Genre et communication
Je suis Gros.se et alors ?
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8 ans agoon
« Il y a être grosse socialement et être gros médicalement. Socialement on {devient} grosse plus rapidement, il suffit de dépasser la taille 40 pour qu’une femme {soit} traitée de grosse » Gabrielle Deydier
Dans un monde régi par le racisme, le sexisme, l’islamophobie, l’homophobie et j’en passe, il y a aussi, à mon grand désespoir, la grossophobie. Il y a quelques temps, ma soeur m’a demandé si je trouvais les mannequins « utiles ». Je pense qu’iels pourraient l’être s’iels tendaient à représenter et à incarner la société dans son ensemble, c’est-à-dire une communauté constituée de personnes différentes et donc de beautés différentes. Au lieu de normaliser les différences, le secteur de la mode tend à faire culpabiliser les personnes de manière plus ou moins consciente en participant à la mise en place de certaines normes de beauté que chaque individu.e est contraint d’adopter afin d’être considéré.e comme conventionnellement « normal ».
Qu’est-ce que la grossophobie et comment s’incarne-t-elle dans nos sociétés ?
Il convient tout d’abord de faire une petite mise au point : qualifier une personne de grosse, ce n’est pas de la grossophobie. Si ce terme a toujours été considéré comme péjoratif, selon Gabrielle Deydier, auteure du livre On ne naît pas grosse, les personnes concernées doivent se réapproprier ce terme, car il s’agit d’une description factuelle et non d’une insulte.
Le terme « grossophobie » est un néologisme qui caractérise l’ensemble des comportements haineux et hostiles à l’encontre des personnes grosses, en surpoids ou obèses. Ces personnes sont discriminées sur leur apparence et donc ostracisées de la sphère publique.
Si au XIXème siècle être « bien en chair » était synonyme d’opulence et de richesse, et bien sachez que cette époque est révolue. En effet, nous vivons actuellement dans une société régie par une dictature de l’image qui nous impose des manières de manger, se comporter, s’habiller : de « vivre », tout simplement. Les injonctions sur la beauté promue par les médias et les marques poussent de plus en plus les gens à la détestation de soi et à la remise en question permanente de leur corps. La démocratisation des réseaux sociaux régis par une omniprésence de l’apparence n’a fait que légitimer cette société du paraître dans laquelle chacun.e, en quête de reconnaissance, s’exhibe constamment dans l’espoir de récolter quelques likes, et ainsi être célébré.e et reconnu.e par ses pairs.
L’un des critères de beauté le plus présent dans notre société est celui de la minceur, auquel nous vouons un réel culte. Outre les critères esthétiques, être mince est gage de bonne santé, de réussite sociale, de contrôle et d’entretien de soi ainsi que de dynamisme.
Dans un entretien accordé au journal Libération , Jean-François Amadieu, sociologue français et auteur de l’ouvrage la Société du paraître, les beaux, les jeunes… et les autres, déclare que : « Ces stéréotypes de la beauté idéale apparaissent dès l’enfance. Lorsque l’on montre des images d’enfants minces, de poids moyens ou gros à des petites filles de 3 ans, elles ont une perception très négative des gros – stupides, peu amicaux, laids, ordinaires, peu soignés… – alors qu’elles valorisent les minces – sympas, intelligents, calmes. (…) Quand on fait jouer des filles de 3 à 5 ans avec des poupées, minces, de moyennes corpulences ou bien rondes, le résultat est sans appel : la poupée grosse est affublée de tous les défauts. Les gros, dans nos mentalités, ne correspondent pas au culte de la bonne santé et de la performance. »
Ainsi, l’impact de la grossophobie chez les femmes est d’autant plus important dans la mesure où dans cette société patriarcale, la beauté est la valeur principale d’une femme. Elles sont continuellement objectivées, rabaissées et surtout rappelées par la société à leur corps qui doit être conventionnellement parfait. Ainsi, leur rôle, leur essence même est de plaire. Cette aliénation est particulièrement véhiculée par la presse dite « féminine » dans laquelle la minceur et la beauté sont directement associées à la séduction. On ne compte plus les articles donnant des astuces sur comment « regagner une taille de guêpe », « mincir sans faire de sport », « maigrir vite et bien » afin de réaliser son « bikini body challenge » à l’approche de l’été. D’ailleurs, il semblerait que 80% des chirurgies bariatriques soient pratiquées sur des femmes. Ces interventions visent à modifier le système digestif afin de réduire la quantité d’aliments possibles à absorber (gastrectomie) ou de diminuer l’absorption des aliments ingérés au cours de leur passage dans le tube digestif (by-pass). La journaliste et essayiste Mona Chollet dénonce d’ailleurs dans son essai Beauté fatale cette idéologie du corps parfait qui conditionne les femmes dans un cadre superficiel, les enferme dans un état de subordination permanente et les empêche de s’émanciper et d’exister pour elles-mêmes.
