la seconde est à moitié philippine et moitié allemande.  La directrice du Centre d’Études sur le genre et les femmes de l’Université des Philippines de Manille, Natalie Africa-Verceles explique que contrairement à ces femmes beaucoup de philippines ont une peau plus foncée, des visages plus ronds, des yeux plus petits et des cheveux noirs bouclés. En Corée du Sud, Ella Gross, une jeune fille de 11 ans qui a posé à plusieurs reprises pour la marque ZARA, qui est suivie par plus de 3 millions de personnes  sur Instagram est qualifiée par les médias locaux comme « l’enfant modèle la plus magnifique du monde » en raison de ses yeux de biches et ses traits fins. Pas étonnant quand on apprend qu’elle est à moitié coréenne et à moitié américaine.

Enfin, direction l’Amérique pour apprécier un autre angle de ce phénomène. Au sein des communautés noires, les métisses sont également très privilégiées et avantagées par la société. Le colorisme est très présent dans les Antilles françaises et les îles anglaises comme la Jamaïque. Il faut, ici, remonter à l’esclavage pour comprendre les origines de ces préjugés raciaux. Durant l’esclavage, plus vous étiez clairs de peau, et plus vous pouviez aspirer à devenir libre et à monter l’échelle sociale.  Aux Etats-Unis, les effets du colorisme sur la communauté noire américaine sont très présents, notamment dans la scène musicale du pays. Beaucoup d’internautes dénoncent que, de plus en plus, les femmes noires réussissant à garder leur place dans le show business sont des femmes noires à peau claires. En 2019, le père de Beyoncé, Mathew Knowls, a été invité sur une chaîne de radio et a évoqué le colorisme dont a bénéficié la chanteuse au cours de sa carrière. La couleur de peau et les traits physiques jouent un rôle important dans le succès d’une célébrité racisée aux États-Unis.

A cela s’ajoute l’obsession des cheveux lisses. Le cheveu crépu autant en Afrique qu’en Occident (et plus particulièrement aux Etats-Unis) a été dévalorisé.  Il a été déprécié depuis l’esclavage car vu comme « négligé ». À l’inverse, le cheveu long et lisse serait  “beau” et “élégant”. Même après l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis en 1865, à l’issue de la guerre de Sécession, les femmes noires cherchent à lisser leurs cheveux, afin de se rapprocher de l’esthétique dominante, ne serait-ce que pour trouver du travail. Au cours du XXe siècle, le défrisage devient populaire. C’est un produit chimique lissant, très utilisé encore aujourd’hui, et ce, malgré les risques qu’il présente (brûlures et lésions du cuir chevelu, chute des cheveux, et même risque de cancers). La majorité des femmes ont plutôt recours aux extensions capillaires plus ou moins lisses qui sont des techniques de coiffage qui peuvent être très douloureuses. La plupart des salons de coiffure et des produits commercialisés ont pour objectif d’amener les clientes à tendre vers cet idéal malgré leurs coûts monstrueux, ce qui correspond donc à une acceptation des canons de beauté blancs.

Diversifier le monde médiatique pour redéfinir la notion de beauté 

Dans n’importe quelle région du monde, les diktats de beauté imposés par la société sont bien plus pesants pour les femmes que pour les hommes. Elles subissent une pression sociale dès leur plus jeune âge et sont donc souvent réduites à leur beauté, comme si rien d’autre ne comptait. Les femmes des communautés anciennement colonisées font face à  un double combat : plaire aux yeux de leur propre société, qui est elle-même sous l’influence de l’Occident. Dès lors, on demande aux femmes locales de se rapprocher le plus possible des physiques occidentaux. Nous voyons donc que les standards de beauté dans les pays du Sud sont une construction sociale et historique, héritée du passé colonial. Aujourd’hui, avec la mondialisation, les médias et l’industrie commerciale sont les acteurs majeurs d’un changement possible mais imposent constamment les mêmes images. Le fait que la scène médiatique ne reflète pas la diversité de leur pays envoie un message très violent aux femmes et aux jeunes générations. Ces dernières, en grandissant face à une unique représentation de la beauté “acceptée” développent souvent une mauvaise estime de soi. C’est un fait, le colorisme affecte de manière négative l’image et la confiance en soi. La clé est donc de diversifier la représentation des femmes dans les médias ou du moins, parvenir à les ébranler.

