Culture
White-washing : la sous-représentation des personnes de couleur à Hollywood
Published
7 ans agoon
Il y a quelques semaines, Netflix faisait remonter la miniature du film Death Note dans mes suggestions, comme si cela pouvait enfin me convaincre de regarder ça. Sorti l’an dernier sur la plateforme de streaming, le film avait suscité polémique sur polémique. Parmi les nombreux chefs d’accusation : le casting. Et pour cause, adapter un manga en film et ne caster aucun.e acteur ou actrice japonais.e dans les rôles principaux, voilà un choix bien problématique. Pourtant, cette pratique n’est pas rare à Hollywood, elle est même monnaie courante et porte un nom : le white-washing.
Qu’est-ce que le white-washing ?
Le néologisme white-washing, qui provient du mouvement militant antiraciste américain, et qui peut se traduire par le terme « blanchiment », désigne le fait de choisir des acteurs et actrices blanc.he.s pour incarner le rôle -fictif ou non- de personnes de couleur. À cette définition, Lester Andrist, professeur de sociologie à l’Université du Maryland vient apporter quelques précisions : l’expression renvoie à la tendance qu’ont les médias à être dominés par des personnages blancs, joués par des acteurs et actrices blanc.he.s, et qui vont se frayer un chemin à travers une histoire qui va toucher principalement des audiences blanches, sur la base de leur vécu, leurs expériences et leur vision du monde.
A partir de là, on distingue plusieurs cas de figure : le premier, plus ancien et moins subtile, du personnage non-blanc incarné par un acteur ou une actrice blanc.he grimé.e soit par une blackface, une brownface ou une yellowface. On se souviendra ainsi d’un Mickey Rooney très blanc et très américain dans le rôle de Mr Yunioshi dans Breakfast at Tiffany’s (1961). Plus récemment, on pourra citer Les Nouvelles aventures d’Aladin, où il est surprenant de voir, pour un film qui se passe à Bagdad, un casting avec des noms comme Kev Adams, Jean-Paul Rouve, Audrey Lamy ou encore Michel Blanc (si, pour de vrai, ce n’est pas une blague pour le dernier).
Mickey Rooney dans le rôle de Mr Yunioshi, Breakfast at Tiffany’s
Mais la plupart du temps, le white-washing n’est pas aussi grotesque et visible, et c’est ce qui le rend si insidieux. Ce qui se produit souvent, c’est qu’un personnage historique réel, ou un personnage dont l’ethnie n’est pas spécifiée, se voit représenté à l’écran par un acteur ou une actrice blanc.he.
Et c’est tout ? C’est tout oui. Et c’est comme ça que l’on se retrouve avec un Christian Bale dans le rôle de Moïse dans Exodus (2014), ou un Jake Gyllenhaal dans Prince of Persia (2010). Le nombre de cas de white-washing à Hollywood est bien trop grand pour que je les cite tous dans cet article, mais Angelina Jolie, Emma Stone, Gerald Butler, Nat Wolff, Tilda Swinton, Scarlett Johansson, Johnny Depp, Rooney Mara, Ben Affleck… beaucoup de nos acteurs ou actrices préféré.e.s ne sont pas blanc.he.s comme neige dès lors que l’on touche à la question du white-washing.
Rooney Mara dans le rôle de Tiger Lily (personnage d’origine amérindienne), Pan, 2015
Des schémas récurrents
Il existe des schémas récurrents en ce qui concerne le white-washing. Tout d’abord, on constate bien souvent que, si les réalisateur.rice.s ne sont pas très tatillons sur la couleur de peau de leurs personnages principaux, les méchants ou les personnages très secondaires sont souvent joués par des acteurs et actrices non-blanc.he.s. Dans le remake Avatar : Le Dernier Maître de l’air (2010), tous les personnages principaux ont été joués par des acteurs et actrices blanc.he.s. Le « méchant » de l’histoire lui, a cependant été joué par Dev Patel, d’origine indienne.