Malheureusement, bon nombre de marques de vêtements participent à ancrer ces discriminations à l’égard des personnes grosses dans nos sociétés. La mode joue un rôle majeur dans ce culte voué à la minceur dans la mesure où il existe encore très peu de marques pour les personnes grosses. Certaines enseignes vont jusqu’à délibérément bannir les grandes tailles de leurs rayons. C’est le cas de la marque Abercrombie & Fitch dont l’ancien PDG Mike Jeffries refusait de commercialiser des vêtements au-delà de la taille 40. Pour cause, il avait affirmé ne pas vouloir de gros.ses dans son magasin. « Nous embauchons dans nos magasins des personnes qui ont une belle apparence, car les beaux attirent les beaux, et nous voulons vendre à des clients cools et beaux. »
En réaction à ces critiques virulentes et discriminantes, des détournements des pubs de la marque avec le slogan « Attractive & Fat » (séduisant.e et gros.se ) font leur apparition sur internet.
Les personnes grosses, en surpoids et obèses ne sont pas seulement discriminées dans le secteur de la mode : elles connaissent un réel rejet de la société. Lors d’une étude sur la perception des discriminations à l’embauche, réalisée par le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail, 45% des personnes sondées ont jugé normal de discriminer une personne à l’emploi du fait de sa corpulence. De plus, cette étude a aussi démontré que les hommes étaient plus nombreux à estimer qu’il est acceptable de discriminer une personne du fait de son poids. Mais pourquoi ? Selon Gilles Boëtsch, anthropologue, directeur d’études au CNRS, dans l’imaginaire collectif « L’obèse renvoie au gras, au gros et au lourd. Il est construit socialement sur le principe de la mollesse, du laisser-aller, du non-contrôle de soi. Il est marginal non seulement d’un point de vue médical par les pathologies qui le frappent, mais aussi par l’écart à la norme qu’il signifie dans une société fondée sur l’apparence et la performance » Pour couronner le tout, les femmes obèses et en surpoids seraient bien plus discriminées que les hommes de même poids. En France être une femme grosse signifie avoir 8 fois moins de chance d’être employée qu’une femme qui ne l’est pas. Pour un homme gros, cela signifie 3 fois moins de chance d’obtenir un emploi.
Le secteur médical n’est pas non plus épargné par la grossophobie. Il semblerait que certain.e.s professionnel.le.s de santé soient incapables de prendre soin des patient.e.s gros.ses ou obèses avec humanité. Plusieurs témoignages relatent le même procédé : les patient.e.s en surpoids se rendent chez un.e praticien.ne pour un problème précis n’ayant rien à voir avec leur poids (bronchite, dépression, angine, contraception…) et lea praticien.ne estime avoir le droit de faire culpabiliser et d’humilier lea patient.e en tenant des propos outrageux à l’encontre de ce.tte dernier.e tels que : « Vu votre poids vous devriez vous estimer heureuse d’avoir encore vos règles. Et si vous envisagez d’avoir des enfants il va falloir perdre tout ça ! » Les témoignant.e.s déclarent sortir de ces cabinets avec de vives recommandations pour perdre du poids, voire avec les coordonnées d’un.e nutritionniste ou d’un.e spécialiste de la chirurgie bariatrique sans n’avoir rien demandé. Le problème a pris une telle ampleur que le collectif Gras Politique qui lutte contre les discriminations faites aux personnes grosses, en surpoids et obèses a dû recenser une liste de praticien.ne.s jugés « non safe » suite à des maltraitantes grossophobes.