Toutefois, ces dernières années, on a vu la naissance de plusieurs mouvements dans différentes communautés qui ont pour objectif de remettre en cause ces diktats de beauté et de se réapproprier leurs propres critères esthétiques. Par exemple, dans les années 2010, le mouvement nappy en France (appelé « natural hair movement » aux Etats-Unis) a été lancé par les femmes noires, qui souhaitent garder leurs cheveux crépus. Ce mouvement permet aux femmes de revaloriser et normaliser leurs cheveux dans leur état naturel, donc de redéfinir les standards de beauté dominants. En Inde, le mouvement Dark is beautiful cherche à mettre fin au colorisme qui divise une même société, et remet en cause de cette manière les standards de beauté.

Enfin, de plus en plus de comptes Instagram, podcasts, mouvements de solidarité en tout genre, se multiplient sur Internet. La jeune génération prend la parole et compte bien éveiller les consciences et sensibiliser sur la question du colorisme et de toutes formes de discriminations liées à la couleur de peau.

Campagne de publicité pour la marque Fenty Beauty, 2018

Par Asvitha CHANDRESWARAN

Sources :

Illustrations :

Illustratrice de la bannière de l’article : Diana Pedott (@dianapedott sur Instagram, https://www.dianapedott.com/)

Kat Tsai : @chuwenjie sur Instagram, https://linktr.ee/chuwenjie

Bibliographie :

Mona Chollet, Beauté Fatale : Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, 2012

Sitographie :

Kaitlyn Greenidge – “Why black people discriminate among ourselves : the toxic legacy of colorism”, The Guardian

“Le concours de Miss Inde relance la polémique autour de la diversité dans le pays”, France 24

Ary Gordien – “La coupe afro : une simple histoire de cheveux ?”, La vie des idées

Mixed race of Asian and Western : Asia’s new standard of beauty, The Independent

Frédéric Joignot – “Crépues et fières de l’être”, Le Monde

Margot Brunet – “Dépigmentation : 60 % des crèmes éclaircissantes contiennent des produits dangereux”, Le Figaro

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Culture

Hunger, ou quand la faim dévore de l’intérieur

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Un style cru et sincère, c’est la recette en apparence simple que voulait suivre Roxane Gay dans Hunger, mais la simplicité ne suffit pas pour dire l’indicible. Pourtant, l’autrice se confronte avec brio à cette difficulté.

Hunger va vous bousculer. Bousculer vos idées préconçues, votre façon de voir les corps, à commencer par le votre. Dans cet essai autobiographique, Roxane Gay nous communique sa chute dans la dépression, puis dans la boulimie et l’obésité. Cette chute, c’est son premier amour qui en est la cause. Il était plus âgé, plus beau, plus « gentil ». Pourtant, c’est lui qui l’emmène dans une cabane au fond de la forêt, où des garçons de son âge l’attendent. Ils tiennent son petit corps écartelé et là l’autrice formule l’indicible.

Une condamnation sans faim

Alors, commence la construction d’une cage. L’écrivaine de Bad Feminist s’emprisonne dans un corps qu’elle entoure d’une structure épaisse. Cette dernière l’empêche de se déplacer, de sortir, de marcher Elle écrit « I ate and ate and ate in the hopes that if I made myself big, my body would be safe ». La jeune femme a toujours besoin de s’épaissir, encore et encore. Une faim insatiable que vous dévorez inlassablement au Iil des pages.

