Genre et communication
Les personnes intersexes, victimes d’une discrimination silencieuse
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6 ans agoon
« Avons-nous vraiment besoin d’un vrai sexe ? ». C’est la question qui est posée dans la préface de l’ouvrage de Michel Foucault, Les mémoires d’Herculine Barbin.
La société actuelle et occidentale fonctionne sur la logique de bi catégorisation des sexes, une logique qui voudrait que nous ne pouvons pas « être » sans « être homme » ou « être femme ». Mais finalement, comment définir le sexe ? Pouvons-nous réellement affirmer qu’il n’en existe que deux ?

Une binarité sexuelle naturelle ?
Dans son ouvrage Sexing the Body, Anne Fausto-Sterling remet en cause le modèle standard de la binarité de l’identité sexuelle et de la distinction sexe/genre. Selon elle, « la masculinité complète et la féminité complète représentent les extrémités d’un spectre de types de corps possibles ». En cela, elle tente de faire valoir qu’il existe plusieurs types de sexes entre les deux extrêmes homme/femme.
Ainsi, dire qu’il n’existe que deux sexes serait une affirmation clairement insuffisante, pour ne pas dire fausse. Et pourtant, la jurisprudence semble nous avoir confirmé le contraire : « tout individu, même s’il présente des anomalies organiques, doit être obligatoirement rattaché à l’un des deux sexes, masculin ou féminin, lequel doit être mentionné dans l’acte de naissance » (Cour d’appel de Paris, 18 janvier 1974). Cette obligation repose sur la conviction que le sexe d’une personne « fait partie des marqueurs essentiels de son identité » et que toute personne « est de sexe soit masculin soit féminin ». Le législateur ne considère pas l’hypothèse où le sexe de l’intéressé.e ne peut pas être déterminé avec précision à titre définitif. La loi française ne permet donc pas de faire figurer, dans l’état-civil, l’indication d’un sexe autre que masculin ou féminin. L’État français considère la binarité sexuelle comme naturelle et nécessaire à l’organisation sociale et juridique.
Qu’en est-il alors des personnes qui ne se reconnaissent dans aucune de ces deux catégories ?
Cela peut être le cas des personnes intersexes. L’intersexuation apparaît comme une remise en cause totale de la manière dont le sexe, le genre et les différentes identités sexuelles et de genre sont pensées par la société. Elle est assez complexe à définir et peut recouvrir des réalités très différentes, les Nations Unis la définissent ainsi : Il s’agirait de « personnes nées avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions typiques de « mâle » et « femelle » ». L’intersexuation peut se manifester sur plusieurs plans, sur le plan physique, par exemple dans l’apparence des organes génitaux externes ou internes, mais aussi sur le plan hormonal, gonadique, chromosomique ou encore anatomique.
Il est important de se rendre compte de l’importance du phénomène de l’intersexuation, qui est bien souvent ignoré par la grande majorité de la population, ou largement sous-estimé en termes de chiffres. L’ONU estime que chaque année, 1,7% de nouveau-nés sont intersexes (se dit aussi « intersexué.e.s »). La terminologie même de l’intersexuation est problématique et témoigne de la norme binaire qui entoure les sexes et le genre. En effet, les termes les plus souvent utilisés pour parler d’intersexuation sont ceux d’« ambiguïté sexuelle », d’ « intersexualité » , ou encore de « variations du développement sexuel » (expression employée dans le rapport du Sénat de 2017). Ces termes sont souvent considérés comme inappropriés voir insultants car ils font référence à quelque chose d’anormal (le terme d’ambiguïté démontre en effet qu’il y a quelque chose de flou et de contre-nature), de même que le terme d’intersexualité fait référence à la sexualité, alors qu’il ne s’agit pas d’une orientation sexuelle.
Dans le langage courant, l’intersexuation est souvent confondue avec l’hermaphrodisme. L’hermaphrodite est un personnage de la mythologie grecque disposant des deux organes génitaux fonctionnels (mâle et femelle), ce qui n’est pas le cas des personnes intersexes. La terminologie est donc difficile et témoigne d’un malaise, d’une gêne et d’une exclusion de ces personnes. Aux États-Unis par exemple, on parle de « disorders of sex development » pour remplacer le terme d’hermaphrodisme mais ce terme pose problème également dans la mesure où il suppose que l’intersexuation est pathologique. Cette maladresse dans la nomination de l’intersexuation et son euphémisation en termes de chiffre empêche toute prise de conscience sur la discrimination réelle que subissent les personnes intersexes.
