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Parole politique et minorités : quand le pouvoir normalise la haine

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Ce mois de janvier a vu l’administration Trump battre un nouveau record : celui du plus long shutdown de l’histoire des Etats-Unis. Le shutdown, c’est quand le Congrès américain refuse de voter le budget requis par l’administration en place pour l’année à suivre, ce qui conduit à l’arrêt presque total des activités gouvernementales. Si généralement les deux parties finissent par trouver un accord, dans ce cas-ci, Donald Trump n’en démord pas : il veut son mur pour empêcher les émigrant.e.s mexicain.e.s d’arriver aux Etats-Unis. Si l’annonce d’une telle construction pendant la campagne présidentielle de 2016 avait fait rire, les conséquences sont aujourd’hui bien réelles.

Plus qu’une promesse de campagne, il se joue ici un point clé pour comprendre Donald Trump : sa rhétorique, une parole politique qui a libéré et légitimé les discours de haine aux Etats-Unis et ailleurs.

Une rhétorique qui a fait ses preuves

Ce type de discours n’est pas nouveau dans la bouche du président des Etats Unis. Dès les années 1980 et 1990, quand il commençait à devenir une figure publique, Donald Trump faisait déjà preuve de racisme. Par exemple, en 1989, il fit publier dans certains journaux un plaidoyer pour que cinq individus afro-américains et latinos accusés d’avoir violé une femme blanche soient condamnés à mort ; ils furent finalement innocentés par preuve ADN dans les années 2000. Plus récemment, on se souvient notamment de son accusation répétée à l’encontre de Barack Obama qui, selon lui, serait né au Kenya et donc inéligible à la présidence des Etats-Unis, sans rappeler ses nombreux commentaires sexistes, « you can grab them by the pussy » (« Tu peux les attraper par la chatte ») en tête. Si on devait comptabiliser la totalité de ses propos racistes, sexistes et xénophobes, la liste serait bien trop longue.

Sur Twitter, sa plateforme privilégiée, Donald Trump s’adresse directement à sa base électorale, l’Amérique blanche oubliée des pouvoirs publics et de la mondialisation. En prenant en compte ce public, ses attaques sont dirigées certes vers des personnalités diverses — hommes, femmes, personnes blanches de peau, afro-américain.e.s… —, mais lorsqu’il s’en prend aux femmes et aux afro-américain.e.s, il attaque systématiquement leur intelligence. Ce ressort place le président américain en position de force en juge de l’intelligence d’autrui. Ce genre d’attaques s’inscrit dans sa rhétorique générale de self-made man, le plus intelligent, le plus compétent… bref, le meilleur dans tous les domaines. Tou.te.s ses adversaires sont, selon cette logique, moins intelligent.e.s que lui et ne peuvent donc pas apprécier sa manière d’appréhender le monde. Plus grave d’un point de vue idéologique, ses commentaires alimentent l’idée que les femmes seraient moins intelligentes que les hommes et que les noir.e.s seraient moins intelligent.e.s que les blanc.he.s. Cela fait directement écho aux théories nativistes du tournant du XXème siècle qui avaient été le soutien idéologique de la renaissance du Ku-Klux-Klan dans les années 1910.

 

Par ailleurs, Donald Trump use de généralisations abusives en regroupant toute la population mexicaine sous les représentations du cartel MS-13, milice mexicaine réputée pour sa violence. Cet imaginaire empli de clichés explique la tristement célèbre citation « bringing drugs, they’re bringing crime, they’re rapists » (« Ils passent des drogues, ce sont des criminels, des violeurs ») prononcée lors de l’annonce de sa candidature à la présidentielle.

Si la rhétorique du président fonctionne tant, c’est précisément parce qu’elle est simple, si simple qu’un enfant de 6 ans serait en mesure de la comprendre. En effet, il utilise un vocabulaire limité avec des mots excédant rarement les deux syllabes (tremendous et amazing sont ici des exceptions). Aussi, il donne l’impression de raconter un feuilleton avec des épithètes homériques attachées à certaines personnalités, par exemple « Crooked Hillary » pour désigner Mme Clinton. Ce qui rend son discours efficace, c’est le fait qu’il ne fasse pas appel, comme la plupart des politiciens, à la raison, mais bel-et-bien à l’émotion. Ce qu’on retient d’un discours de Donald Trump, ce n’est pas tant ce qu’il dit, mais ce qu’il nous fait ressentir, avec des mots clés répétés à tours de bras qui nous donnent une vision binaire du monde : soit c’est génial, intelligent et brillant, soit c’est nul, bête et infâme. Cette simplicité qui rompt avec le verbe éloquent de M. Obama résonne au cœur de sa base électorale : il parle comme eux. Il y a identification et empathie pour un propos hautement émotionnel.