S’enfermer ou se dépasser

La réIlexion amenée par l’ouvrage devient plus large. Elle pose une question fondamentale sur la littérature. Comment l’écrivaine parvient-elle à décrire le moi ? Autrement dit, comment dire ce qu’on est à la première personne ? Il semble que la réponse de Gay soit la suivante : pour faire état d’un parcours singulier, il faut un style singulier. C’est pourquoi son livre est à la fois une autobiographie, un essai, une critique du système d’oppression Il est tout et rien à la fois, et ne correspond à aucun grand genre en particulier. Aucun code, aucune chronologie rigoureuse, juste 88 moments de souvenirs de l’histoire de son corps. Cette absence est à l’image même du sujet. Alors que son corps déIie la norme, son œuvre déjoue les codes de la littérature. Il n’y a qu’à travers cette forme libératrice que l’écrivaine peut exprimer tout le paradoxe de sa vie : chercher à échapper au monde en occupant l’espace. Et en même temps, elle utilise des procédés simples, à l’image de son propos. Comme par exemple la répétition ou le choix de mots crus. Ici, on parle des gros·sses, des obèses, des bisexuel·les, sans tabou. Finalement, Hunger n’est pas un exercice de style, mais l’authentique récit d’une vie. Ainsi, vous ne lirez pas la vie d’une femme de couleur en surpoids mais celle de Roxane : une femme, une grosse, une noire. Quoi de mieux que de s’avouer tel que l’on est pour dépasser les non-dits ?

L’Oppression

« Quand vous êtes en surpoids, à bien des égards, votre corps entre dans le domaine public. Il est constamment à l’af@iche. Les gens projettent dessus des histoires qu’ils s’inventent, mais la vérité de votre corps ne les intéresse pas du tout quelle qu’elle soit » (p.130). C’est ça être gros⦁se. C’est devoir accepter que le regard d’autrui sur votre corps vous juge sans arrêt, il punit votre déviance. Il vous touche, vous regarde, vous commente et Iinit par nier votre humanité. L’oppression est permanente. A cela, s’ajoute les inquiétudes des parents, des frères, des médecins, qui portent tous un peu le poids de la maladie.

Média, Média dis-moi qui n’est pas belle

EnIin, l’oppression est aussi exercée par un système médiatique qui vous rappelle votre déviance et votre lâcheté à chaque publicité Weight Watchers. On en vient même à capitaliser sur votre capacité à perdre du poids dans les émissions telles que Revenge Body, My 6oo-lb Life, ou encore The Biggest Looser. Et tout cet arsenal vient rappeler aux femmes obèses leur défaut de féminité, le manquement à leur devoir de beauté. Parce que oui, pour être femme, il faut être belle, et pour être belle il faut être mince. Et là c’est parti, on déploie les gros moyens : régimes amincissants, séances de sport à n’en plus Iinir… Mais attention mesdames ! Abdos fessiers uniquement ! Et prenez-garde, pas trop non plus, sinon c’est moche. Après tout, on sait bien que tout ce qui est ‘’trop’’ n’est pas féminin.

Il serait hâtif de dire que cet environnement médiatique produit la grossophobie ambiante. Néanmoins, il contribue à perpétuer les représentations attachées aux gros·ses. Elles culpabilisent car les seuls corps gros représentés sont en souffrance et doivent être réprimés. En fait, la monstration du gras n’est possible qu’à condition qu’il Iinisse par disparaître.

Un corps, encore

Avec Gay, vous prendrez conscience que son corps n’est pas qu’une prison sécuritaire. Au contraire, son corps est ce qu’elle reIlète aux autres ; et loin de le camouIler, elle l’expose. Il subit des maltraitances, des regards, des histoires d’amour malheureuses. Ce livre est l’histoire d’une faim triomphante sur un corps qui peine peu à peu à reprendre le dessus. Mais ce livre est aussi une critique profonde du système de domination des maigres, des blancs, et des hommes. En tout cas, sachez-le, que vous soyez féministe ou pas, seul Hunger déconstruira l’idée que votre corps peut se décharger de votre histoire.

