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Genre et communication

Je suis Gros.se et alors ?

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« Il y a être grosse socialement et être gros médicalement. Socialement on {devient} grosse plus rapidement, il suffit de dépasser la taille 40 pour qu’une femme {soit} traitée de grosse » Gabrielle Deydier

Dans un monde régi par le racisme, le sexisme, l’islamophobie, l’homophobie et j’en passe, il y a aussi, à mon grand désespoir, la grossophobie. Il y a quelques temps, ma soeur m’a demandé si je trouvais les mannequins « utiles ». Je pense qu’iels pourraient l’être s’iels tendaient à représenter et à incarner la société dans son ensemble, c’est-à-dire une communauté constituée de personnes différentes et donc de beautés différentes. Au lieu de normaliser les différences, le secteur de la mode tend à faire culpabiliser les personnes de manière plus ou moins consciente en participant à la mise en place de certaines normes de beauté que chaque individu.e est contraint d’adopter afin d’être considéré.e comme conventionnellement « normal ».

Qu’est-ce que la grossophobie et comment s’incarne-t-elle dans nos sociétés ?

Il convient tout d’abord de faire une petite mise au point : qualifier une personne de grosse, ce n’est pas de la grossophobie. Si ce terme a toujours été considéré comme péjoratif, selon Gabrielle Deydier, auteure du livre On ne naît pas grosse, les personnes concernées doivent se réapproprier ce terme, car il s’agit d’une description factuelle et non d’une insulte.

Le terme « grossophobie » est un néologisme qui caractérise l’ensemble des comportements haineux et hostiles à l’encontre des personnes grosses, en surpoids ou obèses. Ces personnes sont discriminées sur leur apparence et donc ostracisées de la sphère publique.

Si au XIXème siècle être « bien en chair » était synonyme d’opulence et de richesse, et bien sachez que cette époque est révolue. En effet, nous vivons actuellement dans une société régie par une dictature de l’image qui nous impose des manières de manger, se comporter, s’habiller : de « vivre », tout simplement. Les injonctions sur la beauté promue par les médias et les marques poussent de plus en plus les gens à la détestation de soi et à la remise en question permanente de leur corps. La démocratisation des réseaux sociaux régis par une omniprésence de l’apparence n’a fait que légitimer cette société du paraître dans laquelle chacun.e, en quête de reconnaissance, s’exhibe constamment dans l’espoir de récolter quelques likes, et ainsi être célébré.e et reconnu.e par ses pairs.

L’un des critères de beauté le plus présent dans notre société est celui de la minceur, auquel nous vouons un réel culte. Outre les critères esthétiques, être mince est gage de bonne santé, de réussite sociale, de contrôle et d’entretien de soi ainsi que de dynamisme.

Dans un entretien accordé au journal Libération , Jean-François Amadieu, sociologue français et auteur de l’ouvrage la Société du paraître, les beaux, les jeunes… et les autres, déclare que : « Ces stéréotypes de la beauté idéale apparaissent dès l’enfance. Lorsque l’on montre des images d’enfants minces, de poids moyens ou gros à des petites filles de 3 ans, elles ont une perception très négative des gros – stupides, peu amicaux, laids, ordinaires, peu soignés… – alors qu’elles valorisent les minces – sympas, intelligents, calmes. (…) Quand on fait jouer des filles de 3 à 5 ans avec des poupées, minces, de moyennes corpulences ou bien rondes, le résultat est sans appel : la poupée grosse est affublée de tous les défauts. Les gros, dans nos mentalités, ne correspondent pas au culte de la bonne santé et de la performance. »

Ainsi, l’impact de la grossophobie chez les femmes est d’autant plus important dans la mesure où dans cette société patriarcale, la beauté est la valeur principale d’une femme. Elles sont continuellement objectivées, rabaissées et surtout rappelées par la société à leur corps qui doit être conventionnellement parfait. Ainsi, leur rôle, leur essence même est de plaire. Cette aliénation est particulièrement véhiculée par la presse dite « féminine » dans laquelle la minceur et la beauté sont directement associées à la séduction. On ne compte plus les articles donnant des astuces sur comment « regagner une taille de guêpe », « mincir sans faire de sport », « maigrir vite et bien » afin de réaliser son « bikini body challenge » à l’approche de l’été. D’ailleurs, il semblerait que 80% des chirurgies bariatriques soient pratiquées sur des femmes. Ces interventions visent à modifier le système digestif afin de réduire la quantité d’aliments possibles à absorber (gastrectomie) ou de diminuer l’absorption des aliments ingérés au cours de leur passage dans le tube digestif (by-pass). La journaliste et essayiste Mona Chollet dénonce d’ailleurs dans son essai Beauté fatale cette idéologie du corps parfait qui conditionne les femmes dans un cadre superficiel, les enferme dans un état de subordination permanente et les empêche de s’émanciper et d’exister pour elles-mêmes.

Malheureusement, bon nombre de marques de vêtements participent à ancrer ces discriminations à l’égard des personnes grosses dans nos sociétés. La mode joue un rôle majeur dans ce culte voué à la minceur dans la mesure où il existe encore très peu de marques pour les personnes grosses. Certaines enseignes vont jusqu’à délibérément bannir les grandes tailles de leurs rayons. C’est le cas de la marque Abercrombie & Fitch dont l’ancien PDG Mike Jeffries refusait de commercialiser des vêtements au-delà de la taille 40. Pour cause, il avait affirmé ne pas vouloir de gros.ses dans son magasin. « Nous embauchons dans nos magasins des personnes qui ont une belle apparence, car les beaux attirent les beaux, et nous voulons vendre à des clients cools et beaux. »

En réaction à ces critiques virulentes et discriminantes, des détournements des pubs de la marque avec le slogan « Attractive & Fat » (séduisant.e et gros.se ) font leur apparition sur internet.

