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Genre et communication

Les Masculinismes, Analyse de discours antiféministes

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Le masculinisme, équivalent au féminisme ? Une définition critiquable (et surtout de mauvaise foi)

Sur le CNRTL, le masculinisme n’a rien d’une définition sociale, c’est une définition purement biologique “Qui est propre à l’homme en tant qu’être humain du sexe doué du pouvoir de fécondation.” Toutefois, des groupuscules masculins ont repris le terme pour en désigner un mouvement de “lutte”, équivalent au féminisme, ou dans la pratique contre le féminisme. Je n’ai trouvé qu’une définition sur wikipédia reprenant la définition du dictionnaire terminologique québécois qui dit : Le masculinisme, ou hominisme, désigne un mouvement qui se préoccupe de la condition masculine et qui cherche à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société civile, à l’image du féminisme

Patrick Guillot, grand gourou masculiniste dit même sur son site “la cause des hommes” (la-cause-des-hommes. / com) préférer le termine “hoministe” car il se dit vouloir résoudre les problèmes des deux genres (à compter qu’il n’y en ai que deux, dans sa vision des choses). Pour lui le féminisme n’envisage les problèmes sociétaux que du point de vue d’un genre alors que « les problèmes concernent les deux ». L’hominisme serait donc un prolongement du féminisme à l’échelle de l’humain. Cette définition très diminutive prétend alors que le féminisme ne se penche que sur des problèmes exclusivement féminins et ne prend pas en compte la complexité des rapports de forces. Il prétend que le féminisme ne cherche pas l’égalité des gens dans les instances de société. De ce fait, le dit masculinisme se place comme anti-féminisme, qu’il considère comme l’idéologie dominante de la société aujourd’hui.

 

Stratégies de légitimation masculiniste et discours antiféministes

  1. Une communication “politique” numérique en opposition au féminisme.

Dans la pratique, bien entendu, les discours masculinistes/hoministes sont tout sauf humanistes et égalitaires dans la mesure où ils ne cherchent qu’à faire perdurer les logiques patriarcales pré-existantes.

Dès le deuxième article du manifeste hoministe du site évoqué précédemment, il s’agit exclusivement de masculinité. Seul les “hommes” sont concernés et aucune place n’est laissée aux femmes. Pour citer l’article : “Les hoministes ne se reconnaissent pas dans les stéréotypes sociaux masculins, qui sont des constructions culturelles passagères. Ils s’efforcent de découvrir et de cultiver leur identité réelle, tout en développant de nouvelles manières d’être au masculin”. Difficile de se revendiquer humaniste quand l’intérêt d’un unique genre y est développé.

 

Toutes leurs mesures cherchent par ailleurs à renforcer la place des hommes dans la société :

Le quatrième article parle d’accroître la place des hommes dans les domaines professionnels de la santé, du travail social, de l’éducation et de la justice. En analysant un petit peu, on comprend alors qu’il s’agit de garder les hommes dans leur position de domination. Même dans les domaines dits «féminins », ils dominent et assoient leur légitimité. Nicky Le Feuvre et Isabelle Zinn montrent dans « Ambivalent Gender Accountability Male florists in the Swiss context” (https://journals.openedition.org/rsa/1027) que les hommes fleuristes réussissent mieux que les femmes alors qu’ils sont moins nombreux (81% des fleuristes sont des femmes en France). Lors d’un concours prestigieux, ou quand on monte en grade professionnel, ce sont les hommes qui sont le plus valorisés. Pour des activités égales, les hommes sont mis en avant et les femmes sont considérées de l’ordre de l’habituel et du banal. Pour donner quelques chiffres, durant la Coupe de France des fleuristes en 2016 et en 2017, on comptait 55% de femmes parmi les finalistes, 33% parmi les lauréat.e.s pour seulement 1/6 du jury.

Les masculinistes, toujours selon Patrick Guillot, cherchent à trouver des solutions à la sous performance scolaire des garçons. Certes, la plupart des sociologues du genre montrent que les jeunes filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Mais au final, ce sont eux qui se retrouvent dans les filières les plus sélectives. L’évolution des filles dans le milieu scolaire est celui-ci : seconde : 53%, 1ère S : 47%, prépa scientifique : 30,2%. Or les filières scientifiques sont aujourd’hui réputées pour être les plus sélectives.

