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Liban, Soudan, Irak : L’appropriation de l’espace public par les femmes au Moyen-Orient, le début d’une révolution culturelle et sociétale

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“ La rue est le premier média de masse” – Olivier Aïm

Cela n’échappera à personne, les fondements de notre société reposent sur une différenciation genrée de l’utilisation de l’espace public. En effet, tout, dans notre société a été fait pour que la femme ne s’y sente pas à sa place. Dès notre plus jeune âge, on nous met en garde contre le monde extérieur rempli de dangers. On nous apprend à être discrète lorsqu’on sort, à ne pas se faire remarquer pour ne pas attirer l’attention et être sujette à plusieurs types de violences comme le harcèlement de rue, les violences sexuelles, les micro-agressions etc. ; qui se déclinent bien évidemment sous plusieurs formes en fonction de notre intersectionnalité : que l’on soit femme et voilée, femme et racisée, femme et obèse … Cependant, on apprend aux petits garçons à être forts, courageux et à s’imposer. De ce fait, la société a tendance à percevoir la femme comme un être vulnérable, ayant besoin d’être chaperonné par un homme, à qui on aura appris dès bas âge à n’avoir peur de rien et à savoir comment protéger sa dulcinée.

Parce que le patriarcat ne définit les femmes que par leur corps, et de ce fait les objectise, ces dernières sont contraintes à adapter leur comportement lorsqu’elles se déplacent dans l’espace public (faire attention à leur manière de s’habiller, développer des stratégies d’évitement, ne pas rentrer trop tard le soir etc.) au risque de se faire importuner.

“ L’espace de la rue n’est pas féminin” – Françoise Héritier

Jürgen Habermas, philosophe et théoricien allemand est considéré comme étant le père fondateur de la notion d’espace public. Selon lui, il s’agit d’un espace de discussion et de libre parole où apparaissent des sujets autonomes et égaux. Dans les salons par exemple, l’un des premiers lieux où se matérialisent l’espace public, Habermas affirme que les hommes ET les femmes qui y interviennent se considèrent comme étant égales.aux dans leurs êtres ainsi que dans leurs prises de parole.

Néanmoins, beaucoup de sociologues vont s’emparer de ce sujet en mettant en évidence l’écart entre l’espace public de droit, et l’espace public tel qu’il est réellement investi. Iels vont démontrer que ce fameux lieu de discussion supposément ouvert à tou.te.s est en réalité réservé qu’à quelques personnes et compte plus d’exclu.e.s que d’inclu.e.s. Parmi ces sociologues, certain.e.s vont s’intéresser à l’inclusion des personnes pauvres et d’autres à l’inclusion des femmes. C’est le cas de la sociologue américaine Nancy Fraser, considérée comme l’une des figures majeures de la philosophie politique féministe aux Etats-Unis, qui remet en question la notion habermassienne de l’espace public en interrogeant sa neutralité axiologique et son angle de vue androcentrique. Pour ce faire, la sociologue adopte une approche féministe et met en lumière le fait que Habermas ne prend pas en compte le sujet du genre dans ses analyses. Cette absence de perspective rend les conclusions du théoricien allemand contestables et réductrices car il naturalise l’androcentrisme en invisibilisant les problématiques liées à un ordre sociosexué.

Par cette discrimination dans l’espace public, nous pouvons dès lors affirmer que les femmes ne sont pas prévues ni les bienvenues en son sein. De ce fait, elles traversent la rue mais ne l’habitent pas. C’est en tout cas l’avis de l’anthropologue française Françoise Héritier lorsqu’ elle affirme que : « L’espace de la rue n’est pas féminin. Les femmes ne s’y attardent pas, c’est un lieu de danger. »

Toutefois, on assiste depuis quelques temps à un réel changement de paradigme ; les femmes prennent de plus en plus la parole au sein de l’espace public. On l’a vu notamment en France et aux Etats-Unis avec les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc pour dénoncer leurs agresseurs, mais cette libération de la parole ne s’arrête pas là. En effet, on remarque depuis quelques mois l’émergence de plusieurs contestations au Moyen-Orient s’inscrivant dans la continuité du printemps arabe où les femmes et les jeunes ont un rôle prépondérant. En effet, elles surfent sur les vagues de révolutions actuelles pour faire entendre leurs revendications et dénoncer des systèmes patriarcaux qui les enferment dans des stéréotypes les empêchant d’être pleinement libres de leurs actions. Le terme de “soulèvement” utilisé par plusieurs médias pour qualifier ce phénomène de grande envergure est très fort et significatif, si l’on considère que pendant des siècles les femmes ont été réduites au silence. Aujourd’hui elles décident de soulever leurs voix et de les porter haut et fort.