Tensions et débats autour du « traitement médical » imposé
Bien que l’invisibilisation de ces personnes soit avérée, une décision a récemment réactivé le débat et créé des tensions en ce qui concerne le traitement médical de l’intersexuation.
Ce mardi 8 octobre 2019 à l’Assemblée Nationale, une longue discussion s’est produite. D’après la presse, ou en tout cas d’après la majorité des médias nous informant du débat (La voix du nord, Libération, Francetvinfo, Le Figaro, LCI, et j’en passe…), les députés auraient voté un amendement en faveur « d’une meilleure prise en charge des enfants intersexués ». En effet, lorsque l’on tente de s’informer sur ce qu’il s’est passé à l’Assemblée ce mardi, on tombe sur des titres d’articles très positifs voir prometteurs. On parle d’« avancée », de « prise en charge », de « protection », de « considération, enfin ! » pour les personnes intersexuées.
Pour autant, cet amendement laisse une inquiétante zone d’ombre sur le problème réel qui entoure la question des enfants intersexués. Celle du traitement médical, ou plus précisément, des mutilations génitales des corps de ces enfants. La France a déjà été rappelée trois fois à l’ordre par l’ONU sur cette question en 2016. Une fois par le Comité des Droits de l’Enfant, une fois par le Comité contre la torture, une fois par le Comité pour l’élimination des discriminations à l’égard des femmes. Ce qui n’empêche aujourd’hui toujours pas les opérations mutilatrices d’être pratiquées.
L’amendement adopté permettrait de systématiser « l’orientation des enfants nés intersexes vers les quatre centres de référence des maladies rares du développement génital, à Lille, Lyon, Montpellier et Paris ». C’est à se demander comment mettre des enfants dans des centres spécialisés sensés traiter des « maladies » pourra les aider à se sentir normaux et acceptés au sein de cette société… comme s’il s’agissait véritablement d’une avancée. Il est également précisé que « le consentement du mineur doit être systématiquement recherché s’il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision ». Cette phrase est assez comique, voir antithétique, étant donné que la grande majorité des opérations sont réalisées à un âge extrêmement jeune. Si jamais l’enfant est capable de décider par lui-même on le laissera faire, or dans la pratique cela n’arrive pas car les opérations se réalisent souvent à partir de deux ans, un âge où la capacité décisionnelle n’est pas exactement atteinte. On se trouve donc devant un amendement voté à 91 voix contre 3 qui est alors l’art de conserver l’ordre établi en faire semblant de changer les choses.
Un seul amendement lors de ce débat a été proposé qui aurait pu avoir un réel impact sur la maltraitance des personnes intersexuées. Un amendement proposé par La France Insoumise, qui parlait de la suppression de toutes interventions chirurgicales hors nécessité vitale immédiate. L’amendement a été rejeté. 19 voix pour, 89 contre. Les politiciens ont donc décidé à la place des personnes concernées. Agnès Buzyn nous informe que selon elle, cet amendement n’était pas la bonne solution. Le gouvernement de La République en Marche a donc voté en conséquence, contre la suppression des actes chirurgicaux. Tel a été l’ordre du gouvernement. Tel a été l’ordre de la ministre de la santé. Ordre d’une ministre qui n’a pas hésité à qualifier il y a tout juste un mois l’intersexuation de « maladie rare du développement génital ».
L’argument de la « maladie » et « l’hybridité » pour justifier les mutilations
Une « maladie »…. L’intersexuation n’est ni une maladie, ni une pathologie, ni un trouble, ni un désordre du développement sexuel, ni une anomalie, ni une ambiguïté, ni une erreur de la nature. C’est à cause de cette idée pathologisante que ces interventions chirurgicales de conformation sociale des corps se voient justifiées et légitimées. Selon le code civil, ces interventions ne sont considérées comme légales que lorsqu’il y a « nécessité médicale ». C’est là que réside tout le problème. Ce sont les médecins qui déterminent cette soi-disant nécessité, qui dans la majorité des cas, n’en est absolument pas une.