Ces deux exemples de discriminations faites aux personnes grosses dans le milieu du travail ainsi que dans le milieu médical ne représentent qu’une infime part de ce que ces personnes vivent quotidiennement. En effet, les personnes en surpoids sont constamment raillées par la société qui juge normal et drôle de faire des blagues grossophobes. Invitée sur le plateau de Quotidien en décembre dernier, Gabrielle Deydier, figure de la lutte contre la grossophobie en France, déclare en ouverture de l’entretien avec Yann Barthès qu’à chaque apparition médiatique ayant pour but de dénoncer la grossophobie, certain.e.s internautes l’accusent de faire l’apologie de l’obésité. En effet, certaines personnes considèrent que les gros.ses méritent de l’être et qu’iels n’ont pas le droit de s’en plaindre, alors on leur confisque la parole. « Les gens n’ont pas de filtres quand ils s’adressent aux personnes grosses » affirme Gabrielle Deydier. Fréquemment qualifiée « d‘aberration de la nature » elle poursuit en racontant que lors de randonnées au lycée, les professeur.e.s la discriminaient en l’accusant de prendre « la place de quelqu’un de valide. » et que l’infirmière l’avait une fois convoquée pour lui demander si elle se « nettoyait bien les bourrelets ».
Ainsi ces exemples nous montrent que les personnes grosses sont déshumanisées, à tel point que la société en vient à légitimer le fait de leur ordonner comment vivre. En réponse à la grossophobie et aux autres discriminations faites aux minorités visibles, le mouvement body-positive se fait de plus en plus voir et entendre, mais est-il réellement inclusif ?
Célébrons nos beautés dans leurs singularités
Le mouvement body-positive est créé aux Etats-Unis en 1996 par Connie Sobczak et Elizabeth Scott. Cette initiative novatrice prône l’amour et l’estime de soi, questionne les normes de beauté établies par la société (entre autres : la minceur et la blancheur) et lutte pour la célébration de tous les corps. Malheureusement, « le mouvement body-positive, en devenant mainstream, s’est réaligné sur les critères de beauté construits notamment à l’attention des hommes » déclare l’auteure afro-féministe Kiyémis pour Buzzfeed. Il est vrai que #bodypositive tend à mettre en avant des corps qui correspondent aux normes de beauté en vigueur. Ce sont d’ailleurs ces posts qui sont le plus likés sur les réseaux sociaux.
Ainsi, l’initiative body-positive a perdu tout au long des décennies son objectif, à savoir représenter des corps différents afin de faire évoluer le regard et encourager l’estime de soi. C’est pourquoi certain.e.s se tournent vers le mouvement fat-activism, né aux Etats-Unis dans les années 1960, qui dénonce la grossophobie dans la société et affirme que les personnes grosses ont le droit au respect comme tout le monde. Cette initiative fait de l’amour de soi un outil permettant de dénoncer et de critiquer toutes les structures et industries oppressives et discriminantes présentes dans nos sociétés. On montre des corps gros et on célèbre leur beauté.
De plus en plus d’initiatives en faveur de l’inclusion des personnes grosses voient le jour. C’est le cas du collectif Gras Politique qui vise à politiser le combat contre la grossophobie et à donner un espace de parole aux personnes qui en souffrent au quotidien. L’une de ses premières actions a été la mise en place de cours de « Yogras ». Il s’agit de cours de yoga réservés aux femmes voulant pratiquer une activité en communauté dans un cadre bienveillant, décontracté et respectueux. Les séances sont ouvertes à toutes les morphologies et les prix sont fixés en fonction des moyens financiers de chacune. Les positions enseignées sont adaptées selon la morphologie des participantes afin que chaque femme puisse se sentir inclue et non pas discriminée.