Les masculinistes veulent également une éducation égale entre père et mère “selon le principe qu’un enfant a deux parents pour la vie”. C’est donc une vision très réductrice de la famille. De plus, ils tentent de dénoncer l’idéologie misandre et “combattent fermement tout déni, discrédit, discrimination, accusation et réécriture de l’histoire diffamante à l’encontre de la moitié masculine de l’humanité”. Cette requête pose un problème : les masculinistes ne questionnent pas l’histoire dans ce qu’elle peut avoir de diffamant envers les femmes. Il est connu que l’Histoire est une construction biaisée de la réalité, un discours de communication qui a été écrit en grande majorité par les hommes – dans la mesure où accès à l’éducation leur a longtemps été réservée. L’Histoire telle que nous la connaissons est une transcription masculine du passé, ce qui rend ce propos masculiniste incohérent. Il nie le processus de fabrication de l’Histoire qui leur est favorable. Les grands hommes font l’histoire, donnent leurs noms aux stations de métro et aux établissement, mais pas les femmes.

 

  1. Le masculinisme comme un discours plus qu’une idéologie valable

Francis Dupuis-Déri, politologue, est passé dans une émission “Contre la rhétorique masculiniste” pour le podcast “Les couilles sur la table”. Il y développe le sujet de son livre Crise de la masculinité, autopsie d’un mythe tenace. Pour lui, le discours masculiniste tient à dire que le féminisme brime les hommes. C’est bien sûr une représentation fantasmée plus qu’une réalité sociale, politique ou culturelle. C’est un discours qui est principalement élitiste. Dupuis-Déri explique également que ces discours-ci et ces arguments diffèrent selon le clivage politique :

Tout d’abord, le discours le plus à droite est lié au nationalisme, donc à des sujets tels que l’avortement, la baisse démographique… ou encore l’accusation que les féministes masculinisent les femmes, qui ne veulent plus avoir d’enfants. Corrélé à ces logiques, on y trouve la théorie du Grand Remplacement (ou Le premier sexe de E.Zemmour, à ne pas lire si l’on est sensible, nous posons un “trigger warning”).

Ensuite, le discours de la gauche développe l’idée que les sociétés occidentales sont féminisées et que les femmes ont pris de l’influence. On peut prendre pour exemple la conférence d’Alain Badiou consacré au féminin, mais qui ne cite que des auteurs masculins (ce qui pose en soi déjà un point de tension). Badiou pense que dans les banlieues, les jeunes filles réussissent bien mieux que les garçons. Elles vont donc devenir des consommatrices et ainsi être enrôlées dans le capitalisme alors que les garçons resteraient des sortes de sous-prolétaires oubliés. Il y a par ailleurs cette notion stipulant que l’ennemi principal est le capitalisme et que le féminisme détournerait les luttes de cette problématique économiques majeure. Cela exclut donc cruellement les courants de la pensée féministe qui se veulent anti-capitalistes.

On peut également et surtout citer Stéphanie Kunert dans son article de juin 2017 Stratégies de légitimation et configurations discursives de la « cause des hommes », que nous vous invitons à lire directement (https://journals.openedition.org/edc/6802). Elle y explique que l’expression « cause des hommes » rassemble en partie tout ceux soutenant la thèse d’une « crise de l’identité masculine » et d’un traitement social globalement défavorable aux hommes, comme nous l’avons évoqué plus haut.

 

Exemple de groupes sociaux masculinistes créés sur différents espaces

On distingue deux types de prise d’espace. Non seulement il y a des groupes très définis avec des revendications officielles, mais il y a aussi beaucoup d’individus isolés qui viennent prendre la parole sur les réseaux sociaux dès qu’une femme parle de féminisme.

  1. Des groupes officiels

Les célèbres INCELS (ou Involuntary Celibates) sont une sorte de consortium regroupant les communautés en ligne réputées misogynes, et dont les membres se définissent comme étant incapables de trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle. Selon leur discours misogyne et violent, ce serait à cause des femmes devenues trop indépendantes et/ou trop masculines qu’ils seraient célibataires. Oui parce qu’ils s’agit presque exclusivement d’hommes hétérosexuels, blancs, plutôt jeunes, vivant surtout aux Etats-Unis et souvent racistes.

