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Emilie Manima, première femme ministre au Congo : itinéraire d’une pionnière, entre service public, santé maternelle et humilité

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Emilie Manima n’est pas seulement un nom inscrit dans l’histoire politique congolaise : c’est un repère, une date, une rupture. Décédée à Brazzaville le 11 février 2026 à un âge avancé (les hommages publics la situent autour de 89–90 ans), elle laisse l’image d’une femme de devoir, à la fois sage-femme de formation et première Congolaise à entrer au gouvernement. Sa trajectoire dit quelque chose d’essentiel sur la possibilité, même dans les contextes les plus verrouillés, de faire bouger les lignes par la compétence, la constance et une éthique profondément tournée vers l’autre.

Emilie Manima : une figure historique, la première femme ministre au Congo

L’événement fondateur de la vie publique d’Emilie Manima tient en une phrase : elle est la première femme ministre au Congo. Sa nomination, intervenue le 9 janvier 1975, la fait entrer dans l’histoire institutionnelle du pays, puisqu’elle rejoint le gouvernement au poste de ministre des Affaires sociales, sous la présidence de Marien Ngouabi. Cette information est reprise dans des récits d’hommage publiés à l’occasion de ses obsèques, qui rappellent à la fois la date, la fonction et la portée symbolique de ce choix politique : ouvrir la porte du gouvernement à une femme, après une longue période où les cabinets ministériels demeuraient exclusivement masculins.

Sur ce point, plusieurs sources de presse convergent :

Dès lors, écrire sur Emilie Manima, c’est écrire sur un avant et un après : avant elle, l’idée même d’une femme ministre relevait de l’exception impensée ; après elle, l’exception devient possible, puis progressivement pensable, et enfin revendiquée.

De la sage-femme à la ministre : la légitimité par le métier et par le terrain

Un élément éclaire sa crédibilité : Emilie Manima est sage-femme de profession. Cette donnée, loin d’être anecdotique, donne un relief particulier à sa nomination aux Affaires sociales. On peut y voir une cohérence : confier le social à une femme ayant appris, dans la pratique médicale, à accompagner les moments les plus vulnérables de la vie (naissance, maternité, soins, prévention).

Dans les récits qui lui rendent hommage, cette identité professionnelle revient comme une signature : Emilie Manima n’est pas décrite comme une personnalité uniquement “politique”, mais comme une femme dont l’autorité s’enracine dans le réel, dans le service, dans la proximité avec les corps et les situations. Cela explique en partie l’admiration persistante : on lui attribue moins une posture qu’une utilité.

Cette trajectoire rappelle une vérité souvent oubliée : dans de nombreux pays, les grandes figures de l’action publique ne viennent pas seulement des appareils partisans, mais aussi des métiers de soin, d’éducation et d’encadrement social—des métiers où l’on apprend à écouter avant de décider.

1975 : une nomination qui change la grammaire du pouvoir

Être la première femme ministre n’est pas qu’une médaille. C’est un poids, parfois un piège : celui d’être scrutée, attendue au tournant, jugée non comme une personne, mais comme un symbole. Emilie Manima a dû composer avec cette tension. Sa présence au gouvernement, en 1975, est à la fois une avancée pour les femmes et une responsabilité supplémentaire : prouver qu’une femme n’est pas une parenthèse, qu’elle peut tenir un portefeuille, porter une administration, et incarner l’État.

Les articles d’hommage la présentent précisément comme une femme qui “osa franchir le pas” et qui a “brisé les barrières” de l’inégalité au niveau gouvernemental (formulations reprises dans les récits de cérémonie et de presse) : Les Echos du Congo-Brazzaville, Matin Libre Congo.

Ce qui compte, ici, n’est pas de réécrire une légende : c’est de comprendre la portée d’un geste politique. Une première nomination féminine agit comme un test : si la femme échoue, on conclura “ce n’est pas fait pour elles” ; si elle réussit, on ouvre une brèche. Emilie Manima a incarné cette brèche—et, à en juger par la solennité des hommages, elle l’a incarnée durablement.

1978 : la santé maternelle et infantile, ou la continuité d’une vocation

Après l’expérience ministérielle, Emilie Manima se voit confier, le 11 mars 1978, une fonction orientée vers la prévention et l’avenir : elle est nommée directrice de la santé maternelle et infantile et de l’éducation pour la santé (information relayée et détaillée dans le témoignage publié par L’Horizon Africain).

Cette étape dit quelque chose de profond : son histoire n’est pas celle d’une femme “arrivée” puis retirée. C’est celle d’une continuité entre le soin et l’État. La maternité et l’enfance sont des sujets qui traversent les générations ; s’y consacrer, c’est travailler sur le temps long, sur les comportements, sur l’éducation, sur l’accès aux services. À ce titre, la santé maternelle et infantile n’est pas un domaine technique parmi d’autres : c’est une politique de civilisation, parce qu’elle touche à la survie, à la dignité et à l’égalité.

