Il y a des transformations qui ne font pas de bruit. Pas de couverture dans Les Échos, pas de conférence TED, pas de livre blanc. Juste des résultats, construits patiemment, institution après institution, sur trente ans de terrain. Sandra Bouscal est de celles-là — une dirigeante qui a profondément reconfiguré la façon dont les universités françaises vont chercher de l’argent privé, sans jamais en faire une posture.
Son nom circule dans les cercles du fundraising institutionnel. Il devrait circuler bien au-delà.
Le mécénat universitaire, un monde encore dominé par les réflexes anciens
Pendant longtemps, la levée de fonds dans l’enseignement supérieur français a reposé sur deux piliers fragiles : le carnet d’adresses et la bonne volonté. On nommait à la tête des fondations des personnalités bien connectées, on envoyait des appels aux dons aux anciens élèves, on signait des partenariats avec des entreprises locales contre une plaquette et une invitation au gala annuel.
Ça fonctionnait, à la marge. Ça ne transformait rien. Ce mouvement de fond qui constitue la révolution du mécénat universitaire français a nécessité des professionnels capables de passer au niveau supérieur.
Sandra Bouscal a été l’une des premières en France à poser une question simple, et dérangeante : et si on faisait ça sérieusement ?
Un apprentissage à l’école de la méritocratie
Son parcours commence loin des grandes écoles. Diplômée de Novancia, elle débute chez L’Oréal dans le marketing des parfums Giorgio Armani. Trois ans plus tard, elle s’ennuie. Son directeur — un ancien de l’INSEAD — lui souffle une idée. Elle postule. Elle est prise.
À Fontainebleau, Sandra Bouscal découvre un monde où les diplômes comptent moins que ce qu’on fait avec. Elle rejoint le département des relations extérieures de l’INSEAD, apprend le fundraising de l’intérieur, et ne s’arrêtera plus. Onze ans dans cette école pionnière, deux campagnes majeures, une formation aux meilleures pratiques internationales.
Ce que l’INSEAD lui apprend, surtout, c’est que lever des fonds n’est pas une question de charme ou de réseau. C’est une discipline. Une science du récit, de la patience et de la proposition de valeur.
HEC, Lausanne, et l’art de demander à la hauteur
En 2007, Sandra Bouscal co-pilote la première grande campagne de fundraising de HEC Paris. Résultat : 112 millions d’euros collectés en six ans, auprès d’entreprises et de particuliers. Une première dans l’histoire de l’école.
Elle part ensuite à l’IMD de Lausanne. L’école s’apprête à solliciter Cisco pour 3 millions de francs suisses. Sandra Bouscal regarde le dossier, écoute les équipes, mesure le potentiel. Elle dit non — pas 3 millions. 10 millions. Pour créer un centre de transformation digitale, pas une simple chaire. L’école hésite. Elle insiste. Cisco dit oui.
Les institutions sous-estiment presque toujours ce qu’elles valent. Mon travail, souvent, c’est simplement de leur donner la permission de demander à la hauteur.
Sandra Bouscal à Dauphine : le chantier le plus difficile
En 2017, Sandra Bouscal prend la direction de la Fondation de l’Université Paris-Dauphine. Ce qu’elle y trouve a de quoi décourager : 18 personnes, 2 millions d’euros collectés par an, et une fondation qui a progressivement glissé hors de sa mission. Au lieu de collecter des fonds, elle gère des postes opérationnels, rend des services aux laboratoires, accumule des fonctions qui ne sont pas les siennes.
La première décision de Sandra Bouscal est la plus contre-intuitive : réduire l’équipe avant d’accélérer la collecte. De 18 à 10 collaborateurs, recentrés sur un seul objectif. Pas par économie — par clarté.
Une fondation a un rôle : aller chercher des fonds et garantir qu’ils sont bien utilisés. Dès qu’elle fait autre chose, elle se dilue.