Les différences de couleurs de peau entre l’anime et le film Avatar : Le Dernier Maître de l’air (2010)
Autre cas fréquent, celui des Asiatiques. Cette communauté est très touchée par le white-washing. Plusieurs facteurs en sont à l’origine. D’une part, les réalisateurs et réalisatrices cherchent à rendre leurs films plus attractifs pour un large public et donc un public blanc, et ce en faisant en sorte qu’il puisse s’identifier aux personnages plus facilement. D’autre part, il y a cette idée qu’il n’existe pas d’acteur ou d’actrice asiatique célèbre, capable de porter un grand rôle au cinéma (après tout, qui sont Lucy Liu, Margaret Cho, Bruce Lee ou Jackie Chan ?). Mais cela devient édifiant dans certains cas : Death Note, Dragon Ball: Evolution, Avatar… même dans les adaptations de mangas, les acteurs et actrices choisi.e.s ne sont pas asiatiques. Dans Ghost in the Shell, après la polémique suscitée par le casting de Scarlett Johanson dans le rôle de Motoko Kusanagi, le studio a même eu l’idée un bref moment de modifier l’actrice par ordinateur pour la faire ressembler davantage à une asiatique. Tant de travail, c’est presque comme si l’on ne pouvait pas caster d’actrice asiatique directement… Enfin, une dernière anecdote qui en deviendrait cocasse si ce n’était pas si grave : il fut à un moment donné question de prendre une actrice blanche dans le rôle principal d’un film récemment sorti à propos d’Asiatiques riches… Eh oui, white-washer Crazy Rich Asians… il fallait oser tout de même.
Comment cette pratique a-t-elle pu s’installer et perdurer ?
Hollywood est un milieu très majoritairement masculin et blanc, et le chemin à parcourir concernant la diversité et la représentation des minorités est encore bien long. Il suffit de jeter un œil aux Oscars : en 90 ans, seuls 15 Afro-américain.e.s, 7 Hispaniques et 9 Asiatiques ont été récompensé.e.s, ce qui est, on peut le dire, extrêmement disproportionné par rapport aux acteurs et actrices blanc.he.s primé.e.s.
Neil Patrick Harris et son jeu de mots très révélateur à la 87ème cérémonie des Oscars
Le white-washing existe historiquement car, comme l’explique Daniel Bernardi dans Classic Hollywood, Classic Whiteness, l’industrie américaine du cinéma a dès le départ « construit la blanchité comme étant la “norme” ». Cette idée s’illustre aussi parle fait qu’il est courant de penser qu’un acteur ou une actrice blanc.he peut jouer n’importe quel personnage juste en étant tel.le qu’iel est, ou bien – s’iel est casté.e dans le rôle d’une personne de couleur – juste en jouant sur le maquillage, l’accent et tout ce qui relèverait d’une performance. À l’inverse, un acteur ou une actrice de couleur ne pourra être casté.e que pour des rôles de personnes de couleur, et iel devra délivrer une performance qui lui permettra de se distinguer par rapport à la « norme ».
Mais le problème est également structurel, et relève du racisme institutionnel d’Hollywood. Beaucoup de réalisateur.rice.s pensent qu’il leur est impossible de caster des acteurs ou des actrices de couleur qui seraient moins connu.e.s que des stars de l’industrie hollywoodienne, car cela ne rapporterait pas assez d’argent : les fans ne seraient pas satisfaits. Ridley Scott nous en donne un exemple concret lorsque, à propos du casting de son film Exodus, il avait dit en 2014 : « Je ne peux pas faire un film avec un tel budget […] et dire que l’acteur campant le rôle principal est un Mohammed qui vient de tel ou tel endroit. Il ne sera pas financé. La question ne se pose même pas ».
Quels sont les enjeux ?
Pointer du doigt cette pratique est crucial, car elle soulève des enjeux majeurs. Le white-washing est le symptôme d’un racisme institutionnel, et il entraîne l’invisibilisation des personnes de couleur au cinéma et dans les séries, et donc dans les médias. Non seulement cela diminue considérablement les opportunités pour les acteurs et actrices non blanc.he.s d’obtenir des rôles importants, de recevoir des récompenses et se distinguer, et donc de se faire une place dans l’industrie du cinéma, mais cela pose également le problème de la représentation, ou plutôt ici de la sous-représentation. Or, il est important pour se construire de disposer de personnages qui nous ressemblent, et qui ne soient pas juste secondaires ou mal écrits. Pour une petite fille noire, mieux vaut grandir devant Black Panther où les personnages sont forts et peuvent faire office de modèles, plutôt que devant des films où l’unique personnage noir meurt avant la fin du film.