Maëlys Poujol


Source en tete : https://www.booktopia.com.au/blog/2017/06/22/review-hunger-roxane-gay/?fbclid=IwAR3GqOTcbxDpSdToDwJ_430TaNsPQ8zc9ZI4aCtx_oTmVERPtBF9frEH3R0

Source image corpus : http://lorriegrahamblog.com/hunger-roxane-gay/?fbclid=IwAR0pMMDi77B6DGqzQuGAShrErbLUWdeQQ8EGA0dDNPDR25wQPgQNFxsZWbM

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Culture

Bisexualité : les mille et une facettes de l’invisible

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Dans son livre “Bi, Notes for a bisexual revolution”, Shiri Eisner liste certains des stéréotypes liés à la bisexualité : la bisexualité n’existe pas, les bisexuel.le.s sont perdu.e.s/n’arrivent pas à choisir, les bisexuel.le.s ont des moeurs légères etc… Ça vous dit quelque chose ? Beaucoup d’entre nous ont déjà entendu ce genre de réflexions, à notre intention, à celle d’un.e ami.e, ou bien au sein d’un débat un peu trop alcoolisé. La bisexualité fait partie des orientations sexuelles LGBTQI+, mais elle semble subir des préjugés bien particuliers et une invisibilisation récurrente. Pourquoi donc toutes ces idées reçues ? Et pourquoi semble-t-il si dur pour certain.e.s de reconnaître la bisexualité comme orientation à part entière ?

La biphobie, c’est pas mon genre

La bisexualité, plutôt qu’une identité, est une véritable fouteuse de merde”. Ces mots de Catherine Dechamps (Le Miroir bisexuel), autre qu’une très bonne punchline, sont révélateurs de la manière dont l’idée même de bisexualité bouscule tous les schémas. Dans nos sociétés occidentales, les questions de genre et de sexualité ont souvent été pensées de façon binaire. L’homme et la femme sont tous deux rapporté.e.s à des traits opposés : la femme est douce alors que l’homme est violent, la femme est émotionnelle alors que l’homme est rationnel, etc. Donc, lorsque le concept d’orientation sexuelle s’installe dans la conscience collective, un schéma similaire se met en place : hétérosexualité versus homosexualité. Forcément, la bisexualité fait tâche. Les personnes bies entendent sans arrêt des « tu es juste perdu.e », « tu vas choisir à un moment ! » ou des « mais qu’est-ce que tu préfères ? », comme si rien ne pouvait exister en dehors de ce système binaire.

Le genre influence aussi beaucoup la façon dont la biphobie se manifeste. En effet, la biphobie envers les femmes est très souvent liée au sexisme. L’idée reçue sur la bisexualité la plus récurrente est qu’un.e bisexuel.le a forcément une vie sexuelle très active, “délurée”. Or, cela est mal vu chez une femme et est, dans l’esprit de beaucoup, censé être l’apanage des hommes. Les femmes bisexuelles sont donc souvent dénigrées car perçues comme “volages”. Si la vie sexuelle d’une personne lui appartient et ne justifie pas de remarque dégradante, cela manifeste aussi une mauvaise compréhension du concept d’orientation sexuelle. Il faut faire la distinction entre orientation sexuelle (les personnes par lesquelles on est attiré.e/la nature de l’attraction) et comportement sexuel (la façon de vivre sa sexualité). Il n’y a pas de lien direct entre l’un et l’autre : une personne bisexuelle peut avoir peu de partenaires, une personne hétérosexuelle en avoir beaucoup, et vice versa ! Et puis, il ne faut pas oublier que le terme “bisexuel.le” peut être employé par une personne s’identifiant sur le spectre de l’asexualité (1) , et l’idée reçue selon laquelle un.e bisexuel.le est forcément très actif.ve sexuellement invisibilise une part de son identité. Pour couronner le tout, Shiri Eisner explique que la bisexualité féminine peut-être perçue comme une menace envers le patriarcat. Elle théorise que les femmes bisexuelles, pouvant choisir d’aller vers les hommes ou les femmes, pourraient imposer des conditions aux hommes et être donc en position de pouvoir !