Encore des mots, rien que des mots ?

Vous vous demandez peut-être pourquoi parler autant et accorder autant d’importance à Donald Trump ? La réponse est simple : parce que ses propos ont un impact réel dans la société américaine. Les discours de l’alt-right (équivalent de l’extrême droite, voire du néo-nazisme) ont toujours captivé les médias. Cette fascination a un ancrage historique : le Ku-Klux-Klan. Celui-ci a ponctué l’histoire des Etats-Unis pendant plus d’un siècle, de 1860 jusqu’aux années 1960 (période des mouvements pour les droits civiques). L’alt-right est donc largement médiatisée et légitimée par la parole de M. Trump. Les événements de Charlottesville de l’été 2017 montrent que de tels mouvements d’extrême droite se sentent bel-et-bien confortés dans leur idéologie et dans leurs actions. Les adhérent.e.s de ces mouvements qui partageaient leurs opinions dans les commentaires de sites dédiés descendent désormais dans les rues. D’ailleurs, pour preuve de cet appui politique, le président américain n’a pas clairement condamné les violences néo-nazies commises à l’occasion de ces manifestations.

Manifestant.e.s lors du rassemblement de plusieurs mouvements nationalistes blancs à Charlottesville le 11 août 2017 -Crédits: Zach D Roberts/NurPhoto via Getty Images

De plus, la rhétorique de Donald Trump étant omniprésente dans la sphère médiatique — il est après tout le président des Etats-Unis —, on ne fait même plus attention à ce qu’il dit. Il parle et ment tellement que tout ce qu’il dit finit par être compris au même plan. Toute parole le discrédite parce qu’on le regarde de loin, d’un air moqueur. Or, des discours de haine ne sauraient être à prendre à la légère. C’est pourtant ce genre d’attitudes passives face à ces prises de parole qui ont conduit à son élection. C’est ce genre d’attitudes qui, aujourd’hui, normalise la haine envers les minorités et légitime l’expression de tous types de discours haineux. Si effectivement des voix critiques s’élèvent, elles ont trop souvent un regard dédaigneux.

Et le reste du monde, alors ?

Malheureusement, les effets du discours de haine trumpien ne restent pas circonscrits aux Etats-Unis. On retrouve ce même type de discours chez Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil, surnommé le « Trump tropical », mais aussi dans les partis d’extrême-droite européens. On observe ces discours dans de nombreux autres pays, mais ce qui choque ici, c’est de voir de tels propos être tenus et assumés de manière décomplexée dans des pays à tradition démocratique et libertaire.

En France, on observe de loin les Etats-Unis en se rassurant sur l’état de notre pays. On a la tentation perverse de se dire : « on a échappé au pire ». Le risque n’est pourtant pas si éloigné que ça. Steve Bannon, l’ancien chef exécutif de la campagne de Donald Trump à l’origine de l’utilisation du dispositif de Cambridge Analytica et ancien conseiller du président, voyage désormais en Europe pour conseiller les différents partis d’extrême droite, notamment en France et en Italie. Avec l’échéance des élections européennes en mai prochain, l’influence de ce conseiller pourrait être décisive. De fait, une alliance des partis d’extrême droite européens pourrait obtenir de nombreux suffrages dans des élections pour lesquelles le taux d’abstention est toujours très élevé et où les extrêmes ont toujours honoré de beaux scores.