Les membres de cette communauté groupe décrivent les femmes comme étant des « femoïdes » (« femoids ») ou des « Stacys », femmes désirables mais superficielles ou « Beckys », désignant les femmes moins attirantes ; les hommes ayant facilement des rapports sexuels étant désignés comme des « Chads »..

Là où ce masculinisme est davantage inquiétant, c’est est qu’il cause des morts. L’exemple revenant souvent est la tuerie d’Isla Vista en 2014. L’auteur, Elliot Rodger, s’est déclaré incel et a laissé derrière lui un manifeste de 137 pages ainsi que des vidéos sur YouTube relatant la façon dont il voulait se venger pour avoir été rejeté par les femmes. Il était un membre actif d’une communauté incel appelée PUAHate (abréviation de « pickup artist hate »), et l’avait mentionné plusieurs fois dans son manifeste.

Plus récemment, en avril 2019, Alek Minassion a assassiné à Toronto une dizaine de personnes. Surprise, il s’avère qu’il était particulièrement actif sur des réseaux incels et qu’il ne s’en cachait même pas. Pour le citer, cet acte relevait de « la rébellion des Incels [qui] a déjà commencé. On va renverser tous les “Chads” et “Stacys”. » Nous souhaitons mettre en lumière la misogynie et la glorification de la violence qui sous-tendent de nombreuses communautés incel.

Nous pouvons aussi citer cette “Idéologie de la pilule noire”, qui est une croyance courante stipulant que le fatalisme et le défaitisme sont pour les personnes peu attirantes des sortes de pilules noires. Beaucoup d’incels pensent que la société est gynocentrique et que les femmes sont prédisposées à l’hypergamie. Le terme « pilule noire » a été inventé sur le blog Omega Virgin Revolt. Quelqu’un qui a métaphoriquement « avalé la pilule noire » a été « blackpilled », et est arrivé aux « réalisations réelles ou perçues socialement exprimées qui viennent du fait d’être un incel de longue date ».

Si nous prenons d’un point de vue sémiotique le site web des INCELS, à droite nous voyons les nouvelles publications. Parmi celles-ci :

  • “I am Getting an Escort, fuck it”, ce qui renvoie à l’idée de frustration sexuelle
  • “I don’t want to not care for a girl and treat her like shit” renvoie à la perception que les hommes ont d’eux-mêmes, jugeant qu’ils mériteraient d’avoir quelqu’un.

Un autre exemple très élitiste est celui de l’Ecole Major

Ce sont donc des cours qui peuvent intéresser ces hommes en manque de virilité mais la virilité s’achète.

Rien que le fait que l’on vous propose de payer la modique somme de 67€ pour de jolis conseils montre que ce masculinisme concerne une certaine catégorie de la population.

Ils développent le concept de “Mentalité supérieure”, pour les citer :

Ce que l’on entend plus nulle part. Ni de nos pères. Ni à l’école. Ni à l’Eglise. Ni à la TV. Nulle part. Nous vivons dans une société qui demande de plus en plus une formation de philosophie virile de vie pour survivre et réussir, mais qui en fournit pourtant de moins en moins. Paradoxe ? Logique. Dans cette société nihiliste et égalitaire, il vaut mieux que vous soyez une flaque sans caractère, sans force, sans indépendance, sans culture, sans but, sans clan, sans racines, sans spiritualité – en un mot, sans virilité – car elle vous veut domestiqué, passif, consommateur, pacifié, lâche, et un peu en échec, de sorte à ce que vous soyez dépressif, et donc plus exploitable encore. Il y a encore 50 ans, les hommes apprenaient de leurs pères les références mentales, culturelles et morales essentielles à leur développement et à leur épanouissement. Aujourd’hui, il n’y en a plus. Ces références ont été diabolisées, caricaturées et dissimulées.”

Pour faire court, selon eux, la société s’est tellement féminisée qu’on apprend plus aux hommes à être des “vrais”. Ces masculinistes défendent une masculinité virile hégémonique, culturelle, politique et sociale.