Les personnes grosses, en surpoids et obèses ne sont pas seulement discriminées dans le secteur de la mode : elles connaissent un réel rejet de la société. Lors d’une étude sur la perception des discriminations à l’embauche, réalisée par le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail, 45% des personnes sondées ont jugé normal de discriminer une personne à l’emploi du fait de sa corpulence. De plus, cette étude a aussi démontré que les hommes étaient plus nombreux à estimer qu’il est acceptable de discriminer une personne du fait de son poids. Mais pourquoi ? Selon Gilles Boëtsch, anthropologue, directeur d’études au CNRS, dans l’imaginaire collectif « L’obèse renvoie au gras, au gros et au lourd. Il est construit socialement sur le principe de la mollesse, du laisser-aller, du non-contrôle de soi. Il est marginal non seulement d’un point de vue médical par les pathologies qui le frappent, mais aussi par l’écart à la norme qu’il signifie dans une société fondée sur l’apparence et la performance » Pour couronner le tout, les femmes obèses et en surpoids seraient bien plus discriminées que les hommes de même poids. En France être une femme grosse signifie avoir 8 fois moins de chance d’être employée qu’une femme qui ne l’est pas. Pour un homme gros, cela signifie 3 fois moins de chance d’obtenir un emploi.

Le secteur médical n’est pas non plus épargné par la grossophobie. Il semblerait que certain.e.s professionnel.le.s de santé soient incapables de prendre soin des patient.e.s gros.ses ou obèses avec humanité. Plusieurs témoignages relatent le même procédé : les patient.e.s en surpoids se rendent chez un.e praticien.ne pour un problème précis n’ayant rien à voir avec leur poids (bronchite, dépression, angine, contraception…) et lea praticien.ne estime avoir le droit de faire culpabiliser et d’humilier lea patient.e en tenant des propos outrageux à l’encontre de ce.tte dernier.e tels que : « Vu votre poids vous devriez vous estimer heureuse d’avoir encore vos règles. Et si vous envisagez d’avoir des enfants il va falloir perdre tout ça ! » Les témoignant.e.s déclarent sortir de ces cabinets avec de vives recommandations pour perdre du poids, voire avec les coordonnées d’un.e nutritionniste ou d’un.e spécialiste de la chirurgie bariatrique sans n’avoir rien demandé. Le problème a pris une telle ampleur que le collectif Gras Politique qui lutte contre les discriminations faites aux personnes grosses, en surpoids et obèses a dû recenser une liste de praticien.ne.s jugés « non safe » suite à des maltraitantes grossophobes.

Ces deux exemples de discriminations faites aux personnes grosses dans le milieu du travail ainsi que dans le milieu médical ne représentent qu’une infime part de ce que ces personnes vivent quotidiennement. En effet, les personnes en surpoids sont constamment raillées par la société qui juge normal et drôle de faire des blagues grossophobes. Invitée sur le plateau de Quotidien en décembre dernier, Gabrielle Deydier, figure de la lutte contre la grossophobie en France, déclare en ouverture de l’entretien avec Yann Barthès qu’à chaque apparition médiatique ayant pour but de dénoncer la grossophobie, certain.e.s internautes l’accusent de faire l’apologie de l’obésité. En effet, certaines personnes considèrent que les gros.ses méritent de l’être et qu’iels n’ont pas le droit de s’en plaindre, alors on leur confisque la parole. « Les gens n’ont pas de filtres quand ils s’adressent aux personnes grosses » affirme Gabrielle Deydier. Fréquemment qualifiée « d‘aberration de la nature » elle poursuit en racontant que lors de randonnées au lycée, les professeur.e.s la discriminaient en l’accusant de prendre « la place de quelqu’un de valide. » et que l’infirmière l’avait une fois convoquée pour lui demander si elle se « nettoyait bien les bourrelets ».

Ainsi ces exemples nous montrent que les personnes grosses sont déshumanisées, à tel point que la société en vient à légitimer le fait de leur ordonner comment vivre. En réponse à la grossophobie et aux autres discriminations faites aux minorités visibles, le mouvement body-positive se fait de plus en plus voir et entendre, mais est-il réellement inclusif ?

Célébrons nos beautés dans leurs singularités

Le mouvement body-positive est créé aux Etats-Unis en 1996 par Connie Sobczak et Elizabeth Scott. Cette initiative novatrice prône l’amour et l’estime de soi, questionne les normes de beauté établies par la société (entre autres : la minceur et la blancheur) et lutte pour la célébration de tous les corps. Malheureusement, « le mouvement body-positive, en devenant mainstream, s’est réaligné sur les critères de beauté construits notamment à l’attention des hommes » déclare l’auteure afro-féministe Kiyémis pour Buzzfeed. Il est vrai que #bodypositive tend à mettre en avant des corps qui correspondent aux normes de beauté en vigueur. Ce sont d’ailleurs ces posts qui sont le plus likés sur les réseaux sociaux.

Ainsi, l’initiative body-positive a perdu tout au long des décennies son objectif, à savoir représenter des corps différents afin de faire évoluer le regard et encourager l’estime de soi. C’est pourquoi certain.e.s se tournent vers le mouvement fat-activism, né aux Etats-Unis dans les années 1960, qui dénonce la grossophobie dans la société et affirme que les personnes grosses ont le droit au respect comme tout le monde. Cette initiative fait de l’amour de soi un outil permettant de dénoncer et de critiquer toutes les structures et industries oppressives et discriminantes présentes dans nos sociétés. On montre des corps gros et on célèbre leur beauté.

De plus en plus d’initiatives en faveur de l’inclusion des personnes grosses voient le jour. C’est le cas du collectif Gras Politique qui vise à politiser le combat contre la grossophobie et à donner un espace de parole aux personnes qui en souffrent au quotidien. L’une de ses premières actions a été la mise en place de cours de « Yogras ». Il s’agit de cours de yoga réservés aux femmes voulant pratiquer une activité en communauté dans un cadre bienveillant, décontracté et respectueux. Les séances sont ouvertes à toutes les morphologies et les prix sont fixés en fonction des moyens financiers de chacune. Les positions enseignées sont adaptées selon la morphologie des participantes afin que chaque femme puisse se sentir inclue et non pas discriminée.

Si de plus en plus de célébrités grosses, telles que Gabourey Sidibé de la série Precious ou Léna Dunham de la série Girls se mobilisent pour dénoncer le « Fat shaming » et encourager les femmes à s’aimer et s’accepter telles qu’elles sont, l’évolution des mentalités sur les personnes grosses ne se fera pas du jour au lendemain. Néanmoins, nous devons accueillir avec joie et fierté les initiatives entreprises ces dernières années et continuer à lutter contre la grossophobie ainsi que toute autre forme de discrimination, afin que les futures générations grandissent dans une société respectueuse avec des modèles qui les représentent et qui leur permettent de se sentir incluses.