Les personnes intersexuées ont longtemps été considérées comme des êtres « hybrides », des « monstres » appartenant à un entre-deux, une sorte d’erreur de la nature, comme des individus souffrant d’une maladie qu’il faudrait corriger. La norme sociale de binarité des sexes régit le corps médical par le biais d’interventions chirurgicales, qui décide donc de l’identité sexuelle des individus intersexes. Ces interventions de « rectification du sexe » peuvent être de différents types : assignation sexuelle irréversible, stérilisation forcée, infertilité définitive, chirurgie normalisatrice de l’appareil génital, vaginoplastie, clitéroplastie…etc. Ces opérations sont décrites dans l’article d’Amélie Gogos-Gintrand, Intersexualité : binarité des sexes, médecine et droit. (https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02237524)
Lorsque ces enfants souffrent de ce qu’on appelle l’« hypospadias » ( une « anomalie » congénitale du pénis), les points de suture sont nombreux, et l’opération requiert parfois des greffes de peau. Lorsqu’on assigne à un enfant intersexe le sexe masculin, alors il est possible qu’il subisse jusqu’à trois opérations du pénis lors des deux premières années de sa vie, voir d’autres durant son adolescence. Dans certains cas, les cicatrices peuvent être multiples et le risque d’une immobilité du pénis est possible.
A l’inverse, lorsque l’on assigne aux enfants intersexes un sexe féminin, une opération de « réduction du clitoris » est envisageable, ou encore une intervention bien plus lourde de conséquences comme celle de la « construction ou expansion vaginale » ou encore la « réduction labio-scrotale ». Dans le cas d’une construction artificielle de vagin, des techniques imposent aux médecins, puis aux parents pendant toute l’enfance et l’adolescence de l’enfant, d’introduire régulièrement dans le vagin ou néo vagin un dispositif (appelé bougie), afin d’éviter que le vagin ne se referme et ainsi de « féminiser » les enfants intersexesdestinés à être des filles.
Risques et traumatismes
Ces techniques sont qualifiables pénalement de mutilations génitales ou de viols. La chirurgie vaginale peut provoquer de fortes douleurs chroniques, peut également supprimer le plaisir sexuel, ou provoquer l’infertilité. Les conséquences sur la santé des personnes intersexes sont extrêmement lourdes, même des années plus tard (certains en témoignent, notamment Vincent Guillot, un des fondateurs de l’Organisation mondiale de défense des intersexes). Elles sont pour la plupart très risquées et sont souvent traumatiques. Pour Elsa Dorlin, le traitement médical des enfants intersexes ne sert pas à leur attribuer un sexe (car ils en ont déjà un) mais plutôt à leur donner le « bon sexe » afin qu’ils disposent d’un « comportement sexuel cohérent », en ce sens on entend surtout l’hétérosexualité.
Cette norme de binarité empêche toute hypothèse de l’existence d’une pluralité d’identités sexuelles et de genre, elle engendre une forte pression sociale et médicale sur les individus intersexués de par la nécessité de les catégoriser. Le traumatisme est violent chez l’enfant mais la situation des parents n’en est pas moins difficile. La décision est prise sous une forte pression médicale, juridique et sociale, avec ce besoin sans cesse de catégoriser l’enfant, de lui donner une identité sociale pour que son éducation ne soit pas déstabilisée. On s’aperçoit alors que toutes ces opérations ne répondent en fait qu’au besoin d’identité, elle est considérée comme nécessaire dans notre société car elle contribue à la stabilité et au maintien de l’ordre social et juridique. L’urgence médicale se voit renforcée par la loi étant donné que l’assignation d’un sexe dans l’état-civil doit souvent se faire dans un très court délai. Le corps médical répond à une norme sociale de binarité de l’identité sexuelle et de genre qui est elle-même institutionnalisée par le droit via l’état civil.

Une question essentielle se pose alors : Ya-t’il vraiment besoin de la mention de sexe et de genre dans l’état-civil ? Aujourd’hui, cette mention est un outil de discrimination envers les personnes intersexes. L’intersexuation est rejetée dans tous les domaines de la vie, au niveau juridique par l’obligation d’inscrire cette mention, et elle est supprimée par l’ordre médical avec la conformation des corps. L’identité sexuelle est bien sociale et culturelle, elle se définit par le domaine médico-juridique, et non pas par la nature.
Vouloir conserver une société binaire et hétéronormée : empêcher l’auto-détermination ?