  1. Des individualités masculinistes qui s’expriment en dehors de leur espace privé

Récemment, sur Twitter a été définie la “pp manga Twitter”, autrement dit un groupe social d’hommes dont les caractéristiques sont de revenir sans cesse sur les arguments féministes et d’insulter sans complexe chaque femme qui poste quelque chose de “subversif” selon eux. C’est traiter de put* celles qui ont une opinion ou qui ont une certaine liberté avec leur corps, en discréditant au passage les travailleuses du sexe. Si au fondement ce ne sont que quelques individus se retrouvant autour des grands personnages de masculinité virile dans les mangas, c’est allé bien plus loin que ce simple univers. Ils sont devenus un groupe social à part entière, une communauté twitter, non officielle mais actée. Les communautés féministes, antiracistes et lgbtqi+ se sont approprié le terme “le pp manga twitter” ou “le FC pp manga” pour y regrouper ces individus problématiques, sexistes, homophobes et souvent racistes qui se retrouvent dans leurs tweets (mentions). C’est alors devenu commun de se revendiquer comme appartenant au “FC pp manga” lorsque son opinion est que “la société se dégénère à cause des lgbt et des put*”.

Leurs principales opinions sont donc :

  • que la femme se dénigre lorsqu’elle revendique une quelconque liberté
  • que les féministes sont dans l’excès car les hommes souffrent aussi. On retrouve souvent ce schéma de victimisation des hommes qui seraient le souffre douleur de la société actuelle
  • que les lgbtqi+ annoncent la fin de l’humanité et qu’ils revendiquent trop de choses tout en imposant leur “lobby”

Le masculinisme se manifeste donc sous plusieurs formes, et représente plus un discours irrationnel qu’une réelle revendication, dans la mesure où leurs idéologies sont fondées sur de la mauvaise foi et des mots creux. Ce n’est évidemment pas un équivalent au féminisme et cela ne le sera jamais. A contrario, les discours masculinistes sont comme nous l’avons prouvé, des discours profondément anti-féministes, voir misogynes, qui prônent une conservations des structures patriarcales.

Lucie Ratier et Mélanie Fiton.

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Genre et communication

Élisabeth Borne, le pouvoir sans théâtre : portrait d’une femme d’État qui s’éloigne de Renaissance

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Élisabeth Borne, son parcours

Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas un simple épisode d’appareil. Bien sûr, l’actualité immédiate est politique : l’ancienne Première ministre a annoncé se retirer des instances du parti en expliquant ne plus se reconnaître dans sa ligne actuelle, tout en restant adhérente, selon France 24 et Le HuffPost. Mais ce retrait dit surtout quelque chose d’elle : de sa manière d’exercer le pouvoir, de sa difficulté avec la mise en scène partisane, et d’un parcours qui n’a jamais ressemblé à celui d’une professionnelle classique de la politique.

Car Élisabeth Borne n’a jamais été une figure de séduction politique au sens contemporain du terme. Pas de storytelling chaleureux soigneusement calibré, pas de goût marqué pour l’hyperprésence médiatique, pas de personnage public construit autour d’un style. Son itinéraire est ailleurs : dans l’État, dans les transports, dans l’administration, dans le travail technique, dans la gestion de dossiers lourds, dans une forme de sérieux presque raide devenue sa signature.

À l’heure où elle s’éloigne de la direction de Renaissance, ce n’est donc pas seulement un mouvement interne à la macronie qu’il faut regarder. C’est aussi le portrait d’une femme de pouvoir qui, depuis des années, avance sans folklore, souvent sans affect apparent, et presque toujours à rebours des codes attendus d’une femme politique “bankable”.

Un départ de Renaissance qui ressemble à une clarification

Le fait est désormais acté : Élisabeth Borne a choisi de quitter la direction de Renaissance, en invoquant un désaccord avec la ligne portée par Gabriel Attal et avec le fonctionnement interne du parti. D’après France 24, elle a annoncé vouloir se mettre en retrait du bureau exécutif et démissionner du Conseil national, tout en restant simple adhérente. Le Figaro rapporte la même logique : elle dit ne plus se retrouver complètement dans une ligne qu’elle juge insuffisamment débattue.