Djéné DIANÉ

SITOGRAPHIE

Crédits images :

Image de couverture : https://www.yesmagazine.org/people-power/unapologetically-fat-a-challenge-to-how-we-see-womens-bodies-20171030

Image 1 : https://www.fourchette-et-bikini.fr/maigrir-par-zone/comment-avoir-une-taille-fine-28791.html

Image 2 : https://edition.cnn.com/2013/05/23/living/abercrombie-attractive-and-fat/index.html

Image 3 & 4 : https://graspolitique.wordpress.com/liste-non-safe/

Image 5 : https://www.instagram.com/explore/tags/bodypositive/

SOURCES

https://soundcloud.com/nouvelles-ecoutes/2-a-corps-ouverts

https://next.liberation.fr/vous/2016/09/21/les-gros-ne-correspondent-pas-au-culte-de-la-performance_1505420

https://information.tv5monde.com/terriennes/grossophobie-cette-discrimination-meconnue-qui-touche-les-personnes-grosses-209264

https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-diktat-des-apparences

https://next.liberation.fr/vous/2016/09/21/les-gros-ne-correspondent-pas-au-culte-de-la-performance_1505420

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/553492-beaute-fatale-de-mona-chollet-et-si-je-ne-comprenais-rien-au-feminisme.html

https://www.huffingtonpost.fr/2013/10/23/obsession-regimes-pourquoi-francaises-obsedees-minceur_n_4147708.html

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/12/15/quatre-chiffres-pour-comprendre-l-ampleur-de-la-grossophobie_5230050_4355770.html

http://sante.lefigaro.fr/article/obesite-le-suivi-est-crucial-apres-une-chirurgie-bariatrique/

http://www.slate.fr/story/159499/medecine-grossophobie-medicale-obesite-patients-education-therapeutique

https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/invite-gabrielle-deydier-combat-face-a-grossophobie.html

https://www.buzzfeed.com/kiyemis/comment-je-me-suis-eloignee-du-mouvement-body-positive

https://next.liberation.fr/vous/2017/02/05/body-positive-quand-l-amour-propre-prend-corps_1546478

http://cheekmagazine.fr/societe/gras-politique-grossophobie/

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Entreprise

Qu’est-ce que le “Brand Marketing” et en quoi est-ce utile ?

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brand marketing e-réputation

Dans de nombreux cas, pour réussir, il est nécessaire de se démarquer des autres entreprises ou marques qui proposent un produit ou un service similaire ou identique. C’est là qu’intervient le brand marketing ou plus simplement, le branding, un outil essentiel pour le succès d’une entreprise et pour créer l’image avec laquelle le public s’identifiera à cette marque. Nous expliquons ci-dessous ce qu’est cette stratégie marketing et en quoi elle consiste.

Qu’est-ce que le marketing/la stratégie de marque ?

Le marketing ou l’image de marque est la clé du succès d’une entreprise. C’est le processus qui comprend tout le travail effectué pour construire une marque. Ce processus va de la conception du logo au choix des couleurs de l’entreprise, en passant par le ton communicatif, les valeurs, le message à transmettre, l’e-réputation voulue etc… Toutes les actions qui tournent autour de la création d’une marque font partie de la stratégie de marque.

C’est un travail long et compliqué, car toutes ces actions visent à faire de la marque un point de référence et à faire en sorte que les consommateurs l’aient toujours à l’esprit, directement ou indirectement.

Si l’on dit qu’il s’agit d’un processus long et compliqué, c’est parce que la stratégie de marque commence dès la naissance de l’idée de créer une entreprise. À partir de ce moment, toutes les actions ultérieures sont incluses dans le marketing de marque : création d’un nom, création d’une identité d’entreprise, positionnement, fidélité à la marque et structure de marque.

Aspects clés du brand marketing

Pour que tout le travail porte ses fruits et que l’entreprise connaisse le succès, il est nécessaire de prendre en compte certains aspects clés :

Le public cible : il est très important d’identifier le profil qui sera intéressé par ce que la marque propose. Vous ne pouvez pas attirer un jeune public de la même manière qu’un public plus adulte, ni attirer l’attention d’un public féminin de la même manière que celle d’un public masculin. Une fois que vous avez identifié le profil du client potentiel, vous devez vous mettre à sa place pour savoir ce qu’il pense, ce qu’il ressent, ce dont il a besoin…

Envoyer un message clair et direct : une fois que tout ce qui précède est clair, l’étape suivante consiste à lancer un message pour capter l’attention du public. Ce message doit être direct et le plus court possible. Il s’agit de donner des informations sur le produit ou le service qui, en plus d’être concrètes, parviennent à susciter l’intérêt du public.

Établir un lien avec le public : il ne suffit pas que le public aime ce que la marque propose. Le public doit se sentir identifié au message transmis. Il est très important que le public auquel le message est adressé ait le sentiment que la marque connaît très bien ses sentiments, ses besoins, ses inquiétudes… De cette façon, il fera beaucoup plus confiance au produit ou au service et votre e-réputation n’en sera que meilleure.

Nous pouvons constater que dans le brand marketing, tout tourne autour du public. Pendant tout le processus de création, il est très important de tenir compte du type de profil qui sera intéressé par ce produit ou service afin de créer une image qui attire l’attention de ce type de personnes en particulier, car ce sont précisément elles qui peuvent devenir des clients potentiels.

Conseils pour appliquer le marketing de marque à votre entreprise

Comme nous l’avons déjà mentionné, le travail de brand marketing commence dès l’instant où naît l’idée de créer une entreprise.

ela signifie qu’il est nécessaire de commencer par choisir un nom, un logo, une charte graphique, des valeurs, un ton communicatif… Lorsque l’entreprise est déjà créée et a une structure définie, il est temps de la montrer au monde.

Voici quelques conseils pour commencer à appliquer le marketing de marque à votre entreprise et qui vous aideront à faire, au moins, les premiers pas vers le succès.

Soignez vos campagnes de marketing, car la manière dont vous vous présentez et dont vous vous adressez au public est essentielle. Il est clair que faire quelque chose d’original et d’accrocheur peut être crucial pour le succès, mais il est important de toujours rester dans la même ligne. Nous entendons par là que, dans l’originalité, il est important de ne pas perdre la cohérence.