Oui, la médecine et le droit sont des instances de pouvoir. Ces institutions contribuent à conserver un ordre social basé sur la binarité de l’identité sexuelle et de genre. Ni l’une, ni l’autre n’est une instance objective et neutre. Elles disposent d’un droit de propriété sur les personnes intersexuées. Elles décident de leur sexe, de leur genre. Elles leur imposent une identité. JanikBastien-Charlebois, intersexe et professeure au département de sociologie à l’université du Québec à Montréal, en témoigne :
« En étant placées en état d’exception, nous, personnes intersexuées ou intersexes qui avons subi des transformations de notre sexe sans notre consentement, apprenons tôt que notre corps ne nous appartient pas, qu’il est si repoussant aux yeux des parents ou des autorités médicales que ceux-ci s’estiment parfaitement justifiés de porter atteinte à notre intégrité physique. Nous apprenons que notre avis et la vision que nous entretenons de notre corps ne comptent pas. »
Dans le but de conserver une société binaire et hétéronormée, dans le but de contrôler, surveiller, éviter toute déviance à la norme des sexes. Les personnes qui ne correspondent pas à ces catégories ne peuvent pas vivre normalement. Il faut leur assigner un sexe, un genre, leur faire subir des opérations qui auront des répercussions inimaginables sur leur santé physique et psychologique durant tout le restant de leur vie.
Pour autant il en va du droit à l’auto-détermination. Il en va de la liberté dont devraient disposer tous les individus de choisir leur identité sexuelle et leur identité de genre, ou bien de la liberté de ne pas choisir, de ne pas se catégoriser. En ce sens, l’un des combats les plus importants des organisations de défense des intersexué.e.s est celui de supprimer toute mention d’appartenance à un sexe, quel qu’il soit, sur l’état-civil. L’enjeu de l’intersexuation aujourd’hui est de dépasser la classification binaire qui existe entre homme et femme et d’admettre qu’on a le droit de n’être ni l’un ni l’autre, tant socialement que dans le droit.
Foucault l’avait déjà bien expliqué. La médecine et le droit ont stratégiquement repris l’ancien rôle de l’Eglise (comme institution politique). Ce sont des instances de contrôle de la société qui ont pour rôle de catégoriser les sexes et les sexualités pour conserver l’ordre établi.
«Longtemps, les hermaphrodites furent des criminels, ou des rejetons du crime, puisque leur disposition anatomique, leur être même embrouillait la loi qui distinguait les sexes et prescrivait leur conjonction».
L’ouvrage de Foucault datant de 1976, traitant de l’histoire de la sexualité depuis le XVIe siècle est finalement encore terriblement d’actualité.
La rédactrice de cet article possède également un blog engagé autour des questions de genre et d’identité que vous pouvez consulter par ici : https://genderanger.home.blog/
Sources photos : https://www.komitid.fr/2018/10/12/3-questions-a-lil-activiste-intersexe-sur-les-reseaux-sociaux/
https://cia-oiifrance.org/2017/09/04/10-choses-a-savoir-sur-lintersexuation/
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Genre et communication
Élisabeth Borne, le pouvoir sans théâtre : portrait d’une femme d’État qui s’éloigne de Renaissance
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2 jours agoon
07/05/2026
Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas un simple épisode d’appareil. Bien sûr, l’actualité immédiate est politique : l’ancienne Première ministre a annoncé se retirer des instances du parti en expliquant ne plus se reconnaître dans sa ligne actuelle, tout en restant adhérente, selon France 24 et Le HuffPost. Mais ce retrait dit surtout quelque chose d’elle : de sa manière d’exercer le pouvoir, de sa difficulté avec la mise en scène partisane, et d’un parcours qui n’a jamais ressemblé à celui d’une professionnelle classique de la politique.
Car Élisabeth Borne n’a jamais été une figure de séduction politique au sens contemporain du terme. Pas de storytelling chaleureux soigneusement calibré, pas de goût marqué pour l’hyperprésence médiatique, pas de personnage public construit autour d’un style. Son itinéraire est ailleurs : dans l’État, dans les transports, dans l’administration, dans le travail technique, dans la gestion de dossiers lourds, dans une forme de sérieux presque raide devenue sa signature.
À l’heure où elle s’éloigne de la direction de Renaissance, ce n’est donc pas seulement un mouvement interne à la macronie qu’il faut regarder. C’est aussi le portrait d’une femme de pouvoir qui, depuis des années, avance sans folklore, souvent sans affect apparent, et presque toujours à rebours des codes attendus d’une femme politique “bankable”.