Steve Bannon accueilli sous les applaudissement au Congrès du FN le 10 mars 2018, crédits : Pascal Rossignol/ Reuters

Si d’une part Donald Trump dégrade la fonction présidentielle, il institutionnalise d’autre part le discours de haine en l’honorant de cette même fonction présidentielle, le légitimant ainsi. Tout repose sur cette logique : si même le président de la première puissance économique mondiale est en mesure de tenir ces propos en toute impunité, alors moi aussi j’en ai le droit… en plus moi aussi j’ai Twitter. La figure de troll permanent qu’incarne M. Trump sur les réseaux sociaux participe à cette libération de la parole haineuse. Les modérateur.rice.s n’étant pas étanches, on scrolle continuellement entre les photos de bébés chats et les appels à la haine, passif.ve.s. D’un point de vue sémiotique, l’écran met à distance ces contenus qui en deviennent banals, et à force de notre indifférence, normalisés. Submergé.e.s d’informations en permanence, nous zappons. La présentation des contenus est standardisée par l’affichage des réseaux sociaux, là où la Une de journal hiérarchise les informations et engendre un choc visuel fort. La page Facebook d’un grand journal comme Le Monde ne distingue pas le résultat d’un match de football du dernier rebondissement dans le Brexit des violences commises sur les Champs-Elysées en marge des manifestations. Tout est mis sur le même niveau et nous le lisons comme tel.

Nous nous habituons depuis plusieurs années aux contenus violents, que ce soient les vidéos des attentats du Bataclan qui ont largement tourné sur nos réseaux sociaux ou les incitations à la haine. Plus récemment, en 2018, c’était aux Etats-Unis avec le meurtre en direct d’une équipe de journalistes à la télévision, sans parler des nombreuses violences policières de plus en plus filmées et dénoncées sur les réseaux. Les alertes de nouveaux attentats ne sont plus des surprises et le choc qui devrait nous frapper ne fait plus effet. C’est le même phénomène pour les alertes de tuerie de masse aux Etats-Unis. Réflexe de préservation émotionnelle ou banalisation abusive de ces contenus, les écrans qui nous donnent le monde à portée de main éloignent pourtant la dimension émotionnelle qui en émane, on sait plus où prêter attention, alors on se détache de ce qui paraît loin et sans importance au regard de notre vie quotidienne.

Alors, pour conclure, ne cédons pas à la tentation de prendre les propos des politiques pour ce qu’ils ne sont pas : innocents. Ne restons pas passif.ve.s, mais prenons le temps d’observer la manière dont violences physiques et violences verbales sont intrinsèquement liées, surtout quand ces dernières sont institutionnalisées par les politicien.ne.s et normalisées par notre accoutumance.

Isabelle Vallet

Sources :

https://www.vox.com/2016/7/25/12270880/donald-trump-racism-history

https://www.washingtonpost.com/politics/2018/10/29/professor-who-defined-dangerous-speech-how-trumps-rhetoric-pittsburgh-are-linked

https://www.theguardian.com/us-news/2018/aug/10/trump-attacks-twitter-black-people-women

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Jean-Pierre Valentini “Sa femme Colette fut la clef du succès de Soulages”

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Jean-Pierre Valentini évoque l'oeuvre de Pierre Soulages

Jean-Pierre Valentini est un connaisseur éclairé et collectionneur du peintre de « l’outrenoir » dont l’un des derniers tableaux du maître aveyronnais, l’homme d’affaires français nous raconte sa passion pour l’artiste décédé à l’âge de 102 ans le 26 octobre dernier.

Est-il vrai que vous possédez l’un des derniers tableaux peint par Pierre Soulages en 2021 ?

Jean-Pierre Valentini : Oui c’est exact. Cette toile incarne à elle-seule la fin de l’histoire du maître. Son apogée. Ce tableau est très structuré, dense, riche en matière. Il est très travaillé et lyrique en même temps. A plus de cent ans, Pierre Soulages avait encore la main sûre. C’est un tableau très rythmé et extrêmement puissant. Il résume toute la recherche de Soulages pour faire naître la lumière à travers le noir. On a l’impression dans ce tableau d’explorer le travail du peintre des trente dernières années. Cette géométrie inégalable avec des espèces de carrés et en même temps ces empreintes dans la pierre qui jaillissent du tableau. D’ailleurs Pierre Soulages, a depuis sa plus tendre enfance à Rodez, été fasciné par les vieilles pierres des âpres paysages des Causses.

Pierre Soulages par Jean-Pierre Valentini

Jean-Pierre Valentini : “Soulages est un record de visiteur historique au Centre Georges Pompidou”

Quand avez-vous acquis les premiers tableaux peints par Pierre Soulages ?

