Connect with us

Actualité

A vendre : pride colorée dans une ville pittoresque, proposition peu sérieuse s’abstenir

Published

on

“This body got rights”, “ladies unite”, “girls are strong”… Alors que je circulais dans les rayons d’une grande chaîne de prêt-à-porter moyenne gamme, je m’arrête intriguée devant un étalage de t-shirts aux slogans accrocheurs, aux graphismes colorés et aux prix imbattables de 10€ la pièce en moyenne. Je me saisis du tissu, me disant qu’il pourrait tout à fait coller à ma tenue prévue pour le 30 juin prochain, et puis, déformation d’étudiante en communication oblige, je me suis demandé pourquoi cette marque avait-elle décidé d’afficher de tels slogans inclusifs ? Après un bref doute concernant la probabilité que le grand capitalisme soit devenu féministe en une nuit et qu’on ait oublié de me tenir au courant, j’ai lâché le tissu et rebroussé chemin.

Et si l’on vous disait que le mois des fiertés et les luttes féministes et LGBTQ+ étaient devenus bankable ? Oups.

Pour celleux qui ne seraient pas au courant, l’approche de l’été est synonyme de prides, ou marches des fiertés, un peu partout à travers le monde, mais aussi aux six coins de la France et de Navarre. Pour trouver l’événement le plus près de chez vous c’est par ici.
Nous ne reviendrons pas dans cet article sur l’histoire et la signification des prides (une autre fois peut-être ?) mais nous allons plutôt nous pencher sur une technique communicationnelle bien connue : le pinkwashing.

Pinwashing, greenwashing, purplewashing ou même leur dérivé queerbaiting, tous ces anglicismes désignent une stratégie marketing consistant à cibler une cause sociale propre à un groupe plus ou moins large de personnes (les écologistes ou bien la communauté LGBTQ+), et à afficher des positions engagées sur cette cause, sans réelle prise de positions ou actions. Ces expressions fonctionnent selon une contraction entre un terme désignant une cause sociale (green pour l’écologie, pink pour la communauté queer, purple pour les femmes) et le terme de brainwashing : l’idée est qu’une entreprise “blanchie” son image afin de masquer une réalité négative, voulant “laver le cerveau” de ses consommateur.rice .s. Un cas emblématique de greenwashing ou écoblanchiment est celui de McDonald : le numéro 1 mondial du fast-food est un puit écologique et sanitaire, qui se cache depuis 2010 derrière des actions se voulant engagées écologiquement (proposer des sachets de fruits bios en dessert par exemple), et en remplaçant le fond rouge de son logo par un fond vert.

Pourquoi parler de pinkwashing ici ? En pleine période de prides durant laquelle la communauté LGBT+ investit la rue mais aussi l’espace médiatique, de nombreuses marques se dotent d’une stratégie marketing opportuniste et plutôt douteuse. Ici c’est une filière d’H&M dont les vêtements estampillés féministes sont fabriqués bien justement par des femmes et des enfants au Bangladesh (on rappelle que la marque a été condamnée dans la catastrophe du Rana Plaza ayant fait 1.135 mort.e.s. D’autres marques se cachent derrière des campagnes de soutien à des associations ou à une cause pour attirer les personnes LGBT+ ou qui soutiennent leur lutte. Un exemple très récent est celui de Nike et de sa collection de vêtements de sport Bertrue : si la marque reverse une partie de ses bénéfices à des associations de lutte pour les droits des personnes LGBT+, ces dons sont infimes (2,7 millions de dollars sur 5 ans pour 15 milliards de dollars de chiffres d’affaires annuel juste pour l’Amérique du Nord, soit …. 0,005%), la marque justifie tout de même ainsi l’appropriation des codes de la communauté LGBT+, comme le triangle rose notamment. De même avec Frida Kahlo, icône féministe et des luttes sociales détournée par Barbie, un comble pour cette communiste convaincue que de voir le grand capital se faire de l’argent sur son image, et son corps meurtri qui lui servait d’étendard privé de son sourcil caractéristique …