Les temps changent, nous aussi !

La société se trouve dans une période charnière où avec un changement de génération, on assiste aussi à un changement des mentalités. Les problématiques liées aux droits de la femme sont aujourd’hui plus importantes que jamais et c’est pourquoi les mouvements populaires insufflés par une jeunesse déterminée souhaitant rompre avec le vieux monde comptent de plus en plus de femmes voulant renverser le statu quo. L’un des principaux éléments que l’on retient des contestations analysées dans cet article est la volonté des femmes de vouloir renverser le patriarcat.

L’une des figures incarnant bien ce changement est celle de Malak Alaywe Herz, une jeune manifestante rendue célèbre pour avoir donné un coup de pied dans l’entrejambe d’un militaire durant les manifestations d’Octobre 2019 au Liban suite à la hausse de la taxe Whatsapp. Repris par tous les médias nationaux et internationaux, cette scène est devenue virale et à fait le tour des réseaux sociaux. Malak est devenue dès lors, le symbole de la lutte libanaise : “Je n’avais pas peur, on était en train de mourir ici. Je me suis approchée de lui et je lui ai demandé de tirer et je l’ai frappé de toutes mes forces. Il n’a pas le droit de pointer une arme sur nous alors que nous ne sommes pas armées et qu’on est là pour revendiquer nos droits.

Un symbole, car en plus de s’attaquer au patriarcat en tapant dans les organes génitaux de l’homme, elle s’attaque aussi par extension à tout le système de gouvernance libanais, jugé corrompu et coercitif.

La démocratisation des réseaux sociaux a joué un rôle considérable au sein de ces luttes. Tout d’abord, cette ouverture sur le monde a permis aux femmes de remettre en question la place qui leur a été assignée par la société. En effet, dans toutes les sociétés, même dites « démocratiques », la femme est reléguée à la sphère domestique, la politique étant considérée comme une affaire d’homme où les femmes n’ont ni leur place, ni leur mot à dire. Or, les réseaux sociaux ont permis de diffuser la libération de la parole des femmes afin de les inspirer et de les accompagner dans leur émancipation ainsi que dans leur empowerment. Ils ont permis entre autres aux femmes libanaises de prendre conscience de ce qui se passe dans le monde et de réaliser que le changement de la société libanaise se fera de pair avec l’amélioration de la cause des femmes. De ce fait, l’appropriation de l’espace public par les femmes signifie qu’elles ne veulent plus se taire. D’ailleurs, l’auteure et journaliste libanaise Joumana Haddad affirme que les libanaises : “ne se contentent pas comme avant de parler entre elles, dans les petits salons, de s’indigner à voix basse. La voix est désormais haute.” Selon elle, cette révolution est la première étape qui mettra fin au système patriarcal.

Le besoin de s’affirmer comme sujet autonome et plus comme complément ; ou l’art de faire la guerre à l’instrumentalisation de la religion

« La révolution gagne en force quand les femmes y participent » – Sara, manifestante irakienne

Comme nous l’avons dit juste avant, au Liban, au Soudan et en Irak, les femmes sont au premier rang de ces soulèvements, afin de manifester pour leurs droits et pour plus d’égalité. En effet, trop longtemps la femme a été considérée comme une citoyenne de seconde zone. C’est pourquoi, par leur présence dans les rues, elles se réapproprient aussi la politique et les modes de gouvernances qui se doivent d’être plus représentatif.ve.s de la société. Ainsi, leur premier combat se traduit avant tout par la dénonciation et la fin d’un système confessionnel, répressif et obsolète dans lequel les gouvernements instrumentalisent la religion en ayant une lecture machiste et sexiste de celle-ci afin d’avoir un contrôle total sur le corps des femmes et sur leurs libertés. Au Liban, et dans plusieurs autres pays du Moyen-Orient, il n’y a pas de scission entre la sphère politique et la sphère religieuse ; la constitution libanaise prévoit que le président soit chrétien maronite, le premier ministre musulman sunnite et le président du parlement musulman chiite. Les hommes étant donc à la tête des Etats et des familles, le code civil ne prévoit pas de statut personnel. Ainsi, les femmes n’ont pas de vraie citoyenneté. En effet, chaque libanais.e.s est soumis.e.s à des lois religieuses s’appliquant selon leur confession. Cela crée bien évidemment des fractures sociales car ces lois sexistes et discriminantes favorisent les hommes au détriment des femmes. Petit exemple : les femmes libanaises ne peuvent transmettre ni leur nom, ni leur citoyenneté à leurs enfants.