Un départ de Renaissance qui ressemble à une clarification

Le fait est désormais acté : Élisabeth Borne a choisi de quitter la direction de Renaissance, en invoquant un désaccord avec la ligne portée par Gabriel Attal et avec le fonctionnement interne du parti. D’après France 24, elle a annoncé vouloir se mettre en retrait du bureau exécutif et démissionner du Conseil national, tout en restant simple adhérente. Le Figaro rapporte la même logique : elle dit ne plus se retrouver complètement dans une ligne qu’elle juge insuffisamment débattue.
Mais, au fond, ce départ n’a rien d’invraisemblable. Il prolonge une tension plus ancienne entre Élisabeth Borne et l’évolution de la galaxie macroniste. Elle a longtemps incarné une forme de macronisme gestionnaire, technicien, réformiste, mais relativement peu spectaculaire. Or la politique contemporaine récompense souvent l’incarnation rapide, la personnalisation forte, l’agilité médiatique, le rapport direct à l’opinion. Sur ce terrain-là, Borne n’a jamais semblé parfaitement à l’aise.
Son retrait de Renaissance ne marque donc pas seulement un désaccord tactique. Il éclaire une constante de son parcours : Élisabeth Borne est plus à l’aise dans la conduite que dans la conquête, plus dans la structure que dans la dramaturgie, plus dans l’État que dans le parti.
Une formation d’excellence, un parcours forgé dans la haute administration
Pour comprendre cette singularité, il faut repartir du début. Élisabeth Borne appartient à cette génération de hauts fonctionnaires passés par les grandes écoles de la République, avec une formation scientifique et administrative exigeante. Diplômée de Polytechnique et des Ponts et Chaussées, elle se construit d’abord dans les institutions, bien avant de devenir une figure électorale ou partisane.
Son parcours passe par les grands circuits de l’action publique : ministère de l’Équipement, administration, cabinets ministériels, transport, urbanisme, préfectorale, entreprises publiques. Elle travaille à la SNCF, rejoint ensuite Eiffage, dirige l’urbanisme de la Ville de Paris, devient préfète, puis prend la tête de la RATP avant son entrée au gouvernement. Ce trajet, rappelé par plusieurs biographies de référence comme Challenges ou Gala, dit déjà l’essentiel : Borne vient d’un monde où l’autorité se gagne moins par le charisme que par la compétence, la résistance et la maîtrise des dossiers.
C’est aussi ce qui explique son style. Chez elle, la politique n’est jamais apparue comme une aventure de récit personnel. Elle ressemble davantage à une prolongation de l’appareil d’État. Là où d’autres fabriquent une identité publique, elle installe une réputation : travailleuse, austère, sérieuse, parfois rugueuse.
Avant Matignon, une ascension par les dossiers plus que par les réseaux
L’entrée d’Élisabeth Borne dans le premier cercle du pouvoir ne se fait pas par un enracinement partisan ancien. Elle n’est ni une élue locale patiemment montée, ni une tribuneuse, ni une figure militante. Elle s’impose d’abord comme une femme de dossiers. Sous Emmanuel Macron, elle devient successivement ministre chargée des Transports, puis ministre de la Transition écologique, puis ministre du Travail.
Ce parcours ministériel est révélateur. On lui confie rarement des ministères de pure représentation. On lui confie des zones à forte intensité technique et à haut risque politique : les transports, l’écologie réglementaire, le travail, les réformes sociales. Cela dit quelque chose de la place qu’elle occupe dans le système : celle d’une exécutante de haut niveau, capable d’encaisser les conflits, de tenir une ligne, et de traverser la tempête sans spectaculaire effondrement.
Cette solidité lui ouvre Matignon en 2022. Sa nomination comme Première ministre fait alors événement pour une raison institutionnelle majeure : elle devient la deuxième femme à occuper cette fonction sous la Ve République après Édith Cresson. Mais le symbole, bien réel, ne doit pas masquer la matière politique du moment. Borne arrive à Matignon dans une période de forte instabilité, sans majorité absolue claire, avec une conflictualité sociale élevée et un quinquennat déjà entré dans sa phase la plus délicate.
À Matignon, la figure de la résistance plus que celle de la popularité

C’est sans doute à Matignon que l’image publique d’Élisabeth Borne se cristallise vraiment. Son passage restera associé à un usage répété du 49.3, aux budgets difficiles, à la réforme des retraites, à la gestion d’une majorité relative et à une usure politique permanente.