Une polémique à sens unique
Mais ce qui traduit le caractère vraiment raciste du white-washing, c’est que l’on se trouve face à une polémique à sens unique : des centaines de personnages qui auraient dû être joués par des personnes de couleur se sont vus passés sous silence, banalisant la chose. En revanche, annoncez un acteur ou une actrice de couleur dans le rôle d’un personnage blanc – ou dont la couleur de peau n’est pas spécifiée – et vous êtes sûr.e.s de trouver un flot de protestations bien nourries sur les réseaux sociaux.
C’était le cas lorsque les internautes avaient cru que Zendaya allait jouer Mary Jane dans SpiderMan Homecoming il y a deux ans. De même, l’an dernier, lorsque l’acteur noir David Gyasi avait été annoncé dans le rôle d’Achille dans la co-production de Netflix et de la BBC sur la Guerre de Troie.
David Gyasi dans le rôle d’Achille
Il s’agit pourtant là d’une réponse au problème. En effet, puisque les studios s’obstinent à ne choisir qu’une très grande majorité d’acteurs et d’actrices blanc.he.s, y compris dans les rôles qui ne sont pas les leurs, certain.e.s activistes ont fini par faire des propositions pour inverser la tendance. Ainsi, pour combattre le white-washing, l’actrice asio-américaine Tamlyn Tomita propose aux acteurs et actrices américain.e.s d’origine asiatique d’aller trouver et saisir elleux-mêmes des opportunités, et ne pas uni- quementse tourner vers des rôles de personnages asiatiques. C’est dans la même logique que l’acteur Daniel Dae Kim a brisé le silence l’an dernier : « Ne nous battons plus uniquement pour une simple intégration, il faut placer la barre plus haut. Nous sommes des leaders, il est nécessaire que l’on com- prenne notre importance et notre part dans le succès [d’un film] ».
Cette démarche de la part des acteurs et actrices de couleur ainsi qu’un changement structurel à Hollywood caractérisé par davantage d’efforts pour faire entrer plus de minorités dans l’industrie devraient progressivement permettre au problème du white-washing de s’essouffler, ce phénomène s’affaiblissant déjà par la prise de conscience des fans qui n’hésitent plus à s’emparer de hashtags pour dénoncer cette pratique.
Roxane Costa
Sources :
https://www.colorlines.com/articles/hollywood-whitewashing-john-wayne-last-airbender
https://knowyourmeme.com/memes/oscars-so-white
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Culture
Nathalie Baye, l’actrice française qui n’a jamais joué le jeu du bling-bling
Published
3 semaines agoon
16/04/2026
Nathalie Baye n’a jamais eu besoin d’en faire trop pour s’imposer. Dans un paysage culturel où la célébrité se confond souvent avec la visibilité permanente, son parcours raconte exactement l’inverse : celui d’une actrice qui a construit sa place par le travail, l’exigence et la justesse plutôt que par le décorum. Si son nom appartient depuis longtemps au patrimoine du cinéma français, Nathalie Baye n’a jamais cultivé l’attitude de la star inaccessible ni l’esthétique du paraître. Elle a traversé plus de cinquante ans de carrière avec une forme rare de continuité : une présence immédiatement identifiable, mais jamais tapageuse.
C’est sans doute ce qui fait d’elle, encore aujourd’hui, bien plus qu’une grande comédienne. Nathalie Baye incarne une certaine morale du jeu, une façon d’habiter les rôles sans les surligner, et de traverser l’industrie sans se laisser dévorer par elle. À l’heure où l’image publique des actrices se fabrique aussi sur les réseaux, dans les tapis rouges, les récits people ou les stratégies de marque personnelle, elle apparaît rétrospectivement comme une figure presque à part : une actrice française discrète dans un système qui récompense souvent l’exposition de soi.
Le visage d’une évidence, pas d’un effet

Chez Nathalie Baye, il y a d’abord quelque chose de très difficile à fabriquer : l’évidence. Une manière d’être là, sans ostentation, sans volonté visible de séduire la caméra, tout en l’aimant manifestement. Beaucoup d’actrices imposent un style ; elle, très tôt, impose un rapport. Un rapport au réel, au texte, aux partenaires, aux silences. On la regarde et l’on a moins l’impression d’assister à une performance que d’entrer dans une présence.