Mais, au fond, ce départ n’a rien d’invraisemblable. Il prolonge une tension plus ancienne entre Élisabeth Borne et l’évolution de la galaxie macroniste. Elle a longtemps incarné une forme de macronisme gestionnaire, technicien, réformiste, mais relativement peu spectaculaire. Or la politique contemporaine récompense souvent l’incarnation rapide, la personnalisation forte, l’agilité médiatique, le rapport direct à l’opinion. Sur ce terrain-là, Borne n’a jamais semblé parfaitement à l’aise.

Son retrait de Renaissance ne marque donc pas seulement un désaccord tactique. Il éclaire une constante de son parcours : Élisabeth Borne est plus à l’aise dans la conduite que dans la conquête, plus dans la structure que dans la dramaturgie, plus dans l’État que dans le parti.

Une formation d’excellence, un parcours forgé dans la haute administration

Pour comprendre cette singularité, il faut repartir du début. Élisabeth Borne appartient à cette génération de hauts fonctionnaires passés par les grandes écoles de la République, avec une formation scientifique et administrative exigeante. Diplômée de Polytechnique et des Ponts et Chaussées, elle se construit d’abord dans les institutions, bien avant de devenir une figure électorale ou partisane.

Son parcours passe par les grands circuits de l’action publique : ministère de l’Équipement, administration, cabinets ministériels, transport, urbanisme, préfectorale, entreprises publiques. Elle travaille à la SNCF, rejoint ensuite Eiffage, dirige l’urbanisme de la Ville de Paris, devient préfète, puis prend la tête de la RATP avant son entrée au gouvernement. Ce trajet, rappelé par plusieurs biographies de référence comme Challenges ou Gala, dit déjà l’essentiel : Borne vient d’un monde où l’autorité se gagne moins par le charisme que par la compétence, la résistance et la maîtrise des dossiers.

C’est aussi ce qui explique son style. Chez elle, la politique n’est jamais apparue comme une aventure de récit personnel. Elle ressemble davantage à une prolongation de l’appareil d’État. Là où d’autres fabriquent une identité publique, elle installe une réputation : travailleuse, austère, sérieuse, parfois rugueuse.

Avant Matignon, une ascension par les dossiers plus que par les réseaux

L’entrée d’Élisabeth Borne dans le premier cercle du pouvoir ne se fait pas par un enracinement partisan ancien. Elle n’est ni une élue locale patiemment montée, ni une tribuneuse, ni une figure militante. Elle s’impose d’abord comme une femme de dossiers. Sous Emmanuel Macron, elle devient successivement ministre chargée des Transports, puis ministre de la Transition écologique, puis ministre du Travail.

Ce parcours ministériel est révélateur. On lui confie rarement des ministères de pure représentation. On lui confie des zones à forte intensité technique et à haut risque politique : les transports, l’écologie réglementaire, le travail, les réformes sociales. Cela dit quelque chose de la place qu’elle occupe dans le système : celle d’une exécutante de haut niveau, capable d’encaisser les conflits, de tenir une ligne, et de traverser la tempête sans spectaculaire effondrement.

Cette solidité lui ouvre Matignon en 2022. Sa nomination comme Première ministre fait alors événement pour une raison institutionnelle majeure : elle devient la deuxième femme à occuper cette fonction sous la Ve République après Édith Cresson. Mais le symbole, bien réel, ne doit pas masquer la matière politique du moment. Borne arrive à Matignon dans une période de forte instabilité, sans majorité absolue claire, avec une conflictualité sociale élevée et un quinquennat déjà entré dans sa phase la plus délicate.

À Matignon, la figure de la résistance plus que celle de la popularité

C’est sans doute à Matignon que l’image publique d’Élisabeth Borne se cristallise vraiment. Son passage restera associé à un usage répété du 49.3, aux budgets difficiles, à la réforme des retraites, à la gestion d’une majorité relative et à une usure politique permanente.

On a beaucoup décrit Élisabeth Borne comme “technocrate”, parfois comme “froide”, parfois comme “raide”. Mais ces mots, souvent employés comme des reproches, méritent d’être relus. Dans la vie politique française, les hommes de pouvoir qualifiés de durs ou de verticaux sont fréquemment perçus comme solides. Les femmes, elles, sont plus vite ramenées à un déficit supposé d’empathie, de chaleur ou d’incarnation. Le cas Borne a souvent révélé cette asymétrie.