Se posent ici plusieurs problèmes : l’instrumentalisation à des fins commerciales des luttes LGBT+, la perte de sens des codes de ces luttes au profit du capitalisme en les détournant de leur objectif de construction d’une communauté pour devenir des accessoires de mode, et l’hypocrisie avérée de la part de géants du capitalisme qui pourraient soutenir concrètement les associations mais qui pire, cachent derrière ce marketing rose une réalité de discrimination. Prenons Urban Outfitter qui a tout de même eu le culot de surfer sur le phénomène de body positivity en affichant des mannequins plus-sized, alors même que la marque ne proposait pas de pantalons au delà du 40 : à votre avis, c’est très body positive comme sensation d’entrer dans un Urban Outfitter pensant s’acheter le même jean que la mannequin et s’apercevoir que son corps n’est pas acceptable ? Oh non.

Si l’instrumentalisation capitaliste des luttes sociales est déjà bien trop dommageable en terme d’identification de la lutte comme un combat réel et primordial, elle est aussi dangereuse.
Prenons l’exemple des slogans féministes vus sur des vêtements comme décrits plus haut : de nombreuses marques se sont emparées de ces slogans afin de les broder ici sobrement sur un t-shirt blanc… qui coûte 580euros. Les luttes féministes sont ainsi assimilées à un phénomène de mode, un vêtement qu’il convient de porter pour le style, mais surtout qui coûte un mois de loyer parisien et l’équivalent de 3 studios à Limoges . C’est ainsi que l’on fait passer le féminisme pour une mode de riches, déconnectée des réalités sociales de la majorité des femmes et de l’humanité, inaccessible.
Ce marketing opportuniste en devient même concrètement dangereux : dans son film L’industrie du ruban rose, Léa Pool montre comment le capitalisme, parmi lequel spécialement l’industrie pharmaceutique, s’est saisi du cancer du sein, créant le mois d’Octobre rose, vantant le dépistage du cancer le plus meurtrier chez les personnes possédant des seins . Or, comme le montre cette vidéo, ce phénomène au-delà de générer des millions de bénéfices dont on ne peut être certain.e.s qu’ils vont bien à la recherche ou à des associations, en invisibilisant d’autres maladies, aggrave peut-être bien la situation à cause d’une sur prévention … Léa Pool le résume en disant que le cancer du sein est devenu “l’enfant chéri du marketing social”: lucratif, porteur, efficace et peu cher.

Et encore pire (oui, toujours plus) : prenez Israël. Depuis plusieurs années l’état colonial s’est doté d’une communication de pointe au niveau de son engagement pour les droits LGBTQ+ : le Festival du Film LGBT de TelAviv a été créé en 2006, financement des Prides, promotion de Tsahal comme gay friendly… On voit clairement une instrumentalisation des droits LGBTQ+ par Israël pour redorer son image sur la scène internationale, alors même que les thérapies de conversion y sont toujours courantes, qu’Israël refuse de reconnaître les droits des personnes LGBTQ+ palestiniennes, et pire, utilise ses outils d’espionnage afin d’effectuer des pressions sur cette communauté en menaçant d’en outer les membres s’ils ne collaborent pas avec l’armée israélienne. Ainsi, déjà en situation précaire, les personnes LGBTQ+ palestiniennes se retrouvent sous la double pression d’Israël et des soupçons de trahison et d’espionnage par les palestinien.ne.s. Cette vidéo vous en dit plus.

Le pinkwashing invisibilise les luttes sociales, le pinkwashing monétise les luttes sociales et le pinkwashing tue les luttes sociales.

Revenons-en maintenant à ces fameux t-shirts et à la pride de Paris qui se tiendra le 30 Juin prochain. L’inter-LGBT, association organisatrice de l’événement, a dévoilé il y a quelques jours l’ordre des chars allant défiler. On y retrouve, en 85ème et 86ème place sur 87, Act-Up et Aids, les deux principales associations de lutte pour les droits et la santé des personnes séropositives. Rappelons que la communauté queer et les personnes précarisées parmi lesquels particulièrement les migrant.e.s sont les plus touchées par l’épidémie ! Et qui retrouvons-nous plus haut dans le cortège ? Des entreprises comme SalesForce ou MasterCard, des services publics comme la police dont l’homophobie et le racisme ne sont plus à prouver, des applications de rencontre comme Tinder ! En s’achetant une image queerfriendly à la force de l’argent, le capitalisme spolie la place des concerné.e.s et l’Etat policier se rachète une bonne conscience.