Jean-Pierre Valentini : Au début des années 2000. Le peintre n’avait pas alors atteint cette reconnaissance. On peut dire qu’il a eu une consécration assez tardive auprès du grand public. C’était un homme très discret, provincial loin des mondanités parisiennes. Ce sont surtout l’exposition au Centre Georges Pompidou en 2009 pour ses 90 ans avec un nombre record de visiteurs (500 000 NDLR) puis celle du Louvre pour ses 100 ans qui l’ont propulsé sur le devant de la scène. C’est d’ailleurs le seul artiste après Chagall et Picasso à avoir connu l’hommage d’une rétrospective au Louvre.

Jean-Pierre Valentini : “Soulages est Une danse entre le noir et la lumière »

Comme beaucoup de peintres Pierre Soulages a connu différentes périodes…

Jean-Pierre Valentini : Oui son œuvre répond à plusieurs cycles en fonction des techniques et des matières employées. Sa vraie rupture intervient en 1979 quand ses tableaux font davantage appel à des reliefs et des entailles dans la matière noire. Cela crée à la fois des jeux de lumière et de couleurs. Durant les années 80-90, ses tableaux avaient même souvent une petite touche de bleu. C’est d’ailleurs toute l’histoire de Soulages : cette rencontre incessante, cette danse même entre le noir et la lumière.

Jean-Pierre Valentini : « Soulages est au panthéon des peintres français »

Quelles sont les sensations que vous procurent les tableaux de Soulages ?

Jean-Pierre Valentini : Pour moi, c’est d’abord une ode à la vie puisqu’on passe du côté obscur au côté clair de la force. Il m’arrive même de distinguer des couleurs qui n’existent qu’à travers cette lumière qui jaillit du noir. Dans un tableau de Pierre Soulages, on décèle l’âme de l’artiste mais aussi la nôtre. C’est sans doute pour cela que son œuvre parle tant aux gens. Ce qui est remarquable aussi, c’est que l’on n’a pas les mêmes sensations en fonction de l’heure à laquelle on regarde le tableau mais aussi en fonction de l’angle à partir duquel on le regarde. C’est aussi ce qui fait le génie de l’artiste et l’inscrit au panthéon des peintres français.

Jean-Pierre Valentini « Soulages : Sa femme Colette clef de son succès »

Savez-vous comment Pierre Soulages travaillait ?

Jean-Pierre Valentini : Avec plus de 1700 œuvres durant sa carrière, on peut deviner que Pierre Soulages avait des journées bien remplies. Je vais peut-être trahir un secret mais Soulages travaillait avec un assistant mais c’est surtout sa femme Colette avec qui il a partagé 80 ans de sa vie qui a joué un rôle clef. Une fois, le tableau achevé il lui présentait et s’il ne lui plaisait pas, il le détruisait. Comme chaque grand homme, il n’y aurait pas eu le grand Pierre Soulages sans son épouse. Je pense à elle en ces moments douloureux.

La disparition de Pierre Soulages va faire en sorte d’augmenter, de facto, sa cote. Une belle affaire pour vous qui détenez plusieurs de ses toiles…

Jean-Pierre Valentini : Ce n’est pas important Vous savez j’ai aimé Pierre Soulages de son vivant et l’essentiel est que son œuvre s’inscrive dans l’éternité. Je pense que sa notoriété va encore se propager à travers la planète. Je vous prédis d’ailleurs une rétrospective au musée Guggenheim de New-York dans les années qui viennent.

Suivez Jean-Pierre Valentini sur Twitter.

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Yassine Yakouti : “La présomption d’innocence est vitale”

L’avocat pénaliste Yassine Yakouti nous explique ce qu’est la présomption d’innocence

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L’avocat pénaliste Yassine Yakouti nous explique ce qu’est la présomption d’innocence

En matière de droit, chaque individu est considéré comme non-coupable du moment qu’il n’a pas été jugé auprès des tribunaux. C’est dans cette notion que repose la présomption d’innocence dont les principes sont définis dans divers textes légaux. Elle est notamment retracée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour la première fois. Puis, de multiples ratifications ont eu lieu. Elle fait partie intégrante des procédures pénales obligatoires à suivre. Son non-respect peut conduire à des poursuites, selon Yassine Yakouti, avocat à Paris.

Pourquoi la présomption d’innocence est-elle importante ?