On a beaucoup décrit Élisabeth Borne comme “technocrate”, parfois comme “froide”, parfois comme “raide”. Mais ces mots, souvent employés comme des reproches, méritent d’être relus. Dans la vie politique française, les hommes de pouvoir qualifiés de durs ou de verticaux sont fréquemment perçus comme solides. Les femmes, elles, sont plus vite ramenées à un déficit supposé d’empathie, de chaleur ou d’incarnation. Le cas Borne a souvent révélé cette asymétrie.
Cela ne signifie pas qu’elle échappe à la critique. Son passage à Matignon a aussi laissé l’image d’une Première ministre qui peinait parfois à transformer la rigueur en récit collectif. Elle a tenu, mais elle a rarement enthousiasmé. Elle a résisté, mais rarement fédéré. Elle a gouverné, mais sans produire l’adhésion émotionnelle qu’exige désormais la politique-spectacle.
Et pourtant, c’est précisément ce qui rend son profil intéressant. Élisabeth Borne incarne une forme de pouvoir non glamour, non sentimental, presque anti-narratif. Dans un monde politique saturé de communication, elle a longtemps donné le sentiment de croire encore à la densité des notes, à la mécanique institutionnelle et à la discipline du travail.
Une femme politique qui n’a jamais vraiment joué le jeu de la séduction publique
Pour un site comme Fais pas genre, il y a ici quelque chose de plus profond qu’une simple biographie. Le cas Élisabeth Borne raconte aussi la difficulté française à regarder les femmes de pouvoir autrement qu’à travers des codes contradictoires.
On reproche souvent aux responsables politiques femmes d’être soit trop dures, soit trop faibles ; trop lisses, soit trop tranchantes ; trop techniciennes, soit trop médiatiques. Borne a cristallisé ce paradoxe. Parce qu’elle n’a jamais cherché à jouer la proximité performative, elle a souvent été lue comme distante. Parce qu’elle ne s’est pas coulée dans les attendus d’une figure politique chaleureuse, elle a parfois été renvoyée à une forme d’inconfort symbolique.
En cela, son parcours est révélateur. Élisabeth Borne n’a pas seulement gravi des échelons dans un univers dominé par des logiques masculines du pouvoir. Elle l’a fait sans se remaquiller politiquement pour rassurer. Elle n’a jamais semblé vouloir adoucir son image pour la rendre plus facilement consommable. Ce refus apparent de la séduction politique est peut-être aussi ce qui la rend moins “pop”, mais plus singulière.
Son retrait du parti ne signifie pas la fin de sa trajectoire
Quitter la direction de Renaissance ne veut pas dire disparaître. Les éléments rapportés par France 24 montrent au contraire qu’Élisabeth Borne souhaite désormais se consacrer davantage à “Bâtissons ensemble”, la structure qu’elle a créée pour porter des propositions et rassembler au-delà du strict cadre partisan.
Là encore, ce choix est cohérent avec son histoire. Borne n’a jamais paru fascinée par l’appareil pour lui-même. Elle a cherché le pouvoir, bien sûr, mais souvent comme levier d’action plus que comme scène d’expression. Son retrait des instances peut alors se lire comme une manière de retrouver un espace moins contraint par la compétition de leadership, moins soumis à la personnalisation permanente.
Il faut aussi noter que sa trajectoire ne se réduit pas à l’opposition avec Gabriel Attal. Ce départ raconte surtout une divergence de style, de méthode et d’époque. Entre une politique de structuration et une politique d’incarnation, Borne semble choisir la première, quitte à paraître moins audible dans un moment qui survalorise la seconde.
Ce que le parcours d’Élisabeth Borne dit du pouvoir aujourd’hui

Au fond, Élisabeth Borne occupe une place particulière dans la politique française contemporaine. Elle n’est pas une héroïne populaire, ni une grande oratrice, ni une bête d’appareil, ni une vedette médiatique. Elle est autre chose : une femme d’État façonnée par l’administration, les transports, la décision publique, la réforme, l’endurance.
Son parcours rappelle qu’il existe encore, au sommet de l’État, des trajectoires construites moins sur la conquête spectaculaire que sur la persévérance institutionnelle. Mais il montre aussi les limites de ce modèle dans une démocratie saturée par l’instant, l’image et la compétition des ego.