Serait-il donc plus aisé d’être un homme (ou perçu.e comme homme(2)) bisexuel ? Ce n’est pas si simple … L’homme bisexuel est rarement rabaissé pour sa supposée vie sexuelle très active, mais les remarques biphobes existent quand même. Elles sont plus liées à l’homophobie : ici, c’est la virilité qui est en jeu. Si un homme est avec un autre homme, quid de la relation de pouvoir homme/femme ? Un homme bisexuel sera donc souvent considéré comme faible, soumis, etc… Quel que soit son genre, la biphobie fait souvent partie du quotidien des bisexuel.le.s.

Faisant partie de la communauté LGBTQI+, on peut se dire que les bisexuel.le.s trouvent du soutien au sein de cette même communauté, non ?

Être bi.e : deux fois plus d’ennuis ?

En tant qu’individus LGBTQI+, on cherche souvent asile au sein de la communauté, s’attendant à y être accueilli.e, compri.se et soutenu.e dans son identité quelle qu’elle soit. Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Dès le début de l’activisme LGBTQI+ moderne, la bisexualité est source de confusion : en 1969, Carl Wittman affirme dans Refugees from Amerika: A Gay Manifesto que les hommes homosexuels ne devraient “se déclarer bisexuels” que lorsque la société aura accepté l’homosexualité. Il ne nie pas l’existence de la bisexualité, mais il la présente comme un choix, et estime que se dire homme bisexuel serait comme s’avouer vaincu envers une société qui n’accepte que les relations homme/femme. Par contre, aucune mention des autres personnes bisexuel.le.s … En effet, dans la biphobie à l’intérieur de la communauté LGBTQI+, le genre joue aussi un rôle ! Les femmes bisexuelles sont parfois dénigrées par les femmes lesbiennes : par exemple, on leur demande si elles aiment vraiment les femmes ou si elles veulent juste attirer l’attention des hommes hétéros. Elles sont parfois rejetées pour le simple fait qu’elles sont bisexuelles. Du côté des hommes, c’est différent. Les hommes gays auront tendance à estimer, un peu comme Carl Wittman, que les hommes bisexuels sont des hommes gays qui n’ont fait leur coming-out qu’à moitié, et à nier l’existence de la bisexualité en temps qu’identité à part entière.

À noter : les réflexions qu’une personne bie entend à l’intérieur même de la communauté sont très similaires à celle de la société dans son ensemble. Il est toujours question de demander avec insistance quelle est la préférence (comme si il y en avait forcément une(3)), d’estimer que la personne bie est forcément perdue et n’a pas encore “fait son choix”, ou bien même de complètement ignorer l’identité de la personne. En 2013, l’organisme Pew Research Data Center a mené une enquête auprès des américain.e.s LGBTQI+ à propos de leur coming out. Il a été montré que seuls 28% des bisexuel.le.s américain.e.s ont partagé leur orientation sexuelle avec tout ou la plupart de leur entourage.(4) A titre de comparaison, c’est le cas de 77% des hommes homosexuels, 71% des femmes lesbiennes et 54% des personnes LGBTQI+ (5). Cette réticence à faire son coming-out est sans doute très lié au double rejet que vivent les bi.e.s.

En effet, comment trouver soutien et appui lorsque l’on est discrédité.e., même par sa propre communauté ? Souvent, cela passe par la représentation que l’on a dans les médias…

De l’importance de la représentation

La représentation des différentes identités de genre et orientations sexuelles dans les médias est importante pour beaucoup d’individus LGBTQI+. Lorsque l’on fait partie d’une minorité (raciale, ethnique, religieuse, sexuelle, etc.), il est souvent rare de voir quelqu’un qui nous ressemble à la télévision, dans un livre ou au cinéma. Pourtant, se sentir représenté.e est clé dans l’acceptation de son identité. Alors, qu’en est-il des bisexuel.le.s dans les médias ? Et bien, il y a encore beaucoup de travail à faire … Souvent, alors qu’un personnage a fréquenté plusieurs genres, et qu’une possibilité serait qu’il.elle soit bisexuel.le (6), le mot n’est même pas prononcé. Le personnage sera “un ancien hétéro” ou aura eu “une phase homosexuelle”. Ce schéma se reproduit aussi dans le traitement médiatique de certaines célébrités : par exemple, Lady Gaga a publiquement partagé sa bisexualité mais est souvent considérée comme une femme hétérosexuelle par les médias.