La pride n’est pas qu’une fête, la pride est un espace de lutte, la pride est l’occupation de la rue par celleux qui en sont exclu.e.s, la pride est un moment d’union pour une communauté discriminée, tuée, moquée : la pride ne doit pas devenir une case sur un planning de marketing strategic. Si certain.e.s voient seulement en la marche des fiertés les paillettes et les couleurs vives, il ne faut jamais oublier leur signification : les multiples couleurs à l’image de la diversité de notre communauté, et les paillettes pour rappeler que malgré la volonté de nous invisibiliser ou bien de nous coller une image négative voire dégoûtante, nous continuons de briller et d’assumer notre identité.
Nous ne pouvons pas accepter de voir nos droits et nos luttes passer derrière une application de rencontre ou bien un service bancaire.

Toi aussi ça te révolte ? Alors participe, relaie et soutien la réappropriation de la pride par les concerné.e.s! L’événement pour la pride de samedi 30 juin est par ici.

Si le sujet du pinkwashing d’Israël te touche ou t’intéresse particulièrement, tu peux participer à une super conférence.

On se retrouve le 30 juin : nul besoin de Nike roses ou de t-shirt affirmant son féminisme, mais simplement d’être présent.e, d’un carton, d’un stylo, d’une voix, d’une rage, pour que la pride soit festive, mais surtout, qu’elle reste politique.

Pour aller plus loin :
Kiddy Smile portait un t-shirt engagé pendant sa prestation à l’Élysée pour la fête de la musique: « Fils d’immigrés, noir et pédé » – par Claire Tervé pour le Huffington Post.
Être gay à Gaza – par Liza Rozovsky pour Courrier international.
Avec le Pinkwashing, le cancer du sein devient un produit comme un autre – par Sophie Gourion pour Slate.
Les articles Décryptage de pub – par Sophie Gourion sur son site Tout à l’ego.
Campagne Always #likeagirl : le féminisme devient bankable et c’est une bonne nouvelle – par Sophie Gourion sur son site Tout à l’ego.

Nina Dabboussi

Continue Reading
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Actualité

L’inégalité salariale en Suisse est encore trop élevée

Published

on

L'inégalité salariale en Suisse

Une étude récente de l’Office fédéral de la statistique (OFS) de la Suisse montre que l’écart salarial entre les hommes et les femmes se réduit, mais il reste l’un des plus élevés d’Europe. Bien qu’il y ait eu une diminution de 1 %, passant de 19 % à 18 % en 2020 dans l’ensemble, cette amélioration est largement due à des améliorations dans le secteur public ; les salaires du secteur privé ont à peine bougé.

Malheureusement, des secteurs tels que la vente, la conciergerie, la restauration, les soins et l’horlogerie continuent d’afficher des inégalités importantes avec une différence de près de 25 %. Ces emplois stagnent malgré les tentatives d’amélioration. Ces résultats mettent en évidence un besoin urgent d’agir davantage pour réduire les inégalités salariales en Suisse.

Voici une vidéo relatant ces faits :

La loi sur l’égalité ne parvient pas à réduire l’écart salarial

Selon les dernières recherches, la partie inexpliquée de l’écart salarial, qui ne peut pas être expliquée par des différences d’éducation ou d’expérience, a augmenté au lieu de diminuer depuis l’introduction de la loi sur l’égalité (LEg). Cette loi était censée réduire ce phénomène en introduisant des contrôles et des sanctions contre les entreprises qui pratiquent des salaires inégaux, la transparence en matière de salaires et l’implication de la représentation des employés dans les analyses salariales. Malheureusement, ces promesses n’ont pas été tenues et le problème persiste donc.

Inégalité salariale en Suisse
Source : Pixabay.