Si de plus en plus de célébrités grosses, telles que Gabourey Sidibé de la série Precious ou Léna Dunham de la série Girls se mobilisent pour dénoncer le « Fat shaming » et encourager les femmes à s’aimer et s’accepter telles qu’elles sont, l’évolution des mentalités sur les personnes grosses ne se fera pas du jour au lendemain. Néanmoins, nous devons accueillir avec joie et fierté les initiatives entreprises ces dernières années et continuer à lutter contre la grossophobie ainsi que toute autre forme de discrimination, afin que les futures générations grandissent dans une société respectueuse avec des modèles qui les représentent et qui leur permettent de se sentir incluses.
Djéné DIANÉ
SITOGRAPHIE
Crédits images :
Image de couverture : https://www.yesmagazine.org/people-power/unapologetically-fat-a-challenge-to-how-we-see-womens-bodies-20171030
Image 1 : https://www.fourchette-et-bikini.fr/maigrir-par-zone/comment-avoir-une-taille-fine-28791.html
Image 2 : https://edition.cnn.com/2013/05/23/living/abercrombie-attractive-and-fat/index.html
Image 3 & 4 : https://graspolitique.wordpress.com/liste-non-safe/
Image 5 : https://www.instagram.com/explore/tags/bodypositive/
SOURCES
https://soundcloud.com/nouvelles-ecoutes/2-a-corps-ouverts
https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-diktat-des-apparences
http://sante.lefigaro.fr/article/obesite-le-suivi-est-crucial-apres-une-chirurgie-bariatrique/
https://www.buzzfeed.com/kiyemis/comment-je-me-suis-eloignee-du-mouvement-body-positive
https://next.liberation.fr/vous/2017/02/05/body-positive-quand-l-amour-propre-prend-corps_1546478
http://cheekmagazine.fr/societe/gras-politique-grossophobie/
Genre et communication
Élisabeth Borne, le pouvoir sans théâtre : portrait d’une femme d’État qui s’éloigne de Renaissance
Published
3 semaines agoon
07/05/2026
Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas un simple épisode d’appareil. Bien sûr, l’actualité immédiate est politique : l’ancienne Première ministre a annoncé se retirer des instances du parti en expliquant ne plus se reconnaître dans sa ligne actuelle, tout en restant adhérente, selon France 24 et Le HuffPost. Mais ce retrait dit surtout quelque chose d’elle : de sa manière d’exercer le pouvoir, de sa difficulté avec la mise en scène partisane, et d’un parcours qui n’a jamais ressemblé à celui d’une professionnelle classique de la politique.
Car Élisabeth Borne n’a jamais été une figure de séduction politique au sens contemporain du terme. Pas de storytelling chaleureux soigneusement calibré, pas de goût marqué pour l’hyperprésence médiatique, pas de personnage public construit autour d’un style. Son itinéraire est ailleurs : dans l’État, dans les transports, dans l’administration, dans le travail technique, dans la gestion de dossiers lourds, dans une forme de sérieux presque raide devenue sa signature.
À l’heure où elle s’éloigne de la direction de Renaissance, ce n’est donc pas seulement un mouvement interne à la macronie qu’il faut regarder. C’est aussi le portrait d’une femme de pouvoir qui, depuis des années, avance sans folklore, souvent sans affect apparent, et presque toujours à rebours des codes attendus d’une femme politique “bankable”.
Un départ de Renaissance qui ressemble à une clarification

Le fait est désormais acté : Élisabeth Borne a choisi de quitter la direction de Renaissance, en invoquant un désaccord avec la ligne portée par Gabriel Attal et avec le fonctionnement interne du parti. D’après France 24, elle a annoncé vouloir se mettre en retrait du bureau exécutif et démissionner du Conseil national, tout en restant simple adhérente. Le Figaro rapporte la même logique : elle dit ne plus se retrouver complètement dans une ligne qu’elle juge insuffisamment débattue.
Mais, au fond, ce départ n’a rien d’invraisemblable. Il prolonge une tension plus ancienne entre Élisabeth Borne et l’évolution de la galaxie macroniste. Elle a longtemps incarné une forme de macronisme gestionnaire, technicien, réformiste, mais relativement peu spectaculaire. Or la politique contemporaine récompense souvent l’incarnation rapide, la personnalisation forte, l’agilité médiatique, le rapport direct à l’opinion. Sur ce terrain-là, Borne n’a jamais semblé parfaitement à l’aise.
