Oui, tu peux être féministe et mater des séries Netflix de ton canap’

Récemment, dans le cadre d’un cours d’anglais, notre professeur nous a demandé qui dans la classe se considérait comme féministe. Sur vingt élèves, deux ont levé la main. Pourtant, si l’on demande aux autres s’iels pensent que les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes droits, si les homosexuel.le.s devraient pouvoir vivre comme iels l’entendent, si les transgenres sont valides, chacun.e répondra oui. Alors pourquoi le terme «féministe» dérange-t-il autant ?

Féministe, trop ou pas assez engagé.e…

Le mot féminisme apparaît dès 1882 siècle sous la plume d’Hubertine Auclert pour définir la lutte pour l’amélioration de la condition féminine. Le terme est ensuite popularisé lors d’un congrès organisé à Paris par Eugénie Potonié-Pierre en 1892 puis gagne le reste du monde jusqu’à signifier à partir de 1910 «l’émancipation de la femme tant comme être humain que comme être sexuel». C’est quand même pas la lune qu’on demande. Avec les différentes avancées, les revendications ont évolué, du droit de vote à l’égalité salariale et la fin des violences de genre aujourd’hui (toujours pas la lune si vous voulez mon avis). Par ailleurs, avec l’apparition de la notion d’intersectionnalité dans les années 1990 (merci Kimberlé Crenshaw), l’adjectif féministe en vient aujourd’hui à qualifier toutes les personnes se battant pour la cause d’une minorité, que ce soit ethnique, sexuelle ou de genre.

C’est en 1992 que Rush Limbaugh, animateur radio américain connu pour ses positions conservatrices, popularise le terme de feminazi pour qualifier «les féministes les plus exécrables». S’il affirme au départ que cela ne concerne sûrement pas plus de 25 personnes, il a depuis utilisé ce terme de manière très libre pour désigner les féministes, pro-choix et progressistes. Ce terme est régulièrement employé par les conservateur.ice.s afin d’attaquer les féministes qu’iels jugent trop extrêmes dans leurs positions. C’est un peu devenu un nouveau point Godwin : lorsqu’on ne sait plus trop comment justifier ses positions anti-avortement, anti-homosexualité, anti-transidentité, on dit que ses adversaires sont des nazi.e.s du féminisme, des dictateur.ice.s de la pensée, des tueur.euse.s de la liberté d’expression. C’est quand même le comble d’utiliser le terme de «nazi.e» pour qualifier les féministes quand on sait que le nazisme était une idéologie sexiste, raciste, homophobe et ayant tué des millions de personnes…. C’est un peu la société patriarcale poussée à son paroxysme finalement. Et puis c’est rageant d’être traité.e d’extrémiste quand on essaie justement de se défendre contre des positions que l’on juge… extrémistes.

Image tirée de la BD «Détends-toi» par Emma

En même temps, se revendiquer féministe, tout comme se revendiquer allié.e de la communauté LGBTQ+ est un choix militant qui semble s’accompagner de lourdes responsabilités. Et nous ne sommes pas tou.te.s prêt.e.s à les assumer. Un imaginaire s’est développé autour du féminisme : ce ne sont que des femmes cisgenres (bah oui, les femmes trans ont profité du système en naissant hommes), lesbiennes (les mecs à la poubelle), pas rasées ni maquillées (ce n’est pas une question de confort ou d’appréciation personnelle, ce sont des instruments du système patriarcal), mal baisées, habillées comme des sacs, et qui ne parlent que politique et discrimination à longueur de journée. Du coup elles n’ont pas d’ami.e.s, et passent leurs journées à hurler et promettre de tuer le prochain mec qui croisera leur route. Mais qui a déjà rencontré quelqu’un.e correspondant à cette définition ? Les féministes que je connais portent des jupes et du rouge à lèvres, des joggings et pas de mascara (ou même des pulls trop larges et un smokey eye). Les féministes que je connais sont aussi des hommes. Iels sont hétérosexuel.le.s, homosexuel.le.s, pansexuel.le.s, aromantiques, cisgenres, non-binaires et de toutes les orientations sexuelles ou genres possibles. Iels font aussi des blagues, et regardent des block-busters états-uniens pour se détendre le dimanche après-midi.

Comment être un.e bon.ne féministe alors ?

Coucou, tu crois en l’égalité des personnes, quel que soit leur genre, orientation sexuelle, couleur de peau ou religion ? Alors félicitations, tu es un.e féministe ! C’est aussi simple que ça. Tu peux être plus ou moins engagé.e, tu peux t’intéresser à certaines facettes de la cause plus qu’à d’autres. Tu peux passer une heure dans ta salle de bain chaque matin pour obtenir le trait d’eye-liner parfait ou te casser la gueule dès que tu enfiles autre chose que des baskets. La seule chose que tu ne peux pas faire, c’est penser que les hommes, les hétérosexuel.le.s, les blanc.he.s, les cisgenres sont meilleur.e.s que les femmes, les homosexuel.le.s, les personnes racisées, les transgenres simplement par leur identité. Son identité, on ne la choisit pas, et donc être discriminé.e à cause d’elle rend impossible de vivre sa vie tranquillement.

Et si tu veux aider la cause, tu peux dire à papa que la dernière blague de Tex était moyenne (coucou, j’ai écrit un autre article ici), que l’écriture inclusive ne va pas tuer Zola une seconde fois (regarde, on a aussi de la lecture par ici) et même que Luke Skywalker n’est pas le seul personnage digne d’intérêt dans Star Wars (jamais deux sans trois, on a un article ici).

Evitons que le terme «féministe» ne devienne une insulte, parce que ce n’en est pas une. Ce n’est même pas une opinion politique (parce qu’il y a des féministes de gauche, de droite ou apolitiques), c’est une question de bon sens : le fait d’être né.e avec certains chromosomes ou d’aimer un certain genre plutôt qu’un autre ne devrait pas déterminer sa manière de vivre.

Si toi aussi tu es d’accord, alors rejoins-nous !

Ellie Martinaud

 

Sources

Un article de qualité sur l’histoire du féminisme – Wikipedia

Une super BD par Emma – emmaclit

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