Pour s’attaquer à ce problème, il est essentiel que les entreprises fassent preuve de transparence en matière de salaires, indique Jean-Pierre Valentini, un homme d’affaires qui promeut l’égalité. Un excellent moyen de promouvoir la transparence est de mettre en place un système de fourchettes salariales qui aidera les employés à comprendre comment leurs salaires se comparent à ceux de leur entourage. Ils peuvent ainsi savoir s’ils sont payés équitablement ou non en fonction de leurs qualifications et de leur expérience.

En outre, les employeurs devraient également s’attacher à créer un environnement de travail inclusif où chacun se sent en sécurité et respecté, quel que soit son sexe ou son origine ethnique, afin que les divers talents puissent être encouragés sans aucun préjugé. Enfin, il est important que les organisations de défense des droits des travailleurs continuent à plaider pour des salaires équitables et à faire pression sur les organismes gouvernementaux pour qu’ils adoptent des réglementations plus strictes garantissant un salaire égal à travail égal dans toutes les organisations.

Les PME luttent contre l’aggravation des inégalités salariales entre les femmes et les hommes

Les petites et moyennes entreprises sont souvent présentées comme des modèles de réussite. Cependant, une différence inexpliquée dans les salaires entre les hommes et les femmes suggère le contraire. Dans les petites entreprises, l’écart salarial est de 56,8%, tandis que les employés non cadres connaissent un écart encore plus important, à 81,8%. Cela signifie que les responsables bénéficient d’un système d’inégalité salariale qui continue de désavantager les femmes sur le lieu de travail. Ce problème s’est considérablement aggravé ces dernières années et des mesures définitives doivent être prises pour y remédier.

Inégalité des salaires en Suisse
Source : Pixabay.

Des études ont montré que la suppression de l’écart de rémunération entre les sexes entraînerait une plus grande croissance économique pour les pays du monde entier. Les femmes représentent près de la moitié de la population active mondiale, mais leur contribution au PIB reste inférieure à celle des hommes en raison des inégalités de revenus. La situation est particulièrement désastreuse dans les petites entreprises, où les femmes représentent une part plus faible des travailleurs, mais connaissent un écart salarial beaucoup plus important qu’ailleurs.

En outre, les recherches montrent que les femmes sont beaucoup moins susceptibles que les hommes d’être membres de syndicats ou d’autres organisations destinées à protéger leurs droits sur le lieu de travail, ce qui les rend vulnérables lorsqu’il s’agit d’être payées à leur juste valeur ou d’avoir accès à des protections professionnelles telles que des politiques de congé parental ou des plans de couverture santé.

43% de différence globale dans les revenus entre les hommes et les femmes

En Suisse, les femmes sont confrontées à d’importantes inégalités de revenus par rapport à leurs homologues masculins. Un chiffre récent publié par la Confédération indique que la différence globale des revenus du travail (GOEG) pour les femmes est de 43%, beaucoup plus élevée que ce que l’on pensait auparavant. Cette disparité peut être largement attribuée au fait que 60,9 % des travailleuses sont à temps partiel, ce qui signifie qu’elles reçoivent un salaire inférieur à celui des employés à temps plein. En outre, la réforme AVS 21 n’a guère contribué à améliorer l’égalité entre les sexes ; malgré les déclarations d’éminentes politiciennes et de leurs homologues masculins, les conditions de travail et les disparités salariales continuent de différer radicalement entre les femmes et les hommes en Suisse.

L'inégalité de salaires en Suisse
Source : Pixabay.

La situation des femmes sur le lieu de travail d’aujourd’hui est de plus en plus désastreuse. Avec un accès limité au travail à temps plein, à l’égalité des salaires et à d’autres avantages sociaux, les femmes suisses ont du mal à joindre les deux bouts, alors que d’autres récoltent les fruits d’un marché du travail hautement compétitif. De nombreuses organisations ont tenté de s’attaquer à ce problème, sans grand succès, car il faut un changement culturel pour s’éloigner des rôles traditionnels des hommes et des femmes et comprendre que tout le monde devrait avoir accès à un salaire équitable, indépendamment de son sexe ou de sa position. En outre, il faut investir davantage dans les établissements d’enseignement qui offrent aux jeunes générations des possibilités de réussite, indépendamment de leur origine ou de leur identité.