Son retrait de Renaissance ne marque donc pas seulement un désaccord tactique. Il éclaire une constante de son parcours : Élisabeth Borne est plus à l’aise dans la conduite que dans la conquête, plus dans la structure que dans la dramaturgie, plus dans l’État que dans le parti.
Une formation d’excellence, un parcours forgé dans la haute administration
Pour comprendre cette singularité, il faut repartir du début. Élisabeth Borne appartient à cette génération de hauts fonctionnaires passés par les grandes écoles de la République, avec une formation scientifique et administrative exigeante. Diplômée de Polytechnique et des Ponts et Chaussées, elle se construit d’abord dans les institutions, bien avant de devenir une figure électorale ou partisane.
Son parcours passe par les grands circuits de l’action publique : ministère de l’Équipement, administration, cabinets ministériels, transport, urbanisme, préfectorale, entreprises publiques. Elle travaille à la SNCF, rejoint ensuite Eiffage, dirige l’urbanisme de la Ville de Paris, devient préfète, puis prend la tête de la RATP avant son entrée au gouvernement. Ce trajet, rappelé par plusieurs biographies de référence comme Challenges ou Gala, dit déjà l’essentiel : Borne vient d’un monde où l’autorité se gagne moins par le charisme que par la compétence, la résistance et la maîtrise des dossiers.
C’est aussi ce qui explique son style. Chez elle, la politique n’est jamais apparue comme une aventure de récit personnel. Elle ressemble davantage à une prolongation de l’appareil d’État. Là où d’autres fabriquent une identité publique, elle installe une réputation : travailleuse, austère, sérieuse, parfois rugueuse.
Avant Matignon, une ascension par les dossiers plus que par les réseaux
L’entrée d’Élisabeth Borne dans le premier cercle du pouvoir ne se fait pas par un enracinement partisan ancien. Elle n’est ni une élue locale patiemment montée, ni une tribuneuse, ni une figure militante. Elle s’impose d’abord comme une femme de dossiers. Sous Emmanuel Macron, elle devient successivement ministre chargée des Transports, puis ministre de la Transition écologique, puis ministre du Travail.
Ce parcours ministériel est révélateur. On lui confie rarement des ministères de pure représentation. On lui confie des zones à forte intensité technique et à haut risque politique : les transports, l’écologie réglementaire, le travail, les réformes sociales. Cela dit quelque chose de la place qu’elle occupe dans le système : celle d’une exécutante de haut niveau, capable d’encaisser les conflits, de tenir une ligne, et de traverser la tempête sans spectaculaire effondrement.
Cette solidité lui ouvre Matignon en 2022. Sa nomination comme Première ministre fait alors événement pour une raison institutionnelle majeure : elle devient la deuxième femme à occuper cette fonction sous la Ve République après Édith Cresson. Mais le symbole, bien réel, ne doit pas masquer la matière politique du moment. Borne arrive à Matignon dans une période de forte instabilité, sans majorité absolue claire, avec une conflictualité sociale élevée et un quinquennat déjà entré dans sa phase la plus délicate.
À Matignon, la figure de la résistance plus que celle de la popularité

C’est sans doute à Matignon que l’image publique d’Élisabeth Borne se cristallise vraiment. Son passage restera associé à un usage répété du 49.3, aux budgets difficiles, à la réforme des retraites, à la gestion d’une majorité relative et à une usure politique permanente.
On a beaucoup décrit Élisabeth Borne comme “technocrate”, parfois comme “froide”, parfois comme “raide”. Mais ces mots, souvent employés comme des reproches, méritent d’être relus. Dans la vie politique française, les hommes de pouvoir qualifiés de durs ou de verticaux sont fréquemment perçus comme solides. Les femmes, elles, sont plus vite ramenées à un déficit supposé d’empathie, de chaleur ou d’incarnation. Le cas Borne a souvent révélé cette asymétrie.
Cela ne signifie pas qu’elle échappe à la critique. Son passage à Matignon a aussi laissé l’image d’une Première ministre qui peinait parfois à transformer la rigueur en récit collectif. Elle a tenu, mais elle a rarement enthousiasmé. Elle a résisté, mais rarement fédéré. Elle a gouverné, mais sans produire l’adhésion émotionnelle qu’exige désormais la politique-spectacle.