Cela ne signifie pas qu’elle échappe à la critique. Son passage à Matignon a aussi laissé l’image d’une Première ministre qui peinait parfois à transformer la rigueur en récit collectif. Elle a tenu, mais elle a rarement enthousiasmé. Elle a résisté, mais rarement fédéré. Elle a gouverné, mais sans produire l’adhésion émotionnelle qu’exige désormais la politique-spectacle.

Et pourtant, c’est précisément ce qui rend son profil intéressant. Élisabeth Borne incarne une forme de pouvoir non glamour, non sentimental, presque anti-narratif. Dans un monde politique saturé de communication, elle a longtemps donné le sentiment de croire encore à la densité des notes, à la mécanique institutionnelle et à la discipline du travail.

Une femme politique qui n’a jamais vraiment joué le jeu de la séduction publique

Pour un site comme Fais pas genre, il y a ici quelque chose de plus profond qu’une simple biographie. Le cas Élisabeth Borne raconte aussi la difficulté française à regarder les femmes de pouvoir autrement qu’à travers des codes contradictoires.

On reproche souvent aux responsables politiques femmes d’être soit trop dures, soit trop faibles ; trop lisses, soit trop tranchantes ; trop techniciennes, soit trop médiatiques. Borne a cristallisé ce paradoxe. Parce qu’elle n’a jamais cherché à jouer la proximité performative, elle a souvent été lue comme distante. Parce qu’elle ne s’est pas coulée dans les attendus d’une figure politique chaleureuse, elle a parfois été renvoyée à une forme d’inconfort symbolique.

En cela, son parcours est révélateur. Élisabeth Borne n’a pas seulement gravi des échelons dans un univers dominé par des logiques masculines du pouvoir. Elle l’a fait sans se remaquiller politiquement pour rassurer. Elle n’a jamais semblé vouloir adoucir son image pour la rendre plus facilement consommable. Ce refus apparent de la séduction politique est peut-être aussi ce qui la rend moins “pop”, mais plus singulière.

Son retrait du parti ne signifie pas la fin de sa trajectoire

Quitter la direction de Renaissance ne veut pas dire disparaître. Les éléments rapportés par France 24 montrent au contraire qu’Élisabeth Borne souhaite désormais se consacrer davantage à “Bâtissons ensemble”, la structure qu’elle a créée pour porter des propositions et rassembler au-delà du strict cadre partisan.

Là encore, ce choix est cohérent avec son histoire. Borne n’a jamais paru fascinée par l’appareil pour lui-même. Elle a cherché le pouvoir, bien sûr, mais souvent comme levier d’action plus que comme scène d’expression. Son retrait des instances peut alors se lire comme une manière de retrouver un espace moins contraint par la compétition de leadership, moins soumis à la personnalisation permanente.

Il faut aussi noter que sa trajectoire ne se réduit pas à l’opposition avec Gabriel Attal. Ce départ raconte surtout une divergence de style, de méthode et d’époque. Entre une politique de structuration et une politique d’incarnation, Borne semble choisir la première, quitte à paraître moins audible dans un moment qui survalorise la seconde.

Ce que le parcours d’Élisabeth Borne dit du pouvoir aujourd’hui

Au fond, Élisabeth Borne occupe une place particulière dans la politique française contemporaine. Elle n’est pas une héroïne populaire, ni une grande oratrice, ni une bête d’appareil, ni une vedette médiatique. Elle est autre chose : une femme d’État façonnée par l’administration, les transports, la décision publique, la réforme, l’endurance.

Son parcours rappelle qu’il existe encore, au sommet de l’État, des trajectoires construites moins sur la conquête spectaculaire que sur la persévérance institutionnelle. Mais il montre aussi les limites de ce modèle dans une démocratie saturée par l’instant, l’image et la compétition des ego.

En quittant la direction de Renaissance, Élisabeth Borne ferme peut-être un chapitre. Pas forcément celui de son influence, mais celui d’une appartenance organique à une maison politique qui, visiblement, ne lui ressemble plus tout à fait. Son itinéraire, lui, reste celui d’une femme qui n’a jamais confondu autorité et séduction, présence et agitation, pouvoir et théâtre.

Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas seulement un fait politique. C’est un révélateur. Il remet au premier plan le portrait d’une femme publique dont le parcours tranche dans un paysage obsédé par l’incarnation, la vitesse et la communication.