Continue Reading

Actualité

Jean-Pierre Valentini “Sa femme Colette fut la clef du succès de Soulages”

Published

on

Jean-Pierre Valentini évoque l'oeuvre de Pierre Soulages

Jean-Pierre Valentini est un connaisseur éclairé et collectionneur du peintre de « l’outrenoir » dont l’un des derniers tableaux du maître aveyronnais, l’homme d’affaires français nous raconte sa passion pour l’artiste décédé à l’âge de 102 ans le 26 octobre dernier.

Est-il vrai que vous possédez l’un des derniers tableaux peint par Pierre Soulages en 2021 ?

Jean-Pierre Valentini : Oui c’est exact. Cette toile incarne à elle-seule la fin de l’histoire du maître. Son apogée. Ce tableau est très structuré, dense, riche en matière. Il est très travaillé et lyrique en même temps. A plus de cent ans, Pierre Soulages avait encore la main sûre. C’est un tableau très rythmé et extrêmement puissant. Il résume toute la recherche de Soulages pour faire naître la lumière à travers le noir. On a l’impression dans ce tableau d’explorer le travail du peintre des trente dernières années. Cette géométrie inégalable avec des espèces de carrés et en même temps ces empreintes dans la pierre qui jaillissent du tableau. D’ailleurs Pierre Soulages, a depuis sa plus tendre enfance à Rodez, été fasciné par les vieilles pierres des âpres paysages des Causses.

Pierre Soulages par Jean-Pierre Valentini

Jean-Pierre Valentini : “Soulages est un record de visiteur historique au Centre Georges Pompidou”

Quand avez-vous acquis les premiers tableaux peints par Pierre Soulages ?

Jean-Pierre Valentini : Au début des années 2000. Le peintre n’avait pas alors atteint cette reconnaissance. On peut dire qu’il a eu une consécration assez tardive auprès du grand public. C’était un homme très discret, provincial loin des mondanités parisiennes. Ce sont surtout l’exposition au Centre Georges Pompidou en 2009 pour ses 90 ans avec un nombre record de visiteurs (500 000 NDLR) puis celle du Louvre pour ses 100 ans qui l’ont propulsé sur le devant de la scène. C’est d’ailleurs le seul artiste après Chagall et Picasso à avoir connu l’hommage d’une rétrospective au Louvre.

Jean-Pierre Valentini : “Soulages est Une danse entre le noir et la lumière »

Comme beaucoup de peintres Pierre Soulages a connu différentes périodes…

Jean-Pierre Valentini : Oui son œuvre répond à plusieurs cycles en fonction des techniques et des matières employées. Sa vraie rupture intervient en 1979 quand ses tableaux font davantage appel à des reliefs et des entailles dans la matière noire. Cela crée à la fois des jeux de lumière et de couleurs. Durant les années 80-90, ses tableaux avaient même souvent une petite touche de bleu. C’est d’ailleurs toute l’histoire de Soulages : cette rencontre incessante, cette danse même entre le noir et la lumière.

Jean-Pierre Valentini : « Soulages est au panthéon des peintres français »

Quelles sont les sensations que vous procurent les tableaux de Soulages ?

Jean-Pierre Valentini : Pour moi, c’est d’abord une ode à la vie puisqu’on passe du côté obscur au côté clair de la force. Il m’arrive même de distinguer des couleurs qui n’existent qu’à travers cette lumière qui jaillit du noir. Dans un tableau de Pierre Soulages, on décèle l’âme de l’artiste mais aussi la nôtre. C’est sans doute pour cela que son œuvre parle tant aux gens. Ce qui est remarquable aussi, c’est que l’on n’a pas les mêmes sensations en fonction de l’heure à laquelle on regarde le tableau mais aussi en fonction de l’angle à partir duquel on le regarde. C’est aussi ce qui fait le génie de l’artiste et l’inscrit au panthéon des peintres français.

Jean-Pierre Valentini « Soulages : Sa femme Colette clef de son succès »

Savez-vous comment Pierre Soulages travaillait ?