Et pourtant, c’est précisément ce qui rend son profil intéressant. Élisabeth Borne incarne une forme de pouvoir non glamour, non sentimental, presque anti-narratif. Dans un monde politique saturé de communication, elle a longtemps donné le sentiment de croire encore à la densité des notes, à la mécanique institutionnelle et à la discipline du travail.
Une femme politique qui n’a jamais vraiment joué le jeu de la séduction publique
Pour un site comme Fais pas genre, il y a ici quelque chose de plus profond qu’une simple biographie. Le cas Élisabeth Borne raconte aussi la difficulté française à regarder les femmes de pouvoir autrement qu’à travers des codes contradictoires.
On reproche souvent aux responsables politiques femmes d’être soit trop dures, soit trop faibles ; trop lisses, soit trop tranchantes ; trop techniciennes, soit trop médiatiques. Borne a cristallisé ce paradoxe. Parce qu’elle n’a jamais cherché à jouer la proximité performative, elle a souvent été lue comme distante. Parce qu’elle ne s’est pas coulée dans les attendus d’une figure politique chaleureuse, elle a parfois été renvoyée à une forme d’inconfort symbolique.
En cela, son parcours est révélateur. Élisabeth Borne n’a pas seulement gravi des échelons dans un univers dominé par des logiques masculines du pouvoir. Elle l’a fait sans se remaquiller politiquement pour rassurer. Elle n’a jamais semblé vouloir adoucir son image pour la rendre plus facilement consommable. Ce refus apparent de la séduction politique est peut-être aussi ce qui la rend moins “pop”, mais plus singulière.
Son retrait du parti ne signifie pas la fin de sa trajectoire
Quitter la direction de Renaissance ne veut pas dire disparaître. Les éléments rapportés par France 24 montrent au contraire qu’Élisabeth Borne souhaite désormais se consacrer davantage à “Bâtissons ensemble”, la structure qu’elle a créée pour porter des propositions et rassembler au-delà du strict cadre partisan.
Là encore, ce choix est cohérent avec son histoire. Borne n’a jamais paru fascinée par l’appareil pour lui-même. Elle a cherché le pouvoir, bien sûr, mais souvent comme levier d’action plus que comme scène d’expression. Son retrait des instances peut alors se lire comme une manière de retrouver un espace moins contraint par la compétition de leadership, moins soumis à la personnalisation permanente.
Il faut aussi noter que sa trajectoire ne se réduit pas à l’opposition avec Gabriel Attal. Ce départ raconte surtout une divergence de style, de méthode et d’époque. Entre une politique de structuration et une politique d’incarnation, Borne semble choisir la première, quitte à paraître moins audible dans un moment qui survalorise la seconde.
Ce que le parcours d’Élisabeth Borne dit du pouvoir aujourd’hui

Au fond, Élisabeth Borne occupe une place particulière dans la politique française contemporaine. Elle n’est pas une héroïne populaire, ni une grande oratrice, ni une bête d’appareil, ni une vedette médiatique. Elle est autre chose : une femme d’État façonnée par l’administration, les transports, la décision publique, la réforme, l’endurance.
Son parcours rappelle qu’il existe encore, au sommet de l’État, des trajectoires construites moins sur la conquête spectaculaire que sur la persévérance institutionnelle. Mais il montre aussi les limites de ce modèle dans une démocratie saturée par l’instant, l’image et la compétition des ego.
En quittant la direction de Renaissance, Élisabeth Borne ferme peut-être un chapitre. Pas forcément celui de son influence, mais celui d’une appartenance organique à une maison politique qui, visiblement, ne lui ressemble plus tout à fait. Son itinéraire, lui, reste celui d’une femme qui n’a jamais confondu autorité et séduction, présence et agitation, pouvoir et théâtre.
Le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance n’est pas seulement un fait politique. C’est un révélateur. Il remet au premier plan le portrait d’une femme publique dont le parcours tranche dans un paysage obsédé par l’incarnation, la vitesse et la communication.