Cette singularité apparaît dès ses débuts. Après une formation qui passe notamment par la danse puis par l’apprentissage du métier d’actrice, Nathalie Baye est révélée au début des années 1970, en particulier par La Nuit américaine de François Truffaut, film matriciel s’il en est puisqu’il raconte déjà le cinéma comme artisanat, chaos organisé, passion concrète. Ce n’est pas un détail. Être révélée dans un film qui met en scène le travail plus que le prestige dit déjà quelque chose de la carrière Nathalie Baye : elle ne sera jamais une apparition décorative, mais une femme de plateau, de rythme, de précision.
Très vite, elle attire les grands cinéastes sans jamais se figer dans une seule image. Truffaut, Godard, Claude Sautet, Bertrand Tavernier, Bertrand Blier, Claude Chabrol, Xavier Beauvois, Xavier Dolan : cette traversée impressionnante du cinéma d’auteur français et francophone ne relève pas seulement du palmarès. Elle raconte une actrice choisie par des metteurs en scène qui cherchent autre chose que de la simple photogénie. Chez eux, Nathalie Baye devient le lieu d’une tension féconde entre douceur apparente et densité intérieure.
Nathalie Baye ou l’art du contre-pied

Ce qui frappe dans sa filmographie, c’est la manière dont elle s’est toujours arrangée pour déjouer les assignations. Une partie du cinéma français aime enfermer ses actrices dans des figures lisibles : la bourgeoise, la muse, la grande tragédienne, l’icône glamour, la femme fatale, la mère, la femme blessée. Nathalie Baye a traversé toutes ces catégories sans jamais s’y laisser enfermer tout à fait.
Elle a pu être vulnérable, nerveuse, populaire, tendue, drôle, mystérieuse, triviale ou souveraine, mais jamais de manière programmatique. Dans Une semaine de vacances, sous la direction de Bertrand Tavernier, elle donne au malaise ordinaire d’une enseignante une intensité sans effet. Dans La Balance, elle emporte le polar de Bob Swaim par un mélange de rudesse, de fragilité et d’énergie brute qui lui vaut un César. Dans Le Retour de Martin Guerre, elle inscrit son personnage dans une épaisseur historique et sensible rarement démonstrative. Plus tard, dans Vénus Beauté (Institut), elle prouve à quel point son art sait capter les micro-déplacements de l’existence : les humiliations banales, les désirs fatigués, l’humour qui protège.
Ce fil est essentiel pour comprendre pourquoi elle fut tout sauf une actrice bling-bling. Le bling-bling, au cinéma, n’est pas qu’une affaire de bijoux, de luxe ou de couverture magazine. C’est une manière de surjouer sa propre importance, de faire de sa personne un commentaire permanent sur le rôle. Nathalie Baye a toujours fait l’inverse : elle ramenait le personnage au niveau du vivant. Elle ne demandait pas au spectateur d’admirer une image ; elle lui demandait de croire à une situation.
Une actrice anti bling bling dans une industrie obsédée par l’image
Le star-system français a longtemps entretenu une ambiguïté : se prétendre plus sobre qu’Hollywood tout en nourrissant ses propres mythologies de prestige, de lignées, de récits sentimentaux et de hiérarchies symboliques. Nathalie Baye a appartenu à ce monde sans s’y confondre. Elle en avait la reconnaissance, les récompenses, la notoriété, mais rarement les tics.
Il suffit de regarder la façon dont sa présence publique s’est construite. Pas de personnage médiatique fabriqué à coups de déclarations outrancières. Pas de surexposition fondée sur la vie privée. Pas de surenchère dans la pose. Même lorsque sa vie personnelle a été commentée, elle n’en a jamais fait le moteur de sa légitimité artistique. C’est un point décisif : elle ne s’est pas racontée comme marque. Elle a protégé une part d’opacité, ce qui est devenu presque subversif.
Cette retenue n’a rien d’une fadeur. Elle relève plutôt d’une discipline de soi, ou d’une éthique. Dans plusieurs archives et entretiens, on retrouve chez elle le goût de la liberté, de l’instinct, mais aussi le refus de céder à de mauvaises raisons dans les choix de carrière. Ce refus éclaire beaucoup de choses. Nathalie Baye a donné l’impression de préférer les rencontres justes aux calculs, les trajectoires cohérentes aux emballements opportunistes. C’est en cela qu’elle appartient à un cinéma français authentique : non pas un cinéma muséal ou nostalgique, mais un cinéma qui croit encore au poids des rôles, à la vérité des visages, au temps long d’une œuvre.