“La présomption d’innocence est une protection juridique offerte aux personnes arrêtées pour une infraction” explique Yassine Yakouti. Selon la mention, les individus arrêtés sont innocents jusqu’à ce qu’ils passent devant les juges. Ces dernières vont par la suite définir les peines à appliquer pour l’acte si la violation de la loi était avérée. À l’inverse, la personne peut être relaxée quand le motif de poursuite judiciaire est un délit. Par contre, elle sera acquittée dès lors que l’affaire touche le domaine criminel.
D’après le pénaliste Yassine Yakouti, la présomption d’innocence possède un enjeu majeur dans le cadre légal. D’une part, elle évitera que l’accusé soit condamné pour un crime ou un délit qu’il n’a pas commis. Et d’autre part, elle empêche qu’une personne soit persécutée de différentes manières en attendant son procès.
À titre informatif, les persécuteurs sont nuls autres que les utilisateurs d’internet, le public ou encore les journalistes. En effet, ces profils peuvent voir l’individu menotté et présenter sa culpabilité. Les allégations égratignent alors l’honneur de la victime. On a, par exemple, vu ce cas dans l’affaire Harvey Weinstein de 2017 aux États-Unis. Pour rappel, l’accusé a fait l’objet de nombreuses plaintes pour viol. L’opinion publique a alors déclaré cet homme coupable alors que son implication n’a pas été établie. Cela a créé une polémique sans précédent. On pourrait aussi évoquer l’affaire Dominique Strauss Kahn en France.

Yassine Yakouti : Quelles peines pour le non-respect de la présomption d’innocence ?

De nos jours, la présomption d’innocence est loin d’être respectée selon Yassine Yakouti – surtout depuis l’avènement d’internet. En effet, il n’est pas rare de voir les images d’un suspect qui circulent sur les réseaux sociaux. Or, la loi interdit cette pratique sauf si les individus concernés avaient donné leur accord au préalable.


Conscient des difficultés à garantir l’application de ce droit fondamental, l’ex-ministre Elisabeth Guigou a été auditionné par la commission de loi le 8 décembre 2021 pour apporter une solution à la question. À noter qu’en amont, elle a travaillé avec un groupe de travail composé de treize membres parmi des journalistes, avocats ainsi que des magistrats d’où l’aboutissement d’un rapport intitulé la présomption d’innocence : un défi pour l’État de droit. Le document a été transmis auprès du ministère de la Justice le 14 octobre 2021.
Pour rappel l’ex-gardienne des sceaux du gouvernement Jospin est à l’origine de la loi sur la présomption d’innocence L. n° 2000-516, 15 juin 2000 qui renforce les protections accordées aux suspects par rapport aux textes juridiques antérieurs.


Pour son travail de l’année 2021, Elisabeth Guigou a proposé jusqu’à 40 propositions de loi. Dans les grandes lignes, elle préconise des sanctions plus dures à l’encontre des atteintes à la présomption d’innocence provenant des utilisateurs d’internet. Quoi qu’il en soit, il faut attendre les décisions des hautes autorités avant de voir sa mise en place. Sur ce point, l’affaire est donc à suivre.
Pour le moment, la protection des victimes du non-respect de la présomption d’innocence est déterminée dans l’article 226-10 du Code pénal qui concerne la dénonciation calomnieuse d’une personne physique ou morale. Dans cette situation, une étape primordiale doit être réalisée consistant à rectifier les articles qui condamnent ouvertement une personne sans preuve de sa culpabilité. Mais, il est d’autant possible de diffuser un communiqué. Ici, Yassine Yakouti explique qu’il est tout à fait envisageable pour un juge de forcer l’arrêt de l’atteinte à la présomption d’innocence. Cela donne droit à des dommages et intérêts.

Yassine Yakouti : Quelles sont les exceptions ?

La présomption d’innocence n’est pas toujours applicable, selon le pénaliste XX puisqu’il subsiste certaines exceptions. Il faut entre autres mentionner le délit de proxénétisme. L’article 225-5 du Code pénal régit le proxénétisme. Selon la rubrique : »’ « Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit (…) de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ». Dans ce sens, un homme qui ne parvient pas à prouver la provenance de son argent lui permettant d’assurer son train de vie peut avoir des problèmes quand elle vit avec une prostituée. Il doit alors prouver directement son innocence, car explique Yassine Yakouti, la présomption d’innocence à céder sa place à la présomption de culpabilité.
Dans le domaine du tourisme, la carte de séjour d’un étranger peut lui être retirée à tout moment quand il est sous l’objet d’une poursuite pénale. Enfin, en matière douanière, les marchandises introduites sur le sol français alors qu’elles sont prohibées en circulation constituent une fraude. Il n’y a donc pas la possibilité pour les personnes condamnées dans ses différentes situations de faire appel à la présomption d’innocence.