De Polytechnique à Matignon, de la RATP aux ministères régaliens de la réforme sociale, Élisabeth Borne a construit une carrière d’une rare densité, souvent dans la difficulté, presque toujours dans la maîtrise. Elle n’a jamais vraiment séduit la France politique au sens médiatique du mot. Mais elle a imposé autre chose : une forme de puissance sans folklore, de sérieux sans séduction obligatoire, de pouvoir sans théâtre.
Et c’est peut-être pour cela que son retrait de Renaissance ressemble moins à une disparition qu’à une cohérence retrouvée.
FAQ
Pourquoi Élisabeth Borne quitte-t-elle la direction de Renaissance ?
Elle explique ne plus se reconnaître complètement dans la ligne actuelle du parti et critique un fonctionnement interne où les orientations ne seraient pas assez débattues, tout en restant adhérente.
Quel est le parcours d’Élisabeth Borne avant Matignon ?
Avant de devenir Première ministre, Élisabeth Borne a mené une carrière dans la haute administration, les transports et les entreprises publiques, notamment à la SNCF et à la RATP, avant d’être ministre des Transports, de la Transition écologique puis du Travail.
Pourquoi Élisabeth Borne a-t-elle une image politique à part ?
Parce qu’elle incarne une forme de pouvoir très technicienne, discrète et peu théâtrale. Elle s’est imposée davantage par la maîtrise des dossiers et l’endurance que par la communication ou le charisme médiatique.
Entreprise
Magali Berdah, la femme qui a révolutionné le marketing d’influence en France
Published
3 ans agoon
21/04/2023
Magali Berdah est une femme d’affaires qui a su saisir les opportunités offertes par le phénomène des influenceurs, ces personnalités qui comptent des millions de fans sur les réseaux sociaux. Depuis 2017, elle dirige l’agence Shauna Events, qui représente des stars de la téléréalité et des artistes comme Nabilla, Jessica Thivenin, Vitaa ou Gims. Mais qui est vraiment cette femme de 40 ans qui a fait la couverture du magazine Forbes en 2021 ? Voici son parcours, ses succès et ses controverses.
De courtière en assurances à agente des influenceurs
Magali Berdah n’a pas toujours travaillé dans le milieu du show-business. Originaire de Saint-Tropez, elle commence sa carrière comme vendeuse puis devient courtière en assurances et mutuelles à l’âge de 20 ans. Elle crée sa propre société dans ce domaine, mais celle-ci fait faillite en 2016. C’est à ce moment-là qu’elle décide de se reconvertir dans le marketing d’influence, un secteur encore peu développé en France.
Voici une vidéo montrant Magali Berdah parlant du monde des influenceurs en France :
Elle se rapproche alors de plusieurs candidats de téléréalité, qu’elle connaît personnellement ou via les réseaux sociaux. Elle leur propose de monétiser leur image en faisant du placement de produits pour des marques. Elle crée ainsi son agence Shauna Events en janvier 2017, avec une dizaine de clients. Très vite, son portefeuille s’étoffe et elle devient l’agente des plus grands influenceurs français, qui cumulent des millions d’abonnés sur Instagram, Snapchat ou TikTok.
Une femme d’affaires influente et médiatique
Le succès de Magali Berdah ne passe pas inaperçu. En 2018, elle s’associe avec Stéphane Courbit et sa société de production Banijay, qui rachète 50% de Shauna Events. La même année, elle devient présentatrice sur W9, pour l’émission de téléréalité Les princes et les princesses de l’amour. Elle rejoint également l’équipe de chroniqueurs de Cyril Hanouna, dans son émission Touche pas à mon poste sur C8.
Magali Berdah est également très présente sur les réseaux sociaux, où elle compte près d’un million d’abonnés sur Instagram. Elle partage son quotidien, ses voyages, ses rencontres avec les célébrités qu’elle représente ou qu’elle admire. Elle n’hésite pas à prendre la parole sur des sujets qui lui tiennent à cœur, comme le harcèlement en ligne ou la politique. En 2021, elle a même lancé sa chaîne YouTube, sur laquelle elle propose des interviews avec les candidats à l’élection présidentielle de 2022.