Les résultats parlent d’eux-mêmes. En 2022, la Fondation Dauphine collecte 4 millions d’euros — le double du point de départ. Trois dons à 500 000 euros sont obtenus, une première absolue dans l’histoire de l’université. L’équipe est deux fois plus petite. La performance est deux fois plus grande. Elle a retracé ces six ans de transformation à Dauphine sur son blog.
Ce que Sandra Bouscal dit que personne d’autre n’ose dire
Dans un milieu qui aime les grandes promesses, Sandra Bouscal pratique une forme rare de franchise. Elle dit que le réseau ne suffit pas — qu’une institution qui n’a pas de projet transformateur clair n’obtiendra jamais de grands dons, quels que soient ses contacts.
Elle dit que les entreprises deviennent de plus en plus exigeantes et transactionnelles — et que certaines institutions acceptent des partenariats à zéro euro contre une simple mention dans un programme, ce qui est une erreur stratégique majeure.
Elle dit, surtout, qu’il n’y a pas de formule magique. Selon le Baromètre Admical 2024, 172 000 entreprises mécènes agissent en France — mais chaque institution doit construire sa propre approche, sans copier-coller.
COMÈTE Conseil : transmettre ce que trente ans de terrain ont appris
Depuis 2023, Sandra Bouscal accompagne d’autres institutions à travers COMÈTE Conseil. Neoma Business School, le château de Fontainebleau, plusieurs fondations de santé. Des contextes différents, une même méthode : des ateliers terrain réguliers, un accompagnement opérationnel hebdomadaire, une stratégie construite sur mesure.
À rebours des grands cabinets de conseil qui facturent des études et disparaissent, Sandra Bouscal reste dans la durée. C’est peut-être ce qui la distingue le plus — cette conviction que le fundraising, comme la philanthropie, se construit dans le temps long. Relation par relation. Don par don.
Trente ans après avoir poussé la porte de l’INSEAD, Sandra Bouscal a contribué à faire entrer l’enseignement supérieur français dans l’ère de la philanthropie professionnelle. Discrètement, méthodiquement, efficacement.
Médiator, Dépakine, prothèses mammaires Pip, on ne compte plus les désastres sanitaires qu’ont pu provoquer ces trois médicaments. Spécialisé dans la santé depuis 2013, Gabriel Combris, un journaliste d’investigation, vous plonge dans une enquête inquiétante et alarmante concernant ces trois médicaments qui ont entraîné la mort ou divers problèmes de santé de nombreuses victimes. Le point avec le journaliste d’investigation Gabriel Combris.
Gabriel Combris : Le médiator, un médicament détourné de son usage
Quel est donc ce médicament qui a fait parler de lui dans la presse ? Quel est le scandale du médiator ? Gabriel Combris a mené mon enquête et vous révèle tout !
Un coupe-faim qui amène vers la fin
Mis au point par les laboratoires Servier, ce médicament a été commercialisé pour la première fois en 1976. Cet antidiabétique a été prescrit à de nombreuses reprises comme un anorexigène, un coupe-faim. Pratique si l’on veut perdre du poids cependant, le médiator cause de graves effets secondaires. Il est retiré du marché français en 2009. En effet, ce médicament est accusé d’avoir entraîné la mort de 1 000 à 2 000 personnes, sans compter les personnes qui sont encore vivantes, mais qui souffrent des conséquences des effets secondaires.
La vérité éclate dans la presse
Après avoir enquêté pendant presque 10 ans sur les effets cardiaques, une pneumologue au CHU de Brest lance l’alerte en 2007 sur les dangers du Médiator. Elle signale à l’agence du médicament des cas de valvulopathies cardiaques. En 2009, l’Afssaps fait retirer le médiator et ses génériques de la vente en pharmacie française. L’affaire du médiator tourne au scandale sanitaire. Le ministre de la Santé de l’époque, Xavier Bertrand recommande aux patients ayant été traités par ce médicament de consulter leur médecin.