Méfiez-vous des changements brusques, car ils peuvent être mal accueillis. Avant d’effectuer un changement dans le logo, dans le design du produit, dans la manière de communiquer avec le public… il est nécessaire de l’étudier longuement et d’évaluer les réactions possibles du public. Les changements ne sont pas mauvais, mais vous devez toujours tenir compte de l’opinion du public.

Concentrez-vous davantage sur la marque que sur le produit afin que le public se souvienne de vous. L’une des actions de branding les plus réussies a été de se concentrer sur la marque plutôt que sur le produit. Bien que cela ne soit pas applicable à toutes les entreprises, c’est un moyen d’ajouter de la valeur aux futurs produits ou services.

Essayez de rester au courant de tout pour capter l’attention du consommateur. Connaître les préoccupations, les inquiétudes ou les sentiments des consommateurs, entre autres, peut être d’une grande aide pour orienter une campagne de marketing vers ce qui attirera le plus l’attention. Pour connaître ces informations, il est nécessaire de connaître les modes, les tendances, la situation sociale actuelle… Toutes les informations du présent peuvent être utilisées pour réaliser une bonne campagne publicitaire.

Comme nous l’avons déjà mentionné, le marketing de marque est un processus long et complexe. En fait, c’est un travail qui peut prendre des mois, voire des années, selon la taille de l’entreprise. Tout doit être choisi avec grand soin car chaque élément, du logo à la campagne publicitaire, a un impact sur le public et de facto sur votre e-réputation.

Voir plus d’information sur l’e-réputation.

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Genre et communication

Les Masculinismes, Analyse de discours antiféministes

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Le masculinisme, équivalent au féminisme ? Une définition critiquable (et surtout de mauvaise foi)

Sur le CNRTL, le masculinisme n’a rien d’une définition sociale, c’est une définition purement biologique “Qui est propre à l’homme en tant qu’être humain du sexe doué du pouvoir de fécondation.” Toutefois, des groupuscules masculins ont repris le terme pour en désigner un mouvement de “lutte”, équivalent au féminisme, ou dans la pratique contre le féminisme. Je n’ai trouvé qu’une définition sur wikipédia reprenant la définition du dictionnaire terminologique québécois qui dit : Le masculinisme, ou hominisme, désigne un mouvement qui se préoccupe de la condition masculine et qui cherche à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société civile, à l’image du féminisme

Patrick Guillot, grand gourou masculiniste dit même sur son site “la cause des hommes” (la-cause-des-hommes. / com) préférer le termine “hoministe” car il se dit vouloir résoudre les problèmes des deux genres (à compter qu’il n’y en ai que deux, dans sa vision des choses). Pour lui le féminisme n’envisage les problèmes sociétaux que du point de vue d’un genre alors que « les problèmes concernent les deux ». L’hominisme serait donc un prolongement du féminisme à l’échelle de l’humain. Cette définition très diminutive prétend alors que le féminisme ne se penche que sur des problèmes exclusivement féminins et ne prend pas en compte la complexité des rapports de forces. Il prétend que le féminisme ne cherche pas l’égalité des gens dans les instances de société. De ce fait, le dit masculinisme se place comme anti-féminisme, qu’il considère comme l’idéologie dominante de la société aujourd’hui.

 

Stratégies de légitimation masculiniste et discours antiféministes

  1. Une communication “politique” numérique en opposition au féminisme.

Dans la pratique, bien entendu, les discours masculinistes/hoministes sont tout sauf humanistes et égalitaires dans la mesure où ils ne cherchent qu’à faire perdurer les logiques patriarcales pré-existantes.

Dès le deuxième article du manifeste hoministe du site évoqué précédemment, il s’agit exclusivement de masculinité. Seul les “hommes” sont concernés et aucune place n’est laissée aux femmes. Pour citer l’article : “Les hoministes ne se reconnaissent pas dans les stéréotypes sociaux masculins, qui sont des constructions culturelles passagères. Ils s’efforcent de découvrir et de cultiver leur identité réelle, tout en développant de nouvelles manières d’être au masculin”. Difficile de se revendiquer humaniste quand l’intérêt d’un unique genre y est développé.

 

Toutes leurs mesures cherchent par ailleurs à renforcer la place des hommes dans la société :

Le quatrième article parle d’accroître la place des hommes dans les domaines professionnels de la santé, du travail social, de l’éducation et de la justice. En analysant un petit peu, on comprend alors qu’il s’agit de garder les hommes dans leur position de domination. Même dans les domaines dits «féminins », ils dominent et assoient leur légitimité. Nicky Le Feuvre et Isabelle Zinn montrent dans « Ambivalent Gender Accountability Male florists in the Swiss context” (https://journals.openedition.org/rsa/1027) que les hommes fleuristes réussissent mieux que les femmes alors qu’ils sont moins nombreux (81% des fleuristes sont des femmes en France). Lors d’un concours prestigieux, ou quand on monte en grade professionnel, ce sont les hommes qui sont le plus valorisés. Pour des activités égales, les hommes sont mis en avant et les femmes sont considérées de l’ordre de l’habituel et du banal. Pour donner quelques chiffres, durant la Coupe de France des fleuristes en 2016 et en 2017, on comptait 55% de femmes parmi les finalistes, 33% parmi les lauréat.e.s pour seulement 1/6 du jury.

Les masculinistes, toujours selon Patrick Guillot, cherchent à trouver des solutions à la sous performance scolaire des garçons. Certes, la plupart des sociologues du genre montrent que les jeunes filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Mais au final, ce sont eux qui se retrouvent dans les filières les plus sélectives. L’évolution des filles dans le milieu scolaire est celui-ci : seconde : 53%, 1ère S : 47%, prépa scientifique : 30,2%. Or les filières scientifiques sont aujourd’hui réputées pour être les plus sélectives.

Les masculinistes veulent également une éducation égale entre père et mère “selon le principe qu’un enfant a deux parents pour la vie”. C’est donc une vision très réductrice de la famille. De plus, ils tentent de dénoncer l’idéologie misandre et “combattent fermement tout déni, discrédit, discrimination, accusation et réécriture de l’histoire diffamante à l’encontre de la moitié masculine de l’humanité”. Cette requête pose un problème : les masculinistes ne questionnent pas l’histoire dans ce qu’elle peut avoir de diffamant envers les femmes. Il est connu que l’Histoire est une construction biaisée de la réalité, un discours de communication qui a été écrit en grande majorité par les hommes – dans la mesure où accès à l’éducation leur a longtemps été réservée. L’Histoire telle que nous la connaissons est une transcription masculine du passé, ce qui rend ce propos masculiniste incohérent. Il nie le processus de fabrication de l’Histoire qui leur est favorable. Les grands hommes font l’histoire, donnent leurs noms aux stations de métro et aux établissement, mais pas les femmes.