À rebours de figures plus ostensiblement médiatiques, elle n’a jamais eu besoin d’amplifier sa personne pour tenir l’écran. C’est peut-être même l’une des grandes leçons de son parcours : plus elle restait sobre, plus elle devenait singulière.
Le refus du spectaculaire, jusque dans le jeu
On dit souvent de certains interprètes qu’ils sont “naturels”. Le mot est pratique, mais il est parfois trompeur. Chez Nathalie Baye, ce que l’on prend pour du naturel relève en réalité d’un très haut niveau de composition. Tout est affaire de dosage : une voix qui ne force pas, un regard qui ne réclame pas l’attention mais la retient, une façon d’entrer dans une scène sans la posséder brutalement.
C’est ce qui fait d’elle une actrice si moderne. Elle n’est jamais dans la séduction frontale du public. Elle travaille par circulation d’affects, par détail, par vibration. Dans Le Petit Lieutenant, sa composition de commandante marquée par l’alcool et la solitude n’a rien du “grand rôle à récompense” au sens tapageur du terme. Elle s’inscrit dans une matière très concrète : gestes professionnels, fatigue physique, tension intime. Beauvois, qui aime filmer les êtres dans leur frontalité sans fard, trouve en elle une interprète idéale. Leur collaboration dit beaucoup de son goût pour les rôles ancrés dans le réel.
Il y a là une constante de la carrière Nathalie Baye : même lorsqu’elle travaille avec des cinéastes très différents, elle demeure du côté de l’incarnation plutôt que de la démonstration. Chez Godard, elle introduit une forme de gravité concrète. Chez Chabrol, elle apporte une acidité sans caricature. Chez Dolan, au milieu d’une distribution brillante et hautement exposée, elle impose une intensité terrienne, presque désarmante, qui remet du trouble là où d’autres auraient cherché l’effet.
Une certaine idée des figures féminines du cinéma français

Si Nathalie Baye compte autant, c’est aussi parce qu’elle a incarné des figures féminines du cinéma français qui échappent aux stéréotypes les plus flatteurs. Ses personnages sont souvent des femmes au travail, des femmes ordinaires, des femmes cabossées, des femmes qui traversent des contradictions sans devenir des slogans. Chez elle, la féminité n’est pas un dispositif de représentation figé ; c’est une expérience sociale, affective, parfois rude.
Cette dimension est précieuse. Une partie de l’histoire du cinéma français a magnifié les femmes à condition qu’elles restent des surfaces de projection : désirables, mystérieuses, fatales, sacrifiées. Nathalie Baye a souvent joué ailleurs. Elle a représenté des femmes qui doutent, tiennent, craquent, vieillissent, résistent, composent. Des femmes moins “iconiques” au sens publicitaire du terme, mais souvent plus mémorables parce que plus proches du réel.
C’est sans doute pour cela qu’elle a traversé les décennies sans paraître désuète. Là où certaines carrières se figent dans l’image d’une époque, la sienne reste lisible aujourd’hui parce qu’elle repose moins sur la mythologie que sur l’observation humaine. Dans un moment où la question de la représentation des femmes à l’écran est devenue centrale, revoir Nathalie Baye, c’est aussi mesurer qu’une autre lignée existait déjà : celle des actrices dont la puissance tient à la précision du vécu.
La place fragile des actrices discrètes
Le paradoxe, c’est que cette forme d’excellence est souvent moins spectaculaire médiatiquement que celle des “grandes machines” de la célébrité. L’industrie adore la visibilité ; elle aime moins la continuité silencieuse. Une actrice française discrète peut devenir immensément respectée sans toujours être célébrée à hauteur de son influence symbolique. Nathalie Baye a connu la reconnaissance, bien sûr, mais elle a aussi incarné cette catégorie un peu ingrate des artistes évidentes qu’on risque de sous-estimer parce qu’elles ne se vendent pas elles-mêmes comme des monuments.