« Je me sens citoyenne de deuxième catégorie. C’est horrible et très humiliant, surtout quand vos enfants vous demandent pourquoi ils ne peuvent pas avoir la nationalité, alors que je les ai élevés dans l’amour du Liban, de la patrie et des traditions. C’est très difficile à expliquer… c’est une des raisons de mon combat ! Ce n’est pas un bout de papier qui fait de vous une citoyenne, mais ce que vous faites pour ce pays. Beaucoup d’hommes ont la nationalité mais ne la méritent pas ! », explique Nadine Moussa, candidate à l’élection présidentielle en 2014 et auteure du mouvement “take back parliament.” De plus, « Le code de nationalité libanais date de 1925 , hérité du Français, du colonisateur » affirme Lina Abou Habib, directrice exécutive du Women’s Learning Partnership.

En 2001, les activistes mesurent les impacts de cette loi sur les principales.aux victimes : les enfants. En effet, ces dernier.e.s n’étant pas considéré.e.s comme libanais.e.s, n’ont accès ni au système de santé ni à l’école publique, ni à la citoyenneté, ni à l’emploi car iels sont considéré.e.s comme étranger.e.s. On constate d’ailleurs beaucoup de pathologies qui se développent chez ces enfants, même devenu.e.s adultes.

Mais les lois privant les femmes de leurs libertés ne s’arrêtent pas là, elles sont multiples. En voici deux exemples significatifs :

  • En cas d’instance de divorce, la femme libanaise perd la garde de son/ses enfants et se retrouve donc obligée de choisir dans certains cas entre rester avec un mari violent, qui abuse d’elle ou perdre ses enfants. C’est une forme de chantage affectif très pernicieux.
  • De plus, il lui est interdit d’ouvrir un compte en banque pour ses enfants. En effet, cette action doit être faite par l’homme, même si c’est la femme qui subvient aux besoins de sa famille.

“Les femmes ont beau porter des vêtements convenables, elles sont exposées à la violence verbale et physique, et [les agresseurs] prennent l’islam comme prétexte”

Au Soudan, les jeunes femmes militent contre un régime oppressif et patriarcal qui les empêche de mener leur vie comme elles l’entendent. En effet, la Charia, telle qu’elle est pratiquée dans le pays, interdit aux femmes de choisir leur mari, de travailler à l’extérieur de la sphère domestique et d’avoir, tout comme les femmes libanaises, la garde des enfants en cas de divorce. “Je veux pouvoir décider librement de la façon dont je m’habille, où je vais et à quelle heure je dois rentrer à la maison (…) “Je manifeste contre cette loi qui va m’enlever mes enfants si je divorce.”, affirme une jeune soudanaise pour le journal African Arguments.

Ainsi, les soudanaises, tout en militant pour leurs droits en faisant entendre leurs voix dans la rue, redéfinissent aussi l’espace public qui leur a été trop longtemps interdit. En effet, certaines lois et décrets sur l’espace public fondés soi-disant sur l’Islam, interdisent aux femmes de travailler le soir et leur impose le port du hijab en public. De nombreuses militantes féministes s’indignent que ces lois soient toujours en vigueur et les jugent contraires à la constitution et à l’Islam. Selon le journal, ces femmes déplorent que la religion soit instrumentalisée à des fins machistes.

Altamthiliya mohema !