De Polytechnique à Matignon, de la RATP aux ministères régaliens de la réforme sociale, Élisabeth Borne a construit une carrière d’une rare densité, souvent dans la difficulté, presque toujours dans la maîtrise. Elle n’a jamais vraiment séduit la France politique au sens médiatique du mot. Mais elle a imposé autre chose : une forme de puissance sans folklore, de sérieux sans séduction obligatoire, de pouvoir sans théâtre.

Et c’est peut-être pour cela que son retrait de Renaissance ressemble moins à une disparition qu’à une cohérence retrouvée.

FAQ

Pourquoi Élisabeth Borne quitte-t-elle la direction de Renaissance ?
Elle explique ne plus se reconnaître complètement dans la ligne actuelle du parti et critique un fonctionnement interne où les orientations ne seraient pas assez débattues, tout en restant adhérente.

Quel est le parcours d’Élisabeth Borne avant Matignon ?
Avant de devenir Première ministre, Élisabeth Borne a mené une carrière dans la haute administration, les transports et les entreprises publiques, notamment à la SNCF et à la RATP, avant d’être ministre des Transports, de la Transition écologique puis du Travail.

Pourquoi Élisabeth Borne a-t-elle une image politique à part ?
Parce qu’elle incarne une forme de pouvoir très technicienne, discrète et peu théâtrale. Elle s’est imposée davantage par la maîtrise des dossiers et l’endurance que par la communication ou le charisme médiatique.

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Entreprise

Magali Berdah, la femme qui a révolutionné le marketing d’influence en France

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Le portrait de Magali Berdah

Magali Berdah est une femme d’affaires qui a su saisir les opportunités offertes par le phénomène des influenceurs, ces personnalités qui comptent des millions de fans sur les réseaux sociaux. Depuis 2017, elle dirige l’agence Shauna Events, qui représente des stars de la téléréalité et des artistes comme Nabilla, Jessica Thivenin, Vitaa ou Gims. Mais qui est vraiment cette femme de 40 ans qui a fait la couverture du magazine Forbes en 2021 ? Voici son parcours, ses succès et ses controverses.

De courtière en assurances à agente des influenceurs

Magali Berdah n’a pas toujours travaillé dans le milieu du show-business. Originaire de Saint-Tropez, elle commence sa carrière comme vendeuse puis devient courtière en assurances et mutuelles à l’âge de 20 ans. Elle crée sa propre société dans ce domaine, mais celle-ci fait faillite en 2016. C’est à ce moment-là qu’elle décide de se reconvertir dans le marketing d’influence, un secteur encore peu développé en France.

Voici une vidéo montrant Magali Berdah parlant du monde des influenceurs en France :

Elle se rapproche alors de plusieurs candidats de téléréalité, qu’elle connaît personnellement ou via les réseaux sociaux. Elle leur propose de monétiser leur image en faisant du placement de produits pour des marques. Elle crée ainsi son agence Shauna Events en janvier 2017, avec une dizaine de clients. Très vite, son portefeuille s’étoffe et elle devient l’agente des plus grands influenceurs français, qui cumulent des millions d’abonnés sur Instagram, Snapchat ou TikTok.

Une femme d’affaires influente et médiatique

Le succès de Magali Berdah ne passe pas inaperçu. En 2018, elle s’associe avec Stéphane Courbit et sa société de production Banijay, qui rachète 50% de Shauna Events. La même année, elle devient présentatrice sur W9, pour l’émission de téléréalité Les princes et les princesses de l’amour. Elle rejoint également l’équipe de chroniqueurs de Cyril Hanouna, dans son émission Touche pas à mon poste sur C8.

Magali Berdah est également très présente sur les réseaux sociaux, où elle compte près d’un million d’abonnés sur Instagram. Elle partage son quotidien, ses voyages, ses rencontres avec les célébrités qu’elle représente ou qu’elle admire. Elle n’hésite pas à prendre la parole sur des sujets qui lui tiennent à cœur, comme le harcèlement en ligne ou la politique. En 2021, elle a même lancé sa chaîne YouTube, sur laquelle elle propose des interviews avec les candidats à l’élection présidentielle de 2022.