Sa trajectoire éclaire ainsi une question très contemporaine : que demande-t-on aujourd’hui à une actrice pour exister ? De bien jouer, certes, mais aussi d’être présente partout, identifiable en un instant, commentable, partageable, “narrativisable”. À cette inflation de visibilité, Nathalie Baye oppose un autre modèle. Un modèle dans lequel la crédibilité artistique ne se nourrit pas du bruit, mais d’une fidélité à une ligne.
Cela ne signifie pas qu’il faille opposer artificiellement les actrices médiatiques aux actrices secrètes. Le problème n’est pas la lumière ; c’est l’époque qui transforme trop souvent la lumière en critère esthétique. Nathalie Baye, elle, rappelle qu’une carrière se mesure aussi à la qualité de ses collaborations, à la variété de ses nuances, à la confiance durable que les cinéastes placent en vous.
Ce que Nathalie Baye représente aujourd’hui
Aujourd’hui, Nathalie Baye apparaît comme une figure de référence pour au moins trois raisons. D’abord, parce qu’elle a prouvé qu’on pouvait durer sans se répéter. Ensuite, parce qu’elle a donné au cinéma français authentique un visage ni théorique ni passéiste : un visage accessible, populaire parfois, mais jamais simplifié. Enfin, parce qu’elle offre un contre-modèle salutaire dans une culture fascinée par l’auto-promotion.
Son héritage n’est pas seulement celui d’une filmographie prestigieuse ou de quatre César. Il tient dans une manière d’avoir fait métier. Une manière de ne pas confondre exposition et profondeur, notoriété et autorité, célébrité et vérité. Pour les jeunes actrices, pour les spectateurs, pour le cinéma lui-même, cette leçon reste intacte.
On peut même dire que sa pertinence grandit avec le temps. Plus l’espace public se remplit de postures, plus la sobriété de Nathalie Baye devient éloquente. Plus le discours sur les actrices se déplace vers le branding de soi, plus son refus des effets annexes paraît précieux. Elle n’était pas hors du monde ; elle en connaissait les règles. Mais elle n’a jamais laissé ces règles écrire à sa place.
Nathalie Baye, ou la crédibilité comme style
Au fond, c’est peut-être cela qui demeure : Nathalie Baye aura fait de la crédibilité artistique une forme de style. Non pas un style visible, immédiatement marketable, mais un style profond, fondé sur la tenue, l’instinct et la vérité des rôles. Elle n’était pas une actrice bling-bling parce qu’elle n’a jamais cherché à transformer son image en événement permanent. Elle a préféré construire une œuvre à hauteur d’humain.
Dans l’histoire des figures féminines du cinéma français, cette position compte énormément. Elle rappelle qu’une actrice peut être admirée sans être mythifiée artificiellement, reconnue sans se mettre en vitrine, puissante sans hausser le ton. Et dans une époque qui confond si facilement le volume avec l’importance, Nathalie Baye reste une réponse tranquille, mais décisive. Une réponse qui dit qu’au cinéma, comme ailleurs, l’authenticité n’est pas un manque d’éclat : c’est une autre manière de briller.
Si Nathalie Baye continue de nous parler, c’est précisément parce qu’elle a résisté à l’idée qu’une carrière devait forcément passer par le clinquant. À l’écran comme dans l’espace public, Nathalie Baye a incarné une élégance rare : celle d’une grande actrice pour qui la vérité valait toujours mieux que le bling.
FAQ SEO
Qui est Nathalie Baye dans le cinéma français ?
Nathalie Baye est une actrice française majeure, révélée dans les années 1970, récompensée par quatre César et reconnue pour une carrière fondée sur la sobriété, la justesse et des rôles ancrés dans le réel.
Pourquoi Nathalie Baye est-elle considérée comme une actrice discrète ?
Parce qu’elle a toujours privilégié le travail d’actrice à la surexposition médiatique. Son image publique est restée sobre, loin du bling-bling et des stratégies de starification les plus visibles.
Quels films voir pour comprendre la carrière de Nathalie Baye ?
Pour découvrir la richesse de la carrière Nathalie Baye, on peut commencer par La Nuit américaine, Une semaine de vacances, La Balance, Le Retour de Martin Guerre, Vénus Beauté (Institut) et Le Petit Lieutenant.