Vous l’aurez donc bien compris, les lois sont faites par les hommes et pour les hommes. La solution serait donc de faire place aux femmes au sein des politiques afin qu’elles puissent elles-mêmes changer ce système qui les oppresse depuis la nuit des temps. Si certaines ont tenté de faire bouger les choses, il faut malheureusement admettre que les avancées ne sont pas proportionnelles à l’urgence de la situation. En décembre 2016, lors de l’annonce du nouveau gouvernement libanais, ce dernier ne compte qu’une seule femme sur 30 et surtout, UN HOMME chargé de défendre les droits des femmes, Jean Oghassabian. Or, rappelons que les droits des femmes et le respect de leurs libertés ne seront pas pris au sérieux tant qu’elles ne seront pas représentées dans les institutions et qu’on ne leur donnera pas la place qu’elles méritent pour défendre au mieux ce qu’elles jugent nécessaire.

Les soudanaises l’ont bien compris, c’est pourquoi la coalition la MANSAM regroupant entre autres 8 associations politiques féminines a réalisé une liste de femmes qualifiées pour intégrer le gouvernement civil de transition. La coalition a aussi rédigé un texte de loi concernant les droits de la femme qu’elle espère voir intégré dans la nouvelle constitution soudanaise.

Justice pour les victimes de violences sexuelles

Au Soudan, si les revendications féministes sont similaires à celles des libanaises, les soudanaises dénoncent avant tout un fléau pernicieux qui persiste au sein de leur société, il s’agit des violences sexuelles commises sur les femmes, notamment en zone de guerre. Elles exigent de l’Etat qu’il prenne ses responsabilités et juge les responsables de ces actes infâmes : “Nous voulons que soient punis les auteurs d’abus sexuels au Darfour et dans d’autres régions du pays.”affirme une manifestante. Néanmoins, il faut garder en tête que ces revendications s’inscrivent dans un mouvement militant féministe préexistant au sein duquel les femmes luttent depuis longtemps contre les violences sexuelles qui leurs sont infligées. En effet l’ancien président Omar Al-Bachir et plusieurs de ses condisciples ont été condamnés en 2000 pour le recours aux abus sexuels au Darfour. Aujourd’hui, ce que les femmes réclament par-dessus tout est le jugement des fonctionnaires d’Etat responsables de ces crimes. “Pour moi, la justice, ce serait que tous les participants au régime précédent payent pour ce qu’ils ont fait subir à notre pays”, a déclaré une femme du Kordofan du Sud.

Malgré la violence des répressions, les femmes tiennent bon !

« Je suis obligée de me camoufler, de me faire passer pour un homme, sinon les gars ne me laisseraient pas rester en première ligne. Ils disent que c’est trop dangereux pour une femme, qu’on est fragiles, mais moi, je ne le suis pas » – Arwa, jeune manifestante irakienne

Les femmes ont joué un rôle clé dans le combat pour la liberté, la justice et la paix. Elles ont résisté malgré la violence des opposants. Nous savons que de manière générale, les manifestations ayant lieu au sein de pays non-démocratiques mènent à des répressions extrêmement violentes. Si les violences sexuelles sont souvent utilisées comme arme de guerre dans certains conflits, au Soudan, les opposants aux manifestantes ont aussi eu recours à ce type de violence. En effet, durant les manifestations survenues cet été, Les Forces de soutien rapide, une unité paramilitaire issue des milices Janjawid responsables des atrocités commises au Darfour ont commis des dizaines de viols. Le journal African Arguments parle aussi de tortures et de tirs à balles réelles. Les manifestations en Irak ont aussi mené à des violences qui ont été par la suite condamnées sévèrement par la communauté internationale. Tout comme au Soudan, certaines opposantes au régime ont été torturées, enlevées et/ou tuées. C’est pourquoi, en Irak, les militantes sont obligées de se camoufler et de ne pas s’exposer sur les réseaux sociaux à visage découvert au risque de se faire tuer, comme cela a été malheureusement le cas de la blogueuse Tara Farès tuée fin 2018.