 

  1. Le masculinisme comme un discours plus qu’une idéologie valable

Francis Dupuis-Déri, politologue, est passé dans une émission “Contre la rhétorique masculiniste” pour le podcast “Les couilles sur la table”. Il y développe le sujet de son livre Crise de la masculinité, autopsie d’un mythe tenace. Pour lui, le discours masculiniste tient à dire que le féminisme brime les hommes. C’est bien sûr une représentation fantasmée plus qu’une réalité sociale, politique ou culturelle. C’est un discours qui est principalement élitiste. Dupuis-Déri explique également que ces discours-ci et ces arguments diffèrent selon le clivage politique :

Tout d’abord, le discours le plus à droite est lié au nationalisme, donc à des sujets tels que l’avortement, la baisse démographique… ou encore l’accusation que les féministes masculinisent les femmes, qui ne veulent plus avoir d’enfants. Corrélé à ces logiques, on y trouve la théorie du Grand Remplacement (ou Le premier sexe de E.Zemmour, à ne pas lire si l’on est sensible, nous posons un “trigger warning”).

Ensuite, le discours de la gauche développe l’idée que les sociétés occidentales sont féminisées et que les femmes ont pris de l’influence. On peut prendre pour exemple la conférence d’Alain Badiou consacré au féminin, mais qui ne cite que des auteurs masculins (ce qui pose en soi déjà un point de tension). Badiou pense que dans les banlieues, les jeunes filles réussissent bien mieux que les garçons. Elles vont donc devenir des consommatrices et ainsi être enrôlées dans le capitalisme alors que les garçons resteraient des sortes de sous-prolétaires oubliés. Il y a par ailleurs cette notion stipulant que l’ennemi principal est le capitalisme et que le féminisme détournerait les luttes de cette problématique économiques majeure. Cela exclut donc cruellement les courants de la pensée féministe qui se veulent anti-capitalistes.

On peut également et surtout citer Stéphanie Kunert dans son article de juin 2017 Stratégies de légitimation et configurations discursives de la « cause des hommes », que nous vous invitons à lire directement (https://journals.openedition.org/edc/6802). Elle y explique que l’expression « cause des hommes » rassemble en partie tout ceux soutenant la thèse d’une « crise de l’identité masculine » et d’un traitement social globalement défavorable aux hommes, comme nous l’avons évoqué plus haut.

 

Exemple de groupes sociaux masculinistes créés sur différents espaces

On distingue deux types de prise d’espace. Non seulement il y a des groupes très définis avec des revendications officielles, mais il y a aussi beaucoup d’individus isolés qui viennent prendre la parole sur les réseaux sociaux dès qu’une femme parle de féminisme.

  1. Des groupes officiels

Les célèbres INCELS (ou Involuntary Celibates) sont une sorte de consortium regroupant les communautés en ligne réputées misogynes, et dont les membres se définissent comme étant incapables de trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle. Selon leur discours misogyne et violent, ce serait à cause des femmes devenues trop indépendantes et/ou trop masculines qu’ils seraient célibataires. Oui parce qu’ils s’agit presque exclusivement d’hommes hétérosexuels, blancs, plutôt jeunes, vivant surtout aux Etats-Unis et souvent racistes.

Les membres de cette communauté groupe décrivent les femmes comme étant des « femoïdes » (« femoids ») ou des « Stacys », femmes désirables mais superficielles ou « Beckys », désignant les femmes moins attirantes ; les hommes ayant facilement des rapports sexuels étant désignés comme des « Chads »..

Là où ce masculinisme est davantage inquiétant, c’est est qu’il cause des morts. L’exemple revenant souvent est la tuerie d’Isla Vista en 2014. L’auteur, Elliot Rodger, s’est déclaré incel et a laissé derrière lui un manifeste de 137 pages ainsi que des vidéos sur YouTube relatant la façon dont il voulait se venger pour avoir été rejeté par les femmes. Il était un membre actif d’une communauté incel appelée PUAHate (abréviation de « pickup artist hate »), et l’avait mentionné plusieurs fois dans son manifeste.

Plus récemment, en avril 2019, Alek Minassion a assassiné à Toronto une dizaine de personnes. Surprise, il s’avère qu’il était particulièrement actif sur des réseaux incels et qu’il ne s’en cachait même pas. Pour le citer, cet acte relevait de « la rébellion des Incels [qui] a déjà commencé. On va renverser tous les “Chads” et “Stacys”. » Nous souhaitons mettre en lumière la misogynie et la glorification de la violence qui sous-tendent de nombreuses communautés incel.

Nous pouvons aussi citer cette “Idéologie de la pilule noire”, qui est une croyance courante stipulant que le fatalisme et le défaitisme sont pour les personnes peu attirantes des sortes de pilules noires. Beaucoup d’incels pensent que la société est gynocentrique et que les femmes sont prédisposées à l’hypergamie. Le terme « pilule noire » a été inventé sur le blog Omega Virgin Revolt. Quelqu’un qui a métaphoriquement « avalé la pilule noire » a été « blackpilled », et est arrivé aux « réalisations réelles ou perçues socialement exprimées qui viennent du fait d’être un incel de longue date ».

Si nous prenons d’un point de vue sémiotique le site web des INCELS, à droite nous voyons les nouvelles publications. Parmi celles-ci :

  • “I am Getting an Escort, fuck it”, ce qui renvoie à l’idée de frustration sexuelle
  • “I don’t want to not care for a girl and treat her like shit” renvoie à la perception que les hommes ont d’eux-mêmes, jugeant qu’ils mériteraient d’avoir quelqu’un.

Un autre exemple très élitiste est celui de l’Ecole Major

Ce sont donc des cours qui peuvent intéresser ces hommes en manque de virilité mais la virilité s’achète.

Rien que le fait que l’on vous propose de payer la modique somme de 67€ pour de jolis conseils montre que ce masculinisme concerne une certaine catégorie de la population.