Culture
Le mécénat universitaire français : une révolution silencieuse au service de l’excellence académique
Published
8 mois agoon
17/09/2025
Un élan philanthropique sans précédent
Le mécénat d’entreprise français connaît une dynamique remarquable, avec plus de 172 000 entreprises mécènes en 2023 selon le dernier Baromètre Admical-IFOP, représentant un investissement de 2,9 milliards d’euros déclarés. Cette croissance exceptionnelle (+55% d’entreprises mécènes entre 2021 et 2023) témoigne d’un engagement croissant du secteur privé pour l’intérêt général.
Dans ce contexte favorable, l’enseignement supérieur et la recherche bénéficient d’un intérêt grandissant de la part des entreprises, qui y voient un investissement stratégique pour l’avenir. Les universités françaises, dotées depuis la loi LRU de 2007 d’outils dédiés comme les fondations universitaires et partenariales, ont su saisir cette opportunité pour diversifier leurs ressources et amplifier leur impact.
Des fondations universitaires qui font leurs preuves
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : trois universités sur quatre disposent aujourd’hui d’une fondation, permettant de collecter en moyenne 623 000 euros par an au titre du mécénat. Ces ressources complémentaires, bien qu’elles ne bouleversent pas les budgets universitaires, permettent de financer des projets innovants qui n’existeraient pas autrement.
Le réseau des fondations universitaires, qui compte déjà 48 fondations membres, illustre cette montée en puissance collective. Ces structures accompagnent leurs établissements dans la réalisation de leurs missions principales : recherche, innovation, formation et égalité des chances.
Les projets financés révèlent la diversité et la richesse des initiatives : 62% concernent des projets de recherche hébergés par des chaires, 52% portent sur le montage de formations universitaires innovantes, 48% soutiennent la recherche hors chaires, et 33% financent des bourses d’égalité des chances.
L’excellence d’un savoir-faire français
Cette transformation du paysage universitaire s’appuie sur l’émergence d’une véritable expertise française du fundraising académique. Cette professionnalisation se traduit par des succès concrets : certaines fondations ont collecté plusieurs millions d’euros, démontrant la capacité des universités françaises à attirer des financements privés significatifs.
Le parcours de Sandra Bouscal, forte de son expérience à l’INSEAD puis à Dauphine, illustre parfaitement cette réussite française. Son expertise a contribué à développer des méthodes adaptées aux spécificités françaises, créant un modèle original entre tradition républicaine et ouverture internationale.
Un impact territorial majeur
L’ancrage local constitue l’une des forces du mécénat universitaire. 88% des mécènes agissent au niveau local ou régional, une progression de 12 points par rapport à la précédente édition du baromètre. Cette proximité facilite les partenariats entre universités et entreprises locales, créant des écosystèmes d’innovation dynamiques.
Les universités de province tirent particulièrement leur épingle du jeu dans cette configuration, bénéficiant de relations privilégiées avec les acteurs économiques de leur territoire. Comme le souligne Thibault Bretesché, directeur de la fondation de l’université de Nantes : “La dynamique est plutôt positive. Nous avons déjà 23 projets au sein de la fondation ! Nous répondons à un vrai besoin des entreprises et de nos collègues.”
Des motivations alignées sur l’intérêt général
Les entreprises mécènes des fondations universitaires sont guidées par quatre motivations principales : l’incarnation de leurs valeurs (première motivation), le développement de liens privilégiés avec l’université, l’ancrage territorial renforcé, et l’implication de leurs collaborateurs dans des projets d’intérêt général.
Cette convergence d’objectifs entre monde académique et entreprises crée des synergies fécondes. Comme l’observe Patrick Llerena, directeur général de la fondation de l’Université de Strasbourg : “Je suis positivement étonné par l’écoute que nous recevons de la part de nos donateurs. L’université est souvent méconnue et peu appréciée. Mais, après avoir échangé, ils me disent souvent : ‘Je ne pensais pas que vous faisiez tout cela !’ On casse des barrières.”
Vers un modèle français d’excellence
Le développement du mécénat universitaire français s’inscrit dans une démarche d’excellence qui respecte les valeurs républicaines tout en s’ouvrant aux meilleures pratiques internationales. Contrairement aux modèles anglo-saxons, l’approche française privilégie la complémentarité public-privé plutôt que la substitution.