Lorsque la bisexualité est mentionnée, elle est souvent porteuse de préjugés négatifs. Par exemple dans la saison 5 de la série Glee, Santana se réjouit d’enfin sortir avec une femme lesbienne parce qu’elle “n’a pas peur qu’elle la trompe avec un mec”. L’image de la personne bisexuelle comme forcément infidèle n’est pas nouvelle, et assez persistante pour toujours entendre ce genre de remarque en 2013, dans une série qui se veut inclusive … Le traitement de la bisexualité est, quand il existe, alors souvent problématique. En 2008, la chanson “I kissed a girl” (“j’ai embrassé une fille”) de Katy Perry a causé la polémique au sein de la communauté LGBTQI+. Si certain.e.s étaient ravi.e.s de voir une chanteuse pop parler de relations entre femmes, beaucoup d’autres ont estimé que Katy Perry utilisait l’image de deux femmes ensembles pour correspondre au fantasme de beaucoup d’hommes hétéros.

Cependant, il faut reconnaître que les choses avancent ! Dans la série musicale Crazy Ex Girlfriend, Darryl découvre sa bisexualité après son divorce, et l’on voit enfin un homme bisexuel représenté hors des clichés de vie débridée et de réputation sulfureuse. On peut aussi mentionner la websérie All For One, ou encore le personnage de Rosa dans Brooklyn Nine-nine ! Au fur et à mesure, des représentations de personnes bisexuelles apparaissent, des personnages nuancés et entiers dont l’orientation sexuelle fait partie de leur identité sans en être la totalité.

La bisexualité est parfois invisibilisée, dénigrée ou ignorée, aussi bien au sein de la communauté LGBTQI+ que dans la société dans son ensemble, mais les bisexuel.le.s sont de plus en plus reconnu.e.s et respecté.e.s. Avec un long travail d’éducation, de militantisme et de représentation, les individus LGBTQI+ et leurs allié.e.s parviennent lentement à faire accepter les différentes orientations sexuelles et identités de genre dans la sphère publique. Mais le chemin est long, et faire disparaître des clichés si intégrés à nos sociétés n’est pas une mince affaire. Alors, s’il vous plaît, donnez un cookie aux bisexuel.le.s de votre quartier, on en a bien besoin.

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Source de l’image : https://cxg.fandom.com/wiki/Gettin%27_Bi?fbclid=IwAR2aseRKM_fcabHWlTahqBDRgwBq5ddDOEt1VF6Cx8EVqRBBW-Tq_SFeV7o

(1)  “Asexuel.le” qualifie une personne n’éprouvant pas d’attirance sexuelle. Le spectre de l’asexualité regroupe différentes orientations, telles que la “demi-sexualité” (lorsque l’attirance sexuelle ne peut apparaître qu’une fois qu’un lien émotionnel fort est créé).

(2)  Dans cette partie je me concentre sur les différences de la biphobie envers les hommes et les femmes (ou des individus généralement perçus par la société comme l’un ou l’autre) en fonction de leur genre, mais cela ne signifie pas que les personnes non-binaires ne vivent pas la biphobie. Simplement, au vu de l’incompréhension encore persistante de la société envers la non-binarité, il ne semble pas y avoir d’idées reçue sur la bisexualité spécifiquement attribuées à leur genre.

(3) Certaines personnes bies ont une préférence envers un/des genres, mais ce n’est pas toujours le cas.

(4) Chapter 3: The Coming Out Experience. (2013, juin 13). Consulté le 10 novembre 2019, à l’adresse https://www.pewsocialtrends.org/2013/06/13/chapter-3-the-coming-out-experience/

(5) Incluant ici bisexuel.les, lesbiennes, gays, et personnes transgenres. Il faut noter qu’une partie de la communauté LGBTQI+ n’est pas inclue dans la recherche (personnes asexuelles, non-binaires, etc.).

(6) Par exemple Piper dans la série Orange Is The New Black

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