En associant “santé maternelle et infantile” et “éducation pour la santé”, on devine une philosophie : ne pas se limiter à soigner, mais prévenir, expliquer, former—mettre la connaissance dans les mains des familles.

L’amour : une manière de gouverner sans écraser

Les textes rendant hommage à Emilie Manima ne la réduisent pas à une carrière. Ils la décrivent par des vertus, et d’abord par une : l’amour. Dans le témoignage publié par L’Horizon Africain, l’amour n’est pas sentimental ; il est relationnel et social. C’est la capacité de créer du lien, de le maintenir malgré les années, de faire sentir aux autres qu’ils comptent.

Cet aspect est central pour un portrait SEO de Emilie Manima, parce qu’il explique pourquoi son nom revient au moment de sa disparition : non seulement pour ce qu’elle a été, mais pour ce qu’elle a fait ressentir. Une ministre peut laisser des dossiers ; une femme comme elle laisse des attachements, des fidélités, des souvenirs de chaleur humaine.

On peut même y lire une leçon de leadership : l’autorité peut être ferme, mais elle n’a pas besoin d’être froide. Emilie Manima semble avoir exercé une forme de pouvoir non pas conquérant, mais protecteur.

L’humilité : la force tranquille d’une femme d’État

La seconde vertu qui ressort des hommages est l’humilité. Là encore, l’idée est précieuse : dans l’espace public, l’humilité est parfois prise pour un manque d’ambition. Chez Emilie Manima, elle apparaît plutôt comme une discipline intérieure : ne pas se mettre au-dessus, rester du côté du service, refuser les louanges excessives.

Le témoignage repris par L’Horizon Africain cite une pensée attribuée à Charles de Foucauld sur la “dernière place” comme posture de service. Qu’on partage ou non cette référence spirituelle, elle éclaire un style : Emilie Manima semble avoir porté l’idée que la grandeur, dans la République, se mesure à la capacité de se tenir au plus près des autres, sans écraser.

Cette humilité, dans le récit des proches, va jusqu’à une forme de pudeur : elle n’aimait pas “les coups d’encensoir”. Pourtant, au moment de sa disparition, l’État et la société ont éprouvé le besoin de dire haut ce qu’elle avait incarné : une première, une servante, une référence.

Des obsèques nationales à Brazzaville : reconnaissance officielle et mémoire collective

L’hommage qui lui est rendu donne la mesure de sa place. Selon Les Echos du Congo-Brazzaville, une cérémonie s’est tenue au Palais des Congrès à Brazzaville, en présence du Président Denis Sassou N’Guesso et de nombreuses autorités. Le texte insiste sur la dimension républicaine : drapeau, solennité, gerbes, présence des corps constitués.

Ces détails sont importants : ils montrent que l’histoire d’Emilie Manima est considérée comme une histoire nationale, pas seulement familiale. Dans l’imaginaire public, elle devient une “mère” au sens large : celle qui a ouvert la voie, celle qui a rendu possible.

Matin Libre Congo confirme aussi l’hommage solennel du 20 février 2026, ancrant son départ dans une mémoire institutionnelle, et la présentant comme une figure de l’émancipation féminine.

Pourquoi Emilie Manima reste une référence pour les femmes congolaises

On pourrait croire que “première femme ministre” est un titre qui se fige, comme une date dans un manuel. Mais le titre vit tant qu’il inspire. Emilie Manima incarne un modèle de progression par le sérieux : elle ne semble pas avoir recherché la célébrité, mais elle a accepté la responsabilité. Elle n’a pas fait de sa condition féminine un slogan : elle l’a transformée en preuve.

Son parcours dit aux jeunes générations : l’entrée des femmes dans les plus hautes fonctions ne dépend pas uniquement des discours, mais de la rencontre entre des opportunités politiques et des compétences indiscutables. Emilie Manima a été cette rencontre : la compétence issue du soin, et la décision politique d’ouvrir une porte.

Aujourd’hui encore, la question de la représentation des femmes dans les gouvernements africains se pose en termes de chiffres, de quotas, de stratégies. Son histoire rappelle une dimension complémentaire : la représentation n’est durable que si elle se traduit aussi par une culture de service, une éthique du travail, une proximité avec les réalités sociales.

Emilie Manima, un nom qui signifie “service”

Emilie Manima laisse l’image d’une femme qui a tenu ensemble ce que l’on oppose souvent : le pouvoir et la douceur, l’autorité et l’humilité, la fonction et l’humanité. Première femme ministre au Congo, elle ne s’est pas contentée d’être “la première” : elle a cherché à être utile. Sage-femme de profession, ministre des Affaires sociales en 1975, engagée ensuite dans la santé maternelle et infantile, elle a inscrit sa vie dans une logique de protection des autres—et c’est peut-être la définition la plus simple de la grandeur publique.

Son décès, survenu à Brazzaville le 11 février 2026, a suscité des hommages qui ne relèvent pas de la routine. Ils racontent une femme aimée, respectée, et reconnue comme une pierre de fondation. Dans un monde où l’actualité efface vite les visages, Emilie Manima demeure parce que son passage a ouvert un chemin.

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