Cette spécificité française trouve son expression dans la diversité des projets soutenus et l’attention portée à l’égalité des chances. Les fondations universitaires ne se contentent pas de lever des fonds : elles créent des ponts entre l’université et la société, favorisant l’innovation et le transfert de connaissances.
Des perspectives d’avenir prometteuses
Malgré le contexte budgétaire contraint, 74% des entreprises mécènes souhaitent maintenir leur budget de mécénat au même niveau dans les deux prochaines années. Cette stabilité, conjuguée à la montée en puissance du mécénat de compétences (20% des mécènes en font une priorité), ouvre de nouvelles perspectives pour les universités.
L’essor du mécénat environnemental (près de 20% des entreprises mécènes soutiennent cette thématique) et le développement des partenariats innovants laissent présager d’un avenir prometteur pour cette collaboration public-privé exemplaire.
Le mécénat universitaire français illustre la capacité d’adaptation et d’innovation de notre enseignement supérieur. En réussissant à concilier excellence académique, ouverture sur le monde économique et respect des valeurs républicaines, il trace la voie d’un modèle original et performant au service de l’intérêt général.
Culture
Céline Dion, atteinte d’une maladie neurologique rare, reporte sa tournée européenne
Published
3 ans agoon
24/04/2023
Céline Dion, la célèbre chanteuse canadienne, a annoncé le 8 décembre 2022 qu’elle souffrait d’une maladie neurologique rare appelée syndrome de l’homme raide. Cette maladie entraîne une raideur musculaire et des spasmes progressifs qui affectent la mobilité et la qualité de vie. Céline Dion a expliqué dans une vidéo publiée sur Instagram qu’elle devait reporter sa tournée européenne prévue pour 2023 afin de se concentrer sur sa santé et son traitement.
Qu’est-ce que le syndrome de l’homme raide ?
Le syndrome de l’homme raide est un trouble du système nerveux central qui se caractérise par une rigidité musculaire et des spasmes involontaires. Il s’agit d’une maladie auto-immune rare qui touche environ une personne sur un million. Les causes exactes du syndrome de l’homme raide sont encore mal connues, mais il semblerait qu’il soit lié à la production d’anticorps anormaux qui attaquent les cellules nerveuses. Le syndrome de l’homme raide peut affecter n’importe quel groupe musculaire, mais il touche principalement les muscles du tronc et des membres.
Voici une vidéo relatant ces faits :
Les symptômes peuvent varier en intensité et en fréquence, mais ils sont généralement déclenchés par le stress, le bruit, le toucher ou les mouvements. Le syndrome de l’homme raide peut entraîner des douleurs, des difficultés à marcher, à se pencher ou à se lever, ainsi qu’un risque accru de chutes et de fractures. Il n’existe pas de traitement curatif pour le syndrome de l’homme raide, mais il existe des médicaments qui peuvent soulager les symptômes et améliorer la fonction musculaire.
Comment Céline Dion vit-elle avec sa maladie ?
Céline Dion a révélé qu’elle avait été diagnostiquée avec le syndrome de l’homme raide en 2019, après avoir ressenti des douleurs et des spasmes dans son dos et ses jambes. Elle a confié qu’elle avait dû adapter son mode de vie et sa routine quotidienne pour faire face à sa maladie. Elle a notamment réduit ses activités physiques, modifié son alimentation et suivi une thérapie physique régulière.
Elle a également bénéficié du soutien de sa famille, de ses amis et de ses fans, qu’elle a remerciés pour leur amour et leur compréhension. Céline Dion a affirmé qu’elle restait positive et optimiste malgré les difficultés. Elle a déclaré qu’elle espérait pouvoir reprendre sa tournée européenne dès que possible et qu’elle avait hâte de retrouver son public.

Quelles sont les réactions du monde artistique ?
L’annonce de Céline Dion a suscité une vague d’émotion et de solidarité dans le monde artistique. De nombreux artistes ont exprimé leur soutien et leur admiration pour la chanteuse sur les réseaux sociaux. Parmi eux, on peut citer Lara Fabian, Garou, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman ou encore Adele.
Ces derniers ont salué le courage, la force et le talent de Céline Dion, qui a su traverser plusieurs épreuves dans sa vie, comme la mort de son mari René Angélil en 2016 ou le cancer de son frère Daniel la même année. Ils ont également souhaité à Céline Dion un prompt rétablissement et ont espéré la revoir bientôt sur scène.
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