En quittant la direction de Renaissance, Élisabeth Borne ferme peut-être un chapitre. Pas forcément celui de son influence, mais celui d’une appartenance organique à une maison politique qui, visiblement, ne lui ressemble plus tout à fait. Son itinéraire, lui, reste celui d’une femme qui n’a jamais confondu autorité et séduction, présence et agitation, pouvoir et théâtre.
Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas seulement un fait politique. C’est un révélateur. Il remet au premier plan le portrait d’une femme publique dont le parcours tranche dans un paysage obsédé par l’incarnation, la vitesse et la communication.
De Polytechnique à Matignon, de la RATP aux ministères régaliens de la réforme sociale, Élisabeth Borne a construit une carrière d’une rare densité, souvent dans la difficulté, presque toujours dans la maîtrise. Elle n’a jamais vraiment séduit la France politique au sens médiatique du mot. Mais elle a imposé autre chose : une forme de puissance sans folklore, de sérieux sans séduction obligatoire, de pouvoir sans théâtre.
Et c’est peut-être pour cela que son retrait de Renaissance ressemble moins à une disparition qu’à une cohérence retrouvée.
FAQ
Pourquoi Élisabeth Borne quitte-t-elle la direction de Renaissance ?
Elle explique ne plus se reconnaître complètement dans la ligne actuelle du parti et critique un fonctionnement interne où les orientations ne seraient pas assez débattues, tout en restant adhérente.
Quel est le parcours d’Élisabeth Borne avant Matignon ?
Avant de devenir Première ministre, Élisabeth Borne a mené une carrière dans la haute administration, les transports et les entreprises publiques, notamment à la SNCF et à la RATP, avant d’être ministre des Transports, de la Transition écologique puis du Travail.
Pourquoi Élisabeth Borne a-t-elle une image politique à part ?
Parce qu’elle incarne une forme de pouvoir très technicienne, discrète et peu théâtrale. Elle s’est imposée davantage par la maîtrise des dossiers et l’endurance que par la communication ou le charisme médiatique.
Entreprise
Magali Berdah, la femme qui a révolutionné le marketing d’influence en France
Published
3 ans agoon
21/04/2023
Magali Berdah est une femme d’affaires qui a su saisir les opportunités offertes par le phénomène des influenceurs, ces personnalités qui comptent des millions de fans sur les réseaux sociaux. Depuis 2017, elle dirige l’agence Shauna Events, qui représente des stars de la téléréalité et des artistes comme Nabilla, Jessica Thivenin, Vitaa ou Gims. Mais qui est vraiment cette femme de 40 ans qui a fait la couverture du magazine Forbes en 2021 ? Voici son parcours, ses succès et ses controverses.
De courtière en assurances à agente des influenceurs
Magali Berdah n’a pas toujours travaillé dans le milieu du show-business. Originaire de Saint-Tropez, elle commence sa carrière comme vendeuse puis devient courtière en assurances et mutuelles à l’âge de 20 ans. Elle crée sa propre société dans ce domaine, mais celle-ci fait faillite en 2016. C’est à ce moment-là qu’elle décide de se reconvertir dans le marketing d’influence, un secteur encore peu développé en France.
Voici une vidéo montrant Magali Berdah parlant du monde des influenceurs en France :
Elle se rapproche alors de plusieurs candidats de téléréalité, qu’elle connaît personnellement ou via les réseaux sociaux. Elle leur propose de monétiser leur image en faisant du placement de produits pour des marques. Elle crée ainsi son agence Shauna Events en janvier 2017, avec une dizaine de clients. Très vite, son portefeuille s’étoffe et elle devient l’agente des plus grands influenceurs français, qui cumulent des millions d’abonnés sur Instagram, Snapchat ou TikTok.
Une femme d’affaires influente et médiatique
Le succès de Magali Berdah ne passe pas inaperçu. En 2018, elle s’associe avec Stéphane Courbit et sa société de production Banijay, qui rachète 50% de Shauna Events. La même année, elle devient présentatrice sur W9, pour l’émission de téléréalité Les princes et les princesses de l’amour. Elle rejoint également l’équipe de chroniqueurs de Cyril Hanouna, dans son émission Touche pas à mon poste sur C8.
Magali Berdah est également très présente sur les réseaux sociaux, où elle compte près d’un million d’abonnés sur Instagram. Elle partage son quotidien, ses voyages, ses rencontres avec les célébrités qu’elle représente ou qu’elle admire. Elle n’hésite pas à prendre la parole sur des sujets qui lui tiennent à cœur, comme le harcèlement en ligne ou la politique. En 2021, elle a même lancé sa chaîne YouTube, sur laquelle elle propose des interviews avec les candidats à l’élection présidentielle de 2022.