Une autre forme de violence à laquelle les manifestantes ont dû faire face est le refus préliminaire des hommes à les accepter au sein de la lutte irakienne, sous prétexte qu’elles n’y avaient pas leur place, que c’était trop dangereux pour elles etc. Arwa, une jeune manifestante affirme d’ailleurs avoir dû se camoufler le visage afin de se faire passer pour un homme au risque d’être arrêtée. Toutefois ces dernières ont tenu bon, elles ont montré qu’elles étaient tout aussi, voire plus courageuses que leurs homologues masculins et ces derniers ont alors fini par les accepter et les respecter au sein de la lutte. Cela témoigne donc d’un pas extrêmement important vers le changement de mentalités : « Dans nos sociétés arabes, les hommes ont l’esprit fermé envers les femmes. Ici, les manifestants nous protègent. Si l’on est en danger, ils forment un bouclier humain. Et sur mon passage, je n’entends que des “merci, merci” et “que Dieu te garde” affirme Sama, 27 ans. C’est donc cette égalité entre les hommes et les femmes au sein des luttes irakiennes qui constitue une véritable révolution culturelle.

Des mouvements transgénérationnels et transconfessionnels

L’un des principaux points que l’on retient de ces luttes est la solidarité inébranlable de ces femmes. En effet, que ce soit au Soudan, au Liban ou en Irak, les femmes ont su passer outre leurs différences afin de se soutenir les unes les autres et mener un front commun. Car finalement, malgré leurs différences, elles sont toutes confrontées aux mêmes problématiques et militent pour les mêmes combats : que les droits de la femme soient pris en considération par leur gouvernement respectif et mettre fin à l’omerta qui les oppresse et les prive de leur identité en tant que sujet. Au sein de ces luttes nous avons aussi pu constater que toutes le couches de la société étaient représentées : allant des plus jeunes aux plus âgées, mais aussi des plus riches aux plus modestes, des intellectuelles aux illettrées… Par ailleurs, et notamment au Liban, les femmes issues de toutes les confessions ont protesté côte à côte, menant le même combat : que les femmes soient libres de leurs choix !

L’objectif maintenant serait que ces mobilisations donnent lieu à de vraies mesures comme accroître le taux de représentation des femmes au sein des gouvernements, afin de les laisser s’exprimer par elles-mêmes et pour elles-mêmes, car les femmes sont les plus à même de savoir ce qui est bien ou pas pour elles.

Djéné DIANÉ

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Santé au travail : Les conditions des femmes

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centre de santé au travail paris

Les centres de santé au travail à Paris ont récemment révélé une augmentation considérable, depuis une vingtaine d’années, des maladies professionnelles et des accidents de travail chez les femmes. A contrario, les hommes en connaissent de moins en moins.

Est-ce que la santé au travail des femmes se dégrade plus que celle des hommes ?

La santé des femmes au travail se détériore, tandis que celle des hommes s’améliore. Une enquête révèle que, de 2001 à 2019, les maladies professionnelles chez les femmes ont augmenté de 158,7 % et les accidents du travail de 41,6 %. Au cours de la même période, les accidents chez les hommes ont diminué de 27,2 %, bien qu’ils aient été encore plus touchés.

Les travailleurs “essentiels” sont les premiers à être pris en charge. Selon l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), les activités de santé, d’action sociale, de nettoyage et de travail occasionnel provoquent plus d’accidents que le domaine de la construction. Les femmes sont surreprésentées : 91 % des aides soignantes et 95 % des assistantes à domicile sont des femmes.

Les femmes sont particulièrement sensibles aux troubles musculo-squelettiques, qui sont causés par la répétition de mouvements apparemment anodins. Un risque difficile à identifier et quasi invisible.

Aussi, de nombreuses femmes travaillent des journées “comptées doubles”, une combinaison entre travail et de tâches ménagères. Cette charge mentale, à savoir trouver le bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, peut contribuer sur du long terme à une forme d’usure.

Santé au travail : quelles entreprises sont ciblées ?

Entre 2001 et 2019, les accidents du travail ont augmenté de 110 % chez les travailleurs domestiques. Rozenn Guegen, secrétaire générale à la santé et au social de la CFDT, a expliqué : “Notre charge de travail a augmenté avec le nombre de seniors et les difficultés de recrutement.”

Cette forte pression, les employeurs n’en tiennent pas toujours compte. Les grandes surfaces, à savoir Casino et Lidl, sont ciblées.

L’étude fait état de cadences excessives, d’un stress accru et continu et de beaucoup d’accidents non signalés. En conséquence, beaucoup ont été licenciées pour incapacité de travail. Casino mène une étude spéciale sur les “risques graves” signalés par les syndicats de travail. La chaine de supermarchés s’est défendue, évoquant des “conditions de travail propres à notre domaine d’activités” et une “approche d’amélioration continue”.