Yassine Yakouti : Quand s’applique la présomption d’innocence ?

D’après Yassine Yakouti, la présomption d’innocence est appliquée dès la mise à l’arrêt du coupable, la détention provisoire, la mise en accusation et son procès.
Lors de l’instruction, le juge n’établit pas la culpabilité de l’accusé. Il se basera sur les preuves que les procureurs du ministère public vont montrer aux membres du jury. Il est signé qu’un individu qui passe devant le tribunal a le droit à la défense selon toujours les droits universels. Pour ce faire, il peut contacter un avocat ou plaider sa cause toute seule.
De leur côté, les défenseurs peuvent réaliser un contre-interrogatoire des témoins ou utiliser les droits au silence. Ce dernier est un autre pouvoir juridique accordé aux accusés. Il évite à la personne de s’incriminer. Il faut également savoir qu’un magistrat effectuera ses propres investigations. Il donne alors un jugement en fonction de différents paramètres.
À titre indicatif, quand le résultat n’est pas favorable après l’audience, l’individu peut toujours faire appel. À cet effet, il passera une deuxième audience. Toutefois, il est déjà coupable à cause du premier jugement. De ce fait, il ne pourra pas prévaloir sa présomption d’innocence.

Plus d’infos sur Yassine Yakouti.

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Santé au travail : Les conditions des femmes

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centre de santé au travail paris

Les centres de médecine du travail à Paris ont récemment révélé une augmentation considérable, depuis une vingtaine d’années, des maladies professionnelles et des accidents de travail chez les femmes. A contrario, les hommes en connaissent de moins en moins.

Est-ce que la santé au travail des femmes se dégrade plus que celle des hommes ?

La santé des femmes au travail se détériore, tandis que celle des hommes s’améliore. Une enquête révèle que, de 2001 à 2019, les maladies professionnelles chez les femmes ont augmenté de 158,7 % et les accidents du travail de 41,6 %. Au cours de la même période, les accidents chez les hommes ont diminué de 27,2 %, bien qu’ils aient été encore plus touchés.

Les travailleurs “essentiels” sont les premiers à être pris en charge. Selon l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), les activités de santé, d’action sociale, de nettoyage et de travail occasionnel provoquent plus d’accidents que le domaine de la construction. Les femmes sont surreprésentées : 91 % des aides soignantes et 95 % des assistantes à domicile sont des femmes.

Les femmes sont particulièrement sensibles aux troubles musculo-squelettiques, qui sont causés par la répétition de mouvements apparemment anodins. Un risque difficile à identifier et quasi invisible.

Aussi, de nombreuses femmes travaillent des journées “comptées doubles”, une combinaison entre travail et de tâches ménagères. Cette charge mentale, à savoir trouver le bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, peut contribuer sur du long terme à une forme d’usure.

Santé au travail : quelles entreprises sont ciblées ?

Entre 2001 et 2019, les accidents du travail ont augmenté de 110 % chez les travailleurs domestiques. Rozenn Guegen, secrétaire générale à la santé et au social de la CFDT, a expliqué : “Notre charge de travail a augmenté avec le nombre de seniors et les difficultés de recrutement.”

Cette forte pression, les employeurs n’en tiennent pas toujours compte. Les grandes surfaces, à savoir Casino et Lidl, sont ciblées.

L’étude fait état de cadences excessives, d’un stress accru et continu et de beaucoup d’accidents non signalés. En conséquence, beaucoup ont été licenciées pour incapacité de travail. Casino mène une étude spéciale sur les “risques graves” signalés par les syndicats de travail. La chaine de supermarchés s’est défendue, évoquant des “conditions de travail propres à notre domaine d’activités” et une “approche d’amélioration continue”.

Face à ce constat, l’Anact recommande de systématiser les statistiques sexospécifiques de santé au travail et de mieux prendre en compte les différences de risque psychosocial ou morphologique entre hommes et femmes.

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