Ils développent le concept de “Mentalité supérieure”, pour les citer :

Ce que l’on entend plus nulle part. Ni de nos pères. Ni à l’école. Ni à l’Eglise. Ni à la TV. Nulle part. Nous vivons dans une société qui demande de plus en plus une formation de philosophie virile de vie pour survivre et réussir, mais qui en fournit pourtant de moins en moins. Paradoxe ? Logique. Dans cette société nihiliste et égalitaire, il vaut mieux que vous soyez une flaque sans caractère, sans force, sans indépendance, sans culture, sans but, sans clan, sans racines, sans spiritualité – en un mot, sans virilité – car elle vous veut domestiqué, passif, consommateur, pacifié, lâche, et un peu en échec, de sorte à ce que vous soyez dépressif, et donc plus exploitable encore. Il y a encore 50 ans, les hommes apprenaient de leurs pères les références mentales, culturelles et morales essentielles à leur développement et à leur épanouissement. Aujourd’hui, il n’y en a plus. Ces références ont été diabolisées, caricaturées et dissimulées.”

Pour faire court, selon eux, la société s’est tellement féminisée qu’on apprend plus aux hommes à être des “vrais”. Ces masculinistes défendent une masculinité virile hégémonique, culturelle, politique et sociale.

  1. Des individualités masculinistes qui s’expriment en dehors de leur espace privé

Récemment, sur Twitter a été définie la “pp manga Twitter”, autrement dit un groupe social d’hommes dont les caractéristiques sont de revenir sans cesse sur les arguments féministes et d’insulter sans complexe chaque femme qui poste quelque chose de “subversif” selon eux. C’est traiter de put* celles qui ont une opinion ou qui ont une certaine liberté avec leur corps, en discréditant au passage les travailleuses du sexe. Si au fondement ce ne sont que quelques individus se retrouvant autour des grands personnages de masculinité virile dans les mangas, c’est allé bien plus loin que ce simple univers. Ils sont devenus un groupe social à part entière, une communauté twitter, non officielle mais actée. Les communautés féministes, antiracistes et lgbtqi+ se sont approprié le terme “le pp manga twitter” ou “le FC pp manga” pour y regrouper ces individus problématiques, sexistes, homophobes et souvent racistes qui se retrouvent dans leurs tweets (mentions). C’est alors devenu commun de se revendiquer comme appartenant au “FC pp manga” lorsque son opinion est que “la société se dégénère à cause des lgbt et des put*”.

Leurs principales opinions sont donc :

  • que la femme se dénigre lorsqu’elle revendique une quelconque liberté
  • que les féministes sont dans l’excès car les hommes souffrent aussi. On retrouve souvent ce schéma de victimisation des hommes qui seraient le souffre douleur de la société actuelle
  • que les lgbtqi+ annoncent la fin de l’humanité et qu’ils revendiquent trop de choses tout en imposant leur “lobby”

Le masculinisme se manifeste donc sous plusieurs formes, et représente plus un discours irrationnel qu’une réelle revendication, dans la mesure où leurs idéologies sont fondées sur de la mauvaise foi et des mots creux. Ce n’est évidemment pas un équivalent au féminisme et cela ne le sera jamais. A contrario, les discours masculinistes sont comme nous l’avons prouvé, des discours profondément anti-féministes, voir misogynes, qui prônent une conservations des structures patriarcales.

Lucie Ratier et Mélanie Fiton.

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Genre et communication

Les personnes intersexes, victimes d’une discrimination silencieuse

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« Avons-nous vraiment besoin d’un vrai sexe ? ». C’est la question qui est posée dans la préface de l’ouvrage de Michel Foucault, Les mémoires d’Herculine Barbin.

La société actuelle et occidentale fonctionne sur la logique de bi catégorisation des sexes, une logique qui voudrait que nous ne pouvons pas « être » sans « être homme » ou « être femme ». Mais finalement, comment définir le sexe ? Pouvons-nous réellement affirmer qu’il n’en existe que deux ?

Une binarité sexuelle naturelle ?

Dans son ouvrage Sexing the Body, Anne Fausto-Sterling remet en cause le modèle standard de la binarité de l’identité sexuelle et de la distinction sexe/genre. Selon elle, « la masculinité complète et la féminité complète représentent les extrémités d’un spectre de types de corps possibles ». En cela, elle tente de faire valoir qu’il existe plusieurs types de sexes entre les deux extrêmes homme/femme.

Ainsi, dire qu’il n’existe que deux sexes serait une affirmation clairement insuffisante, pour ne pas dire fausse. Et pourtant, la jurisprudence semble nous avoir confirmé le contraire : « tout individu, même s’il présente des anomalies organiques, doit être obligatoirement rattaché à l’un des deux sexes, masculin ou féminin, lequel doit être mentionné dans l’acte de naissance » (Cour d’appel de Paris, 18 janvier 1974). Cette obligation repose sur la conviction que le sexe d’une personne « fait partie des marqueurs essentiels de son identité » et que toute personne « est de sexe soit masculin soit féminin ». Le législateur ne considère pas l’hypothèse où le sexe de l’intéressé.e ne peut pas être déterminé avec précision à titre définitif. La loi française ne permet donc pas de faire figurer, dans l’état-civil, l’indication d’un sexe autre que masculin ou féminin. L’État français considère la binarité sexuelle comme naturelle et nécessaire à l’organisation sociale et juridique.

Qu’en est-il alors des personnes qui ne se reconnaissent dans aucune de ces deux catégories ?

Cela peut être le cas des personnes intersexes. L’intersexuation apparaît comme une remise en cause totale de la manière dont le sexe, le genre et les différentes identités sexuelles et de genre sont pensées par la société. Elle est assez complexe à définir et peut recouvrir des réalités très différentes, les Nations Unis la définissent ainsi : Il s’agirait de « personnes nées avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions typiques de « mâle » et « femelle » ». L’intersexuation peut se manifester sur plusieurs plans, sur le plan physique, par exemple dans l’apparence des organes génitaux externes ou internes, mais aussi sur le plan hormonal, gonadique, chromosomique ou encore anatomique.