Face à ce constat, l’Anact recommande de systématiser les statistiques sexospécifiques de santé au travail et de mieux prendre en compte les différences de risque psychosocial ou morphologique entre hommes et femmes.

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Combat environnemental et revendications féministes : une convergence des luttes ?

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Introduction à l’écoféminisme, ce mouvement de femmes qui militent pour un retour à la Terre

« Reclaim », c’est le mot-pilier de ce mouvement. Il exprime en anglais une idée de revendication et de réappropriation qui est au cœur des fondements de l’écoféminisme : refuser le dualisme nature/culture créé par les sociétés capitalistes et créer un nouveau rapport, plus personnel, à la nature.

(source : https://generationecologie.fr/2019/02/19/pour-lecofeminisme-integral/?fbclid=IwAR29dUg5Zn9RCUHcGlgEuzcS00ZeqYIOO5YhxWfQznPWgJsWFMsxNayOhFs)

La dynamique écoféministe nait dans les années 70 avec le mouvement Chipko, un groupe de villageoises indiennes qui protestent contre la déforestation dans leur pays. En 1973, les femmes de Mandal encerclent les arbres de leur village afin d’empêcher la destruction des forêts de l’Himalaya. Dans la même période, en Europe, Australie et Etats-Unis, on voit se créer des « terres de femmes ». Des lieux où celles-ci tentent de créer un mode de vie alternatif, autonome et en rupture totale avec le capitalisme et le patriarcat. Elles y construisent des cabanes et s’y soignent grâce à ce que leur offre la nature. Elles y vont pour se reconnecter à leur corps et à la Terre, trouver un nouvel équilibre.

Destruction de la planète et domination masculine

L’écoféminisme se fonde sur l’idée qu’il existe des relations entre l’exploitation de la Terre par les êtres humains et l’oppression des femmes par les hommes. Il y a un lien indissociable entre la domination masculine et la destruction de la planète. C’est le même modèle de civilisation qui a produit l’appropriation du corps des femmes par les hommes et l’appropriation des territoires par les êtres humains. Ces deux formes d’oppression découlent des mêmes mécanismes de domination et peuvent être combattus ensemble. Les écoféministes appellent alors à reprendre le pouvoir, non plus un « pouvoir sur » qui serait synonyme de domination mais un « pouvoir », de son origine latine « podere » qui signifierait « être capable », développer sa capacité à soi-même.

Ce combat passe par le fait de déconstruire le travail de consommation des sociétés capitalistes qui a exclu les femmes du monde du travail en les reléguant dans la sphère domestique où elles effectuent un travail invisibilisé et dévalorisé (on ne lui attribue pas de valeur car il n’est pas rémunéré, pourtant, c’est bel bien un travail). Pour les écoféministes, il faudrait reconsidérer les tâches domestiques comme un simple rapport d’autonomie à sa propre existence et la capacité de chacun à savoir subvenir à ses propres besoins.

L’écoféminisme se divise en plusieurs sensibilités. L’écoféminisme dit « post-colonial » met en exergue le fait que la domination de la nature par les êtres humains et l’oppression des hommes par les femmes est articulée avec une troisième forme de domination qu’on dirait coloniale ou post-coloniale. L’écoféminisme matérialiste affirme lui que le capitalisme et le patriarcat sont deux systèmes ayant fusionnés et qu’ils n’existent plus l’un sans l’autre. L’écoféminisme spiritualiste avance l’idée qu’avec les religions monothéistes, la spiritualité a été placée à l’extérieur de la nature et c’est ce qui nous a amené à déconsidérer la Terre et à en oublier sa valeur.