Source : Faispasgenre

Une femme controversée et critiquée

Le parcours de Magali Berdah n’est pas sans polémiques. Elle est régulièrement accusée de favoriser des pratiques commerciales trompeuses ou illégales, en faisant la promotion de produits douteux ou d’arnaques via les influenceurs qu’elle gère. Elle est notamment visée par une enquête du parquet de Paris pour “tromperie aggravée” et “pratiques commerciales trompeuses”, suite à un reportage de Complément d’enquête diffusé sur France 2 en septembre 2021.

Elle est également critiquée pour son manque de déontologie journalistique, lorsqu’elle réalise des interviews politiques sur sa chaîne YouTube. Son premier épisode consacré à Eric Zemmour a été jugé “complaisant” et “partial” par de nombreux internautes et professionnels des médias. Elle a également été épinglée pour avoir diffusé une fausse information selon laquelle Emmanuel Macron aurait refusé de la rencontrer.

Magali Berdah est une femme qui divise autant qu’elle fascine. Elle a su s’imposer comme une figure incontournable du marketing d’influence en France, en accompagnant des personnalités qui touchent un large public, notamment les jeunes.

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Actualité

Egalité : le Collège Sévigné reçoit l’association Band of Sisters

Le Collège Sévigné, démontre, une fois de plus, son engagement régulier envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant une nouvelle rencontre avec l’association Band of Sisters.

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Sévigné s'engage contre le sexisme

La violence faite aux femmes est un sujet brûlant et malheureusement, toujours d’actualité. C’est pourquoi, dans le cadre de ses actions régulières pour l’égalité entre les femmes et les hommes, le Collège Sévigné à Paris organise une nouvelle rencontre entre ses élèves de 4ème et de 2nde et l’association Band of Sisters. But de cette rencontre : sensibiliser les jeunes garçons et filles aux violences faites aux femmes. Mathieu Palain, écrivain et journaliste, ainsi que Cécile Lehanneur, présidente de l’association, seront présents pour échanger avec les élèves sur le dernier ouvrage de M. Palain, “Nos pères, nos frères, nos amis”.

La violence faite aux femmes est un fléau qui touche toutes les couches de la société. Le Collège Sévigné a donc jugé important d’informer ses élèves sur ce sujet sensible. L’association Band of Sisters a, quant à elle, présenté son action contre les violences faites aux femmes et leur soutient aux victimes. Les élèves ont pu ainsi comprendre l’ampleur de ce fléau et lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes.

Mathieu Palain, écrivain et journaliste, participera également à cette rencontre. Il partagera avec les élèves son dernier ouvrage qui traite de la relation entre les hommes et les femmes. Il appelle ainsi les jeunes à adopter une attitude responsable face à la violence faite aux femmes. Les élèves pourront également participer à des ateliers interactifs pour mieux comprendre le phénomène de violence. Ils auront ainsi la possibilité de réfléchir et exprimer leur ressenti et/ou évoquer des exemples concrets de violence dans leur quotidien.

La rencontre se déroule dans un climat de respect mutuel et de bienveillance. Comme à chaque réunion de sensibilisation organisée par l’établissement scolaire parisien, les élèves pourront poser des questions et manifester leur envie d’en savoir plus sur le sujet. La rencontre leur permettra d’ouvrir les yeux sur les préjugés et les stéréotypes liés à la violence faite aux femmes.

Le Collège Sévigné, historiquement une école de filles, démontre une fois de plus – s’il en était besoin – son engagement envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant cette rencontre avec l’association Band of Sisters.

Toutes les écoles devraient sans doute suivre cet exemple qui ne doit pas être réservé aux seuls grands établissements parisiens. Les élèves sont ainsi sensibilisés à l’importance de lutter contre les violences faites aux femmes en étant sensibilisés et informés sur le sujet. Il est important de continuer à mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes pour lutter contre ce fléau qui touche notre société comme le fait, depuis près de dix ans, le Collège Sévigné. Il prend sa pleine part à la lutte contre la violence faite aux femmes et permet aux élèves de prendre conscience de leur propre responsabilité dans cette lutte.

En savoir plus : https://www.collegesevigne.org/actualite/egalite-femmes-hommes-prevention-contre-les-violences-faites-aux-femmes/

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