Une femme controversée et critiquée
Le parcours de Magali Berdah n’est pas sans polémiques. Elle est régulièrement accusée de favoriser des pratiques commerciales trompeuses ou illégales, en faisant la promotion de produits douteux ou d’arnaques via les influenceurs qu’elle gère. Elle est notamment visée par une enquête du parquet de Paris pour “tromperie aggravée” et “pratiques commerciales trompeuses”, suite à un reportage de Complément d’enquête diffusé sur France 2 en septembre 2021.
Elle est également critiquée pour son manque de déontologie journalistique, lorsqu’elle réalise des interviews politiques sur sa chaîne YouTube. Son premier épisode consacré à Eric Zemmour a été jugé “complaisant” et “partial” par de nombreux internautes et professionnels des médias. Elle a également été épinglée pour avoir diffusé une fausse information selon laquelle Emmanuel Macron aurait refusé de la rencontrer.
Magali Berdah est une femme qui divise autant qu’elle fascine. Elle a su s’imposer comme une figure incontournable du marketing d’influence en France, en accompagnant des personnalités qui touchent un large public, notamment les jeunes.
Actualité
Egalité : le Collège Sévigné reçoit l’association Band of Sisters
Le Collège Sévigné, démontre, une fois de plus, son engagement régulier envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant une nouvelle rencontre avec l’association Band of Sisters.
Published
3 ans agoon
03/04/2023
La violence faite aux femmes est un sujet brûlant et malheureusement, toujours d’actualité. C’est pourquoi, dans le cadre de ses actions régulières pour l’égalité entre les femmes et les hommes, le Collège Sévigné à Paris organise une nouvelle rencontre entre ses élèves de 4ème et de 2nde et l’association Band of Sisters. But de cette rencontre : sensibiliser les jeunes garçons et filles aux violences faites aux femmes. Mathieu Palain, écrivain et journaliste, ainsi que Cécile Lehanneur, présidente de l’association, seront présents pour échanger avec les élèves sur le dernier ouvrage de M. Palain, “Nos pères, nos frères, nos amis”.
La violence faite aux femmes est un fléau qui touche toutes les couches de la société. Le Collège Sévigné a donc jugé important d’informer ses élèves sur ce sujet sensible. L’association Band of Sisters a, quant à elle, présenté son action contre les violences faites aux femmes et leur soutient aux victimes. Les élèves ont pu ainsi comprendre l’ampleur de ce fléau et lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes.
Mathieu Palain, écrivain et journaliste, participera également à cette rencontre. Il partagera avec les élèves son dernier ouvrage qui traite de la relation entre les hommes et les femmes. Il appelle ainsi les jeunes à adopter une attitude responsable face à la violence faite aux femmes. Les élèves pourront également participer à des ateliers interactifs pour mieux comprendre le phénomène de violence. Ils auront ainsi la possibilité de réfléchir et exprimer leur ressenti et/ou évoquer des exemples concrets de violence dans leur quotidien.
La rencontre se déroule dans un climat de respect mutuel et de bienveillance. Comme à chaque réunion de sensibilisation organisée par l’établissement scolaire parisien, les élèves pourront poser des questions et manifester leur envie d’en savoir plus sur le sujet. La rencontre leur permettra d’ouvrir les yeux sur les préjugés et les stéréotypes liés à la violence faite aux femmes.
Le Collège Sévigné, historiquement une école de filles, démontre une fois de plus – s’il en était besoin – son engagement envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant cette rencontre avec l’association Band of Sisters.
Toutes les écoles devraient sans doute suivre cet exemple qui ne doit pas être réservé aux seuls grands établissements parisiens. Les élèves sont ainsi sensibilisés à l’importance de lutter contre les violences faites aux femmes en étant sensibilisés et informés sur le sujet. Il est important de continuer à mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes pour lutter contre ce fléau qui touche notre société comme le fait, depuis près de dix ans, le Collège Sévigné. Il prend sa pleine part à la lutte contre la violence faite aux femmes et permet aux élèves de prendre conscience de leur propre responsabilité dans cette lutte.
En savoir plus : https://www.collegesevigne.org/actualite/egalite-femmes-hommes-prevention-contre-les-violences-faites-aux-femmes/
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