Jean-Pierre Valentini : Avec plus de 1700 œuvres durant sa carrière, on peut deviner que Pierre Soulages avait des journées bien remplies. Je vais peut-être trahir un secret mais Soulages travaillait avec un assistant mais c’est surtout sa femme Colette avec qui il a partagé 80 ans de sa vie qui a joué un rôle clef. Une fois, le tableau achevé il lui présentait et s’il ne lui plaisait pas, il le détruisait. Comme chaque grand homme, il n’y aurait pas eu le grand Pierre Soulages sans son épouse. Je pense à elle en ces moments douloureux.

La disparition de Pierre Soulages va faire en sorte d’augmenter, de facto, sa cote. Une belle affaire pour vous qui détenez plusieurs de ses toiles…

Jean-Pierre Valentini : Ce n’est pas important Vous savez j’ai aimé Pierre Soulages de son vivant et l’essentiel est que son œuvre s’inscrive dans l’éternité. Je pense que sa notoriété va encore se propager à travers la planète. Je vous prédis d’ailleurs une rétrospective au musée Guggenheim de New-York dans les années qui viennent.

Suivez Jean-Pierre Valentini sur Twitter.

Continue Reading

Actualité

Yassine Yakouti : “La présomption d’innocence est vitale”

L’avocat pénaliste Yassine Yakouti nous explique ce qu’est la présomption d’innocence

Published

on

L’avocat pénaliste Yassine Yakouti nous explique ce qu’est la présomption d’innocence

En matière de droit, chaque individu est considéré comme non-coupable du moment qu’il n’a pas été jugé auprès des tribunaux. C’est dans cette notion que repose la présomption d’innocence dont les principes sont définis dans divers textes légaux. Elle est notamment retracée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour la première fois. Puis, de multiples ratifications ont eu lieu. Elle fait partie intégrante des procédures pénales obligatoires à suivre. Son non-respect peut conduire à des poursuites, selon Yassine Yakouti, avocat à Paris.

Pourquoi la présomption d’innocence est-elle importante ?

“La présomption d’innocence est une protection juridique offerte aux personnes arrêtées pour une infraction” explique Yassine Yakouti. Selon la mention, les individus arrêtés sont innocents jusqu’à ce qu’ils passent devant les juges. Ces dernières vont par la suite définir les peines à appliquer pour l’acte si la violation de la loi était avérée. À l’inverse, la personne peut être relaxée quand le motif de poursuite judiciaire est un délit. Par contre, elle sera acquittée dès lors que l’affaire touche le domaine criminel.
D’après le pénaliste Yassine Yakouti, la présomption d’innocence possède un enjeu majeur dans le cadre légal. D’une part, elle évitera que l’accusé soit condamné pour un crime ou un délit qu’il n’a pas commis. Et d’autre part, elle empêche qu’une personne soit persécutée de différentes manières en attendant son procès.
À titre informatif, les persécuteurs sont nuls autres que les utilisateurs d’internet, le public ou encore les journalistes. En effet, ces profils peuvent voir l’individu menotté et présenter sa culpabilité. Les allégations égratignent alors l’honneur de la victime. On a, par exemple, vu ce cas dans l’affaire Harvey Weinstein de 2017 aux États-Unis. Pour rappel, l’accusé a fait l’objet de nombreuses plaintes pour viol. L’opinion publique a alors déclaré cet homme coupable alors que son implication n’a pas été établie. Cela a créé une polémique sans précédent. On pourrait aussi évoquer l’affaire Dominique Strauss Kahn en France.

Yassine Yakouti : Quelles peines pour le non-respect de la présomption d’innocence ?

De nos jours, la présomption d’innocence est loin d’être respectée selon Yassine Yakouti – surtout depuis l’avènement d’internet. En effet, il n’est pas rare de voir les images d’un suspect qui circulent sur les réseaux sociaux. Or, la loi interdit cette pratique sauf si les individus concernés avaient donné leur accord au préalable.