La lutte contre le nucléaire

Les préoccupations qui ont animé les écoféministes il y a un peu plus de trente ans sont toujours d’actualité aujourd’hui : la peur de léguer aux générations futures un monde en ruines, la crainte d’arriver à un point de non-retour dans la dégradation de l’environnement, la peur des conséquences de la pollution sur les populations… Les enjeux ne sont pas les mêmes suivant les zones de la planète. Dans les pays dits du Sud, les luttes concernent surtout la préservation des milieux naturels car leur dégradation a un impact direct sur la vie des femmes. Tandis que dans les pays dits du Nord, les écoféministes luttent plutôt contre le nucléaire, les projets de grands travaux qui auront des conséquences sur l’environnement. On pense alors au Women’s Pentagon Action de 1980 au cours duquel 2 000 femmes encerclèrent le Pentagon pour réclamer la justice et la paix ou encore à la chaîne humaine du 1er avril 1983 du Camp de femmes pour la paix de Greenham Common qui luttaient contre l’installation de missiles nucléaires : autant de mouvements qui ont inspiré le collectif des Bombes Atomiques à organiser à Bure en Septembre dernier et pour la première fois en France, le rassemblant de plus de 450 femmes, trans, queer et personnes non-binaires pour marcher contre le nucléaire.

(dessin par Sanaa K)

Peut-on lier féminisme et véganisme ?

Dans le second volet des deux épisodes d’Un Podcast à Soi d’Arte Radio consacré à l’écoféminisme, la journaliste C. Bienaimé interroge la chercheuse Myriam Bahaffou qui s’intéresse aux rapports de domination entre les êtres humains et les autres espèces qu’elle articule avec les rapports de genres, de races et de classes. Elle propose l’analyse suivante : un croisement entre la domination des espèces (des Hommes sur les animaux) et la domination des genres. L’idéal de l’homme virile et carniste a été atteint dès lors que les hommes ont consommé de la viande, ont mangé la chaire de l’autre. C’est que Derrida appelle le « sacrifice carnivore ». M. Bahaffou fait référence aux travaux de C. Adams qui explique que la division sexuelle des tâches est apparue dans les sociétés patriarcales au moment où l’espèce humaine a commencé à domestiquer les animaux. Dans le même temps où les Hommes ont vu comment les animaux se reproduisaient et qu’ils pouvaient contrôler le processus de reproduction, ils se sont attribué l’absolu pouvoir de reproduction et donc approprié le corps des femmes.

Manon Novaretti

Sources :

https://simonae.fr/militantisme/les-indispensables/expliquez-ecofeminisme/

https://www.arteradio.com/son/61662635/ecofeminisme_1er_volet_defendre_nos_territoires_21

https://usbeketrica.com/article/cinq-questions-sur-l-ecofeminisme

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Fais pas Genre et la Manif pour Tou.TES : de l’amour, toujours.

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Hier l’équipe de Fais Pas Genre est retournée dans le droit chemin et a choisi d’intégrer les rangs de la Manif pour Tous pour sa 625e édition. Enfin… vous nous connaissez quand même et on vous laisse présager que notre présence se justifiait par un merveilleux grabuge.

« Féministes, radicales et en colère »

C’est sous cet adage que nous avons retrouvé nos copines militantes (cc Sarah et Maurine). Prêtes à défendre leur droit à l’enfant de la manière la plus pacifiste qu’il soit (ou presque) le mot d’ordre était donné : rendez-vous à 15h30 au Carrousel du Louvre pour un French Kiss emblématique et problématique. Paris, je t’aime.

Une vingtaine de filles grimées en Marie-Charlotte* du 16e sont venues rencontrer les manifestant.es ; carré Hermès, lunettes de soleil et mocassins de mise (supplément perruques pour celles aux cheveux trop colorés). On s’infiltre dans la foule incognito et quand le signal retentit c’est parti.

L’action s’est bien passée

Tout action silencieuse commence doucement, alors qu’on aurait presque pu croire que la Manif pour Tous devenait tolérante au vu de la réaction stérile de la foule une pluie d’insulte fuse aussitôt. Comme vous devez l’imaginer le public au carrefour entre ton oncle facho et la résurrection d’Hitler n’était pas le plus friand de l’action.

Quelques tentatives de dissimulation plus tard, puisqu’il est établi que l’amour est dangereux, et la Manif pour Tous se confond en excuse. « On est désolé.es », hurle une organisatrice dans son mégaphone qui grésille. Désolé.es de démontrer l’amour de son prochain probablement ?

On a quand même réussi à chopper quelques perles de tolérance et de regards pervertis qu’on vous a combiné dans une petite vidéo à voir absolument juste ici. ⬇️

 

*Pardon à toutes les Marie-Charlotte, on vous aime.

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