Le procès
Le lundi 29 mars 2021, soit dix années après l’arrêt à la vente en France du médiator, le tribunal de Paris a rendu son jugement :
Les laboratoires Servier doivent verser plus de 180 millions d’euros aux victimes
L’ex numéro deux de Servier, Jean-Philippe Seta, a été condamné à quatre ans de prison avec sursis ainsi qu’une amende de 90 600 euros. Le numéro un, Jacques Servier, est décédé en 2014.
Accusés de conflits d’intérêts, des anciens cadres des autorités de santés ont également été condamnés à de la prison avec sursis et des amendes.
Pour avoir tardé à suspendre la commercialisation du médicament, et ce, malgré l’alerte lancée par Irène Frachon, l’Agence nationale du médicament a été condamnée de 303 000 euros d’amende.
Gabriel Combris : La Dépakine, responsable de nombreuses déformations in utérus
Qu’est ce que la Dépakine ?
Formulée à base de Valproate de sodium, explique Gabriel Combris, la Dépakine est un médicament commercialisé depuis 1967 et prescrit en cas de convulsions liées à la fièvre chez l’enfant, de troubles bipolaires ou d’épilepsie. Ce médicament se présente sous diverses formes : en sirop, en comprimés et en solution buvable.
Un scandale qui commence en 2015
Gabriel Combris : “Une première famille dépose plainte contre ceux qui produisent la Dépakine, le laboratoire Sanofi. Leur avocat, qui défend une trentaine de famille contre ce laboratoire, dénonce les prescriptions jusqu’en 2010 alors que les effets secondaires étaient connus en 1980.”
Sanofi et l’Agence nationale du médicament ont fait preuve d’une faible réactivité concernant ce médicament qui présentait des risques très importants pour les patientes enceintes (malformations congénitales, retards chez l’enfant, risque élevé d’autisme, …).
En 2020, l’agence du médicament et le laboratoire Sanofi sont mis en examen pour “homicides involontaires” rappelle Gabriel Combris.
Quels sont les résultats du procès ?
Le 5 janvier 2021, relate Gabriel Combris, Sanofi est jugé responsable d’un manque d’information sur les risques de la Dépakine. Suite à cette décision, le tribunal de Nanterre a condamné le laboratoire Sanofi, le jeudi 12 mai 2022, à verser 450 000 euros à une famille pour un manque d’information sur la notice. Cette affaire est la première d’une longue série. En effet, une action de groupe a été lancée en 2017 par l’association Apesac (association d’Aide aux Parents d’Enfants souffrant du Syndrome de l’anti-convulsant ). Suite à cette condamnation, Sanofi a déclaré qu’il comptait faire appel.
Gabriel Combris : Les prothèses mammaires de la société Poly Implant Prothèse (Pip)
Basée à La Seyne-sur-Mer dans le Var, on estime qu’entre 400 000 et 500 000 femmes ont porté des prothèses mammaires Pip dans le monde, dont 30 000 femmes en France. Cette affaire touche Gabriel Combris et lui donne la furieuse envie d’en savoir plus sur les questions de santé en France.
Un scandale international
La société Pip est épinglée par les autorités en 2010 pour avoir rempli ses prothèses mammaires avec du gel en silicone artisanal non-conforme par souci d’économie. En 2021, soit 11 ans après, la cour d’appel de Paris vient enfin de trancher, engageant la responsabilité de la société de certification TÜV Rheinland. La marque allemande, se souvent Gabriel Combris, avait jusqu’ici rejeté la faute sur sa filiale française, expliquant avoir été trompée par Pip. TÜV Rheinland est donc condamné pour manquement aux obligations de vigilance et de contrôle.
Les poursuites pénales contre Pip ont été arrêtées
Le fondateur de Pip, Jean-Claude Mas, a été condamné à Marseille en 2013, puis en appel en 2016 à 75 000 euros ainsi que quatre ans de prison ferme pour tromperie aggravée et escroquerie. Malgré cette décision de justice, Jean-Claude Mas n’a passé que huit mois en prison. Il aura vendu près d’un million de prothèses mammaires Pip dans le monde. Pour autant, les poursuites contre son entreprise ont pris fin lorsque Jean-Claude Mas est mort en 2019.
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