Une femme controversée et critiquée
Le parcours de Magali Berdah n’est pas sans polémiques. Elle est régulièrement accusée de favoriser des pratiques commerciales trompeuses ou illégales, en faisant la promotion de produits douteux ou d’arnaques via les influenceurs qu’elle gère. Elle est notamment visée par une enquête du parquet de Paris pour “tromperie aggravée” et “pratiques commerciales trompeuses”, suite à un reportage de Complément d’enquête diffusé sur France 2 en septembre 2021.
Elle est également critiquée pour son manque de déontologie journalistique, lorsqu’elle réalise des interviews politiques sur sa chaîne YouTube. Son premier épisode consacré à Eric Zemmour a été jugé “complaisant” et “partial” par de nombreux internautes et professionnels des médias. Elle a également été épinglée pour avoir diffusé une fausse information selon laquelle Emmanuel Macron aurait refusé de la rencontrer.
Magali Berdah est une femme qui divise autant qu’elle fascine. Elle a su s’imposer comme une figure incontournable du marketing d’influence en France, en accompagnant des personnalités qui touchent un large public, notamment les jeunes.
Actualité
Egalité : le Collège Sévigné reçoit l’association Band of Sisters
Le Collège Sévigné, démontre, une fois de plus, son engagement régulier envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant une nouvelle rencontre avec l’association Band of Sisters.
Published
3 ans agoon
03/04/2023
La violence faite aux femmes est un sujet brûlant et malheureusement, toujours d’actualité. C’est pourquoi, dans le cadre de ses actions régulières pour l’égalité entre les femmes et les hommes, le Collège Sévigné à Paris organise une nouvelle rencontre entre ses élèves de 4ème et de 2nde et l’association Band of Sisters. But de cette rencontre : sensibiliser les jeunes garçons et filles aux violences faites aux femmes. Mathieu Palain, écrivain et journaliste, ainsi que Cécile Lehanneur, présidente de l’association, seront présents pour échanger avec les élèves sur le dernier ouvrage de M. Palain, “Nos pères, nos frères, nos amis”.
La violence faite aux femmes est un fléau qui touche toutes les couches de la société. Le Collège Sévigné a donc jugé important d’informer ses élèves sur ce sujet sensible. L’association Band of Sisters a, quant à elle, présenté son action contre les violences faites aux femmes et leur soutient aux victimes. Les élèves ont pu ainsi comprendre l’ampleur de ce fléau et lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes.
Mathieu Palain, écrivain et journaliste, participera également à cette rencontre. Il partagera avec les élèves son dernier ouvrage qui traite de la relation entre les hommes et les femmes. Il appelle ainsi les jeunes à adopter une attitude responsable face à la violence faite aux femmes. Les élèves pourront également participer à des ateliers interactifs pour mieux comprendre le phénomène de violence. Ils auront ainsi la possibilité de réfléchir et exprimer leur ressenti et/ou évoquer des exemples concrets de violence dans leur quotidien.
La rencontre se déroule dans un climat de respect mutuel et de bienveillance. Comme à chaque réunion de sensibilisation organisée par l’établissement scolaire parisien, les élèves pourront poser des questions et manifester leur envie d’en savoir plus sur le sujet. La rencontre leur permettra d’ouvrir les yeux sur les préjugés et les stéréotypes liés à la violence faite aux femmes.
Le Collège Sévigné, historiquement une école de filles, démontre une fois de plus – s’il en était besoin – son engagement envers l’égalité entre les femmes et les hommes en organisant cette rencontre avec l’association Band of Sisters.
Toutes les écoles devraient sans doute suivre cet exemple qui ne doit pas être réservé aux seuls grands établissements parisiens. Les élèves sont ainsi sensibilisés à l’importance de lutter contre les violences faites aux femmes en étant sensibilisés et informés sur le sujet. Il est important de continuer à mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes pour lutter contre ce fléau qui touche notre société comme le fait, depuis près de dix ans, le Collège Sévigné. Il prend sa pleine part à la lutte contre la violence faite aux femmes et permet aux élèves de prendre conscience de leur propre responsabilité dans cette lutte.
En savoir plus : https://www.collegesevigne.org/actualite/egalite-femmes-hommes-prevention-contre-les-violences-faites-aux-femmes/
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