Il est important de se rendre compte de l’importance du phénomène de l’intersexuation, qui est bien souvent ignoré par la grande majorité de la population, ou largement sous-estimé en termes de chiffres. L’ONU estime que chaque année, 1,7% de nouveau-nés sont intersexes (se dit aussi « intersexué.e.s »). La terminologie même de l’intersexuation est problématique et témoigne de la norme binaire qui entoure les sexes et le genre. En effet, les termes les plus souvent utilisés pour parler d’intersexuation sont ceux d’« ambiguïté sexuelle », d’ « intersexualité » , ou encore de « variations du développement sexuel » (expression employée dans le rapport du Sénat de 2017). Ces termes sont souvent considérés comme inappropriés voir insultants car ils font référence à quelque chose d’anormal (le terme d’ambiguïté démontre en effet qu’il y a quelque chose de flou et de contre-nature), de même que le terme d’intersexualité fait référence à la sexualité, alors qu’il ne s’agit pas d’une orientation sexuelle.

Dans le langage courant, l’intersexuation est souvent confondue avec l’hermaphrodisme. L’hermaphrodite est un personnage de la mythologie grecque disposant des deux organes génitaux fonctionnels (mâle et femelle), ce qui n’est pas le cas des personnes intersexes. La terminologie est donc difficile et témoigne d’un malaise, d’une gêne et d’une exclusion de ces personnes. Aux États-Unis par exemple, on parle de « disorders of sex development » pour remplacer le terme d’hermaphrodisme mais ce terme pose problème également dans la mesure où il suppose que l’intersexuation est pathologique. Cette maladresse dans la nomination de l’intersexuation et son euphémisation en termes de chiffre empêche toute prise de conscience sur la discrimination réelle que subissent les personnes intersexes.

Tensions et débats autour du « traitement médical » imposé

Bien que l’invisibilisation de ces personnes soit avérée, une décision a récemment réactivé le débat et créé des tensions en ce qui concerne le traitement médical de l’intersexuation.

Ce mardi 8 octobre 2019 à l’Assemblée Nationale, une longue discussion s’est produite. D’après la presse, ou en tout cas d’après la majorité des médias nous informant du débat (La voix du nord, Libération, Francetvinfo, Le Figaro, LCI, et j’en passe…), les députés auraient voté un amendement en faveur « d’une meilleure prise en charge des enfants intersexués ». En effet, lorsque l’on tente de s’informer sur ce qu’il s’est passé à l’Assemblée ce mardi, on tombe sur des titres d’articles très positifs voir prometteurs. On parle d’« avancée », de « prise en charge », de « protection », de « considération, enfin ! » pour les personnes intersexuées.

Pour autant, cet amendement laisse une inquiétante zone d’ombre sur le problème réel qui entoure la question des enfants intersexués. Celle du traitement médical, ou plus précisément, des mutilations génitales des corps de ces enfants. La France a déjà été rappelée trois fois à l’ordre par l’ONU sur cette question en 2016. Une fois par le Comité des Droits de l’Enfant, une fois par le Comité contre la torture, une fois par le Comité pour l’élimination des discriminations à l’égard des femmes. Ce qui n’empêche aujourd’hui toujours pas les opérations mutilatrices d’être pratiquées.

L’amendement adopté permettrait de systématiser « l’orientation des enfants nés intersexes vers les quatre centres de référence des maladies rares du développement génital, à Lille, Lyon, Montpellier et Paris ». C’est à se demander comment mettre des enfants dans des centres spécialisés sensés traiter des « maladies » pourra les aider à se sentir normaux et acceptés au sein de cette société… comme s’il s’agissait véritablement d’une avancée. Il est également précisé que « le consentement du mineur doit être systématiquement recherché s’il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision ». Cette phrase est assez comique, voir antithétique, étant donné que la grande majorité des opérations sont réalisées à un âge extrêmement jeune. Si jamais l’enfant est capable de décider par lui-même on le laissera faire, or dans la pratique cela n’arrive pas car les opérations se réalisent souvent à partir de deux ans, un âge où la capacité décisionnelle n’est pas exactement atteinte. On se trouve donc devant un amendement voté à 91 voix contre 3 qui est alors l’art de conserver l’ordre établi en faire semblant de changer les choses.

Un seul amendement lors de ce débat a été proposé qui aurait pu avoir un réel impact sur la maltraitance des personnes intersexuées. Un amendement proposé par La France Insoumise, qui parlait de la suppression de toutes interventions chirurgicales hors nécessité vitale immédiate. L’amendement a été rejeté. 19 voix pour, 89 contre. Les politiciens ont donc décidé à la place des personnes concernées. Agnès Buzyn nous informe que selon elle, cet amendement n’était pas la bonne solution. Le gouvernement de La République en Marche a donc voté en conséquence, contre la suppression des actes chirurgicaux. Tel a été l’ordre du gouvernement. Tel a été l’ordre de la ministre de la santé. Ordre d’une ministre qui n’a pas hésité à qualifier il y a tout juste un mois l’intersexuation de « maladie rare du développement génital ».

L’argument de la « maladie » et « l’hybridité » pour justifier les mutilations

Une « maladie »…. L’intersexuation n’est ni une maladie, ni une pathologie, ni un trouble, ni un désordre du développement sexuel, ni une anomalie, ni une ambiguïté, ni une erreur de la nature. C’est à cause de cette idée pathologisante que ces interventions chirurgicales de conformation sociale des corps se voient justifiées et légitimées. Selon le code civil, ces interventions ne sont considérées comme légales que lorsqu’il y a « nécessité médicale ». C’est là que réside tout le problème. Ce sont les médecins qui déterminent cette soi-disant nécessité, qui dans la majorité des cas, n’en est absolument pas une.

Les personnes intersexuées ont longtemps été considérées comme des êtres « hybrides », des « monstres » appartenant à un entre-deux, une sorte d’erreur de la nature, comme des individus souffrant d’une maladie qu’il faudrait corriger. La norme sociale de binarité des sexes régit le corps médical par le biais d’interventions chirurgicales, qui décide donc de l’identité sexuelle des individus intersexes. Ces interventions de « rectification du sexe » peuvent être de différents types : assignation sexuelle irréversible, stérilisation forcée, infertilité définitive, chirurgie normalisatrice de l’appareil génital, vaginoplastie, clitéroplastie…etc. Ces opérations sont décrites dans l’article d’Amélie Gogos-Gintrand, Intersexualité : binarité des sexes, médecine et droit. (https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02237524)

Lorsque ces enfants souffrent de ce qu’on appelle l’« hypospadias » ( une « anomalie » congénitale du pénis), les points de suture sont nombreux, et l’opération requiert parfois des greffes de peau. Lorsqu’on assigne à un enfant intersexe le sexe masculin, alors il est possible qu’il subisse jusqu’à trois opérations du pénis lors des deux premières années de sa vie, voir d’autres durant son adolescence. Dans certains cas, les cicatrices peuvent être multiples et le risque d’une immobilité du pénis est possible.