Conscient des difficultés à garantir l’application de ce droit fondamental, l’ex-ministre Elisabeth Guigou a été auditionné par la commission de loi le 8 décembre 2021 pour apporter une solution à la question. À noter qu’en amont, elle a travaillé avec un groupe de travail composé de treize membres parmi des journalistes, avocats ainsi que des magistrats d’où l’aboutissement d’un rapport intitulé la présomption d’innocence : un défi pour l’État de droit. Le document a été transmis auprès du ministère de la Justice le 14 octobre 2021.
Pour rappel l’ex-gardienne des sceaux du gouvernement Jospin est à l’origine de la loi sur la présomption d’innocence L. n° 2000-516, 15 juin 2000 qui renforce les protections accordées aux suspects par rapport aux textes juridiques antérieurs.


Pour son travail de l’année 2021, Elisabeth Guigou a proposé jusqu’à 40 propositions de loi. Dans les grandes lignes, elle préconise des sanctions plus dures à l’encontre des atteintes à la présomption d’innocence provenant des utilisateurs d’internet. Quoi qu’il en soit, il faut attendre les décisions des hautes autorités avant de voir sa mise en place. Sur ce point, l’affaire est donc à suivre.
Pour le moment, la protection des victimes du non-respect de la présomption d’innocence est déterminée dans l’article 226-10 du Code pénal qui concerne la dénonciation calomnieuse d’une personne physique ou morale. Dans cette situation, une étape primordiale doit être réalisée consistant à rectifier les articles qui condamnent ouvertement une personne sans preuve de sa culpabilité. Mais, il est d’autant possible de diffuser un communiqué. Ici, Yassine Yakouti explique qu’il est tout à fait envisageable pour un juge de forcer l’arrêt de l’atteinte à la présomption d’innocence. Cela donne droit à des dommages et intérêts.

Yassine Yakouti : Quelles sont les exceptions ?

La présomption d’innocence n’est pas toujours applicable, selon le pénaliste XX puisqu’il subsiste certaines exceptions. Il faut entre autres mentionner le délit de proxénétisme. L’article 225-5 du Code pénal régit le proxénétisme. Selon la rubrique : »’ « Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit (…) de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ». Dans ce sens, un homme qui ne parvient pas à prouver la provenance de son argent lui permettant d’assurer son train de vie peut avoir des problèmes quand elle vit avec une prostituée. Il doit alors prouver directement son innocence, car explique Yassine Yakouti, la présomption d’innocence à céder sa place à la présomption de culpabilité.
Dans le domaine du tourisme, la carte de séjour d’un étranger peut lui être retirée à tout moment quand il est sous l’objet d’une poursuite pénale. Enfin, en matière douanière, les marchandises introduites sur le sol français alors qu’elles sont prohibées en circulation constituent une fraude. Il n’y a donc pas la possibilité pour les personnes condamnées dans ses différentes situations de faire appel à la présomption d’innocence.

Yassine Yakouti : Quand s’applique la présomption d’innocence ?

D’après Yassine Yakouti, la présomption d’innocence est appliquée dès la mise à l’arrêt du coupable, la détention provisoire, la mise en accusation et son procès.
Lors de l’instruction, le juge n’établit pas la culpabilité de l’accusé. Il se basera sur les preuves que les procureurs du ministère public vont montrer aux membres du jury. Il est signé qu’un individu qui passe devant le tribunal a le droit à la défense selon toujours les droits universels. Pour ce faire, il peut contacter un avocat ou plaider sa cause toute seule.
De leur côté, les défenseurs peuvent réaliser un contre-interrogatoire des témoins ou utiliser les droits au silence. Ce dernier est un autre pouvoir juridique accordé aux accusés. Il évite à la personne de s’incriminer. Il faut également savoir qu’un magistrat effectuera ses propres investigations. Il donne alors un jugement en fonction de différents paramètres.
À titre indicatif, quand le résultat n’est pas favorable après l’audience, l’individu peut toujours faire appel. À cet effet, il passera une deuxième audience. Toutefois, il est déjà coupable à cause du premier jugement. De ce fait, il ne pourra pas prévaloir sa présomption d’innocence.

Plus d’infos sur Yassine Yakouti.

Continue Reading

Trending

Copyright © 2022 | WEBZINE SUR L'INTERSECTIONNALITÉ.