A l’inverse, lorsque l’on assigne aux enfants intersexes un sexe féminin, une opération de « réduction du clitoris » est envisageable, ou encore une intervention bien plus lourde de conséquences comme celle de la « construction ou expansion vaginale » ou encore la « réduction labio-scrotale ». Dans le cas d’une construction artificielle de vagin, des techniques imposent aux médecins, puis aux parents pendant toute l’enfance et l’adolescence de l’enfant, d’introduire régulièrement dans le vagin ou néo vagin un dispositif (appelé bougie), afin d’éviter que le vagin ne se referme et ainsi de « féminiser » les enfants intersexesdestinés à être des filles.

Risques et traumatismes

Ces techniques sont qualifiables pénalement de mutilations génitales ou de viols. La chirurgie vaginale peut provoquer de fortes douleurs chroniques, peut également supprimer le plaisir sexuel, ou provoquer l’infertilité. Les conséquences sur la santé des personnes intersexes sont extrêmement lourdes, même des années plus tard (certains en témoignent, notamment Vincent Guillot, un des fondateurs de l’Organisation mondiale de défense des intersexes). Elles sont pour la plupart très risquées et sont souvent traumatiques. Pour Elsa Dorlin, le traitement médical des enfants intersexes ne sert pas à leur attribuer un sexe (car ils en ont déjà un) mais plutôt à leur donner le « bon sexe » afin qu’ils disposent d’un « comportement sexuel cohérent », en ce sens on entend surtout l’hétérosexualité.

Cette norme de binarité empêche toute hypothèse de l’existence d’une pluralité d’identités sexuelles et de genre, elle engendre une forte pression sociale et médicale sur les individus intersexués de par la nécessité de les catégoriser. Le traumatisme est violent chez l’enfant mais la situation des parents n’en est pas moins difficile. La décision est prise sous une forte pression médicale, juridique et sociale, avec ce besoin sans cesse de catégoriser l’enfant, de lui donner une identité sociale pour que son éducation ne soit pas déstabilisée. On s’aperçoit alors que toutes ces opérations ne répondent en fait qu’au besoin d’identité, elle est considérée comme nécessaire dans notre société car elle contribue à la stabilité et au maintien de l’ordre social et juridique. L’urgence médicale se voit renforcée par la loi étant donné que l’assignation d’un sexe dans l’état-civil doit souvent se faire dans un très court délai. Le corps médical répond à une norme sociale de binarité de l’identité sexuelle et de genre qui est elle-même institutionnalisée par le droit via l’état civil.

Une question essentielle se pose alors : Ya-t’il vraiment besoin de la mention de sexe et de genre dans l’état-civil ? Aujourd’hui, cette mention est un outil de discrimination envers les personnes intersexes. L’intersexuation est rejetée dans tous les domaines de la vie, au niveau juridique par l’obligation d’inscrire cette mention, et elle est supprimée par l’ordre médical avec la conformation des corps. L’identité sexuelle est bien sociale et culturelle, elle se définit par le domaine médico-juridique, et non pas par la nature.

Vouloir conserver une société binaire et hétéronormée : empêcher l’auto-détermination ?

Oui, la médecine et le droit sont des instances de pouvoir. Ces institutions contribuent à conserver un ordre social basé sur la binarité de l’identité sexuelle et de genre. Ni l’une, ni l’autre n’est une instance objective et neutre. Elles disposent d’un droit de propriété sur les personnes intersexuées. Elles décident de leur sexe, de leur genre. Elles leur imposent une identité. JanikBastien-Charlebois, intersexe et professeure au département de sociologie à l’université du Québec à Montréal, en témoigne :

« En étant placées en état d’exception, nous, personnes intersexuées ou intersexes qui avons subi des transformations de notre sexe sans notre consentement, apprenons tôt que notre corps ne nous appartient pas, qu’il est si repoussant aux yeux des parents ou des autorités médicales que ceux-ci s’estiment parfaitement justifiés de porter atteinte à notre intégrité physique. Nous apprenons que notre avis et la vision que nous entretenons de notre corps ne comptent pas. »

Dans le but de conserver une société binaire et hétéronormée, dans le but de contrôler, surveiller, éviter toute déviance à la norme des sexes. Les personnes qui ne correspondent pas à ces catégories ne peuvent pas vivre normalement. Il faut leur assigner un sexe, un genre, leur faire subir des opérations qui auront des répercussions inimaginables sur leur santé physique et psychologique durant tout le restant de leur vie.

Pour autant il en va du droit à l’auto-détermination. Il en va de la liberté dont devraient disposer tous les individus de choisir leur identité sexuelle et leur identité de genre, ou bien de la liberté de ne pas choisir, de ne pas se catégoriser. En ce sens, l’un des combats les plus importants des organisations de défense des intersexué.e.s est celui de supprimer toute mention d’appartenance à un sexe, quel qu’il soit, sur l’état-civil. L’enjeu de l’intersexuation aujourd’hui est de dépasser la classification binaire qui existe entre homme et femme et d’admettre qu’on a le droit de n’être ni l’un ni l’autre, tant socialement que dans le droit.

Foucault l’avait déjà bien expliqué. La médecine et le droit ont stratégiquement repris l’ancien rôle de l’Eglise (comme institution politique). Ce sont des instances de contrôle de la société qui ont pour rôle de catégoriser les sexes et les sexualités pour conserver l’ordre établi.

«Longtemps, les hermaphrodites furent des criminels, ou des rejetons du crime, puisque leur disposition anatomique, leur être même embrouillait la loi qui distinguait les sexes et prescrivait leur conjonction».

L’ouvrage de Foucault datant de 1976, traitant de l’histoire de la sexualité depuis le XVIe siècle est finalement encore terriblement d’actualité.

La rédactrice de cet article possède également un blog engagé autour des questions de genre et d’identité que vous pouvez consulter par ici : https://genderanger.home.blog/

Sources photos : https://www.komitid.fr/2018/10/12/3-questions-a-lil-activiste-intersexe-sur-les-reseaux-sociaux/
https://cia-oiifrance.org/2017/09/04/10-choses-a-savoir-sur-lintersexuation/

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