Petit guide de conduite à l’égard des allié.e.s pour la lutte LGBTQ+

« Mais tu sais, pour te faire accepter en tant que personne LGBTQ+ tu devrais faire ça : [insérer une phrase sur la façon dont les autres devraient se comporter] plutôt que ça [autre phrase banale] ! Ah non par contre JE suis hétéro, mais tu sais je connais bien les gay, j’adore Queen ». Encore une fois René.e, tu as tout faux. Car non, ta position d’allié.e ne te permet pas de dire aux autres quoi faire, ni comment, n’importe comment. Petite explication.

Dans le monde de la cause LGBTQ+, il y a deux types de personnes : celles et ceux qui sont concerné.e.s directement, de par leur appartenance à la communauté, et les autres. Les autres, ce sont les allié.e.s. Selon Brooks et Edwards (2009) il s’agit d’« une personne hétérosexuelle qui soutient les personnes de différentes orientations sexuelles, identités et expressions de genre dans le but de contribuer à leur bien-être ou à une plus grande acceptation de leurs réalités ». La présence des allié.e.s est très importante au sein de la lutte pour les droits LGBTQ+.

Cependant, par leur volonté de bien agir, souvent iels se méprennent lourdement, tombant dans des erreurs facilement évitables qui peuvent avoir les effets inverses de ce qui est désiré. La maladresse de certain.e.s peut-être particulièrement rageante pour les personnes LGBTQ+, ce qui provoque aussi l’incompréhension des allié.e.s. À partir de mon expérience personnelle, mais aussi des témoignages que j’ai pu avoir autour de moi, je vais essayer de dresser un petit guide en trois points des choses à faire et à ne pas faire quand on veut être le/la meilleur.e allié.e possible !

Note : Être un.e allié.e, ça ne concerne pas uniquement la cause LGBTQ+, on peut être allié.e de tout combat de minorités si on le soutient sans y appartenir. Ce qui est valable pour la position des allié.e.s pour les LGBTQ+ s’applique aussi aux autres que je ne traiterai pas ici.

1. Ton avis, tu modèreras.

Les allié.e.s ont tendance à vouloir bien faire, parfois trop bien. Leur position les amène à donner leur avis sur la cause LGBTQ+, ce qui est légitime. Mais si toute opinion sincère est bonne à prendre, celle-ci doit être respectueuse. Or, en voulant parler avec les personnes LGBTQ+, les allié.e.s se mettent souvent à parler à leur place. C’est là que les choses se compliquent.

Je m’explique. Même si le discours est sincère et fondé, il est particulièrement déplacé de la part d’une personne super straight de vouloir imposer son avis dans une conversation sur un sujet qui (désolée) ne la concerne pas directement. Imaginons une situation où trois personnes doivent sélectionner des articles sur la cause LGBTQ+. Sur ces trois personnes, deux appartiennent à la communauté et l’autre est un.e allié.e. Cette dernière, bien que certaine de donner un avis meilleur, ne peut absolument pas imposer son choix aux autres car elle n’est pas directement touchée. Je ne parle pas ici de qualités rédactionnelles, de mise en page ou autre, mais du contenu et de sa justesse par rapport à la cause LGBTQ+. L’expérience, les sentiments sont des choses qui ne se remplacent pas, et avec toute la sincérité et la bonne volonté du monde, il est impossible pour un.e allié.e de se mettre parfaitement à la place de son ami.e queer. Cela n’empêche nullement le débat d’idées, simplement l’allié.e doit mettre sa fierté de côté, et reconnaître que des choses peuvent le/la dépasser : sa parole ne peut pas remplacer celle d’une personne LGBTQ+. À notre époque, où tout le monde a enfin l’occasion de s’exprimer par soi-même, laissons-les en profiter !

Note : René.e, ne sois pas triste pour autant, comme le monde est injuste il y a plein d’autres situations où on t’écoutera plus, justement car tu es hétérosexuel.le, donc pour une fois fais un effort.

2. Ta langue, tu retiendras.

Par le fait que la plupart des insultes françaises rabaissent étymologiquement les femmes, les homosexuel.le.s et les travailleur.euse.s du sexe, les allié.e.s (et les autres, accessoirement) doivent surveiller leur langage. En effet, par sa position un.e allié.e, plus que n’importe qui, doit essayer de bannir de son quotidien des mots tels que « pédé », « enculé », ou autres « tapette » et réjouissances dont le taux de respect égale le niveau « clash dans Les Marseillais ». Avouez qu’il y a mieux.

Pour donner un exemple concret, j’étais l’autre jour devant un bar avec deux amies hétérosexuelles et un ami bisexuel. Mes deux amies se font un bisou sur la bouche pour se dire bonjour, un garçon de café que nous connaissons par son travail (dont nous ne sommes pas proches, donc) arrive. En voyant mes copines se faire un smack il s’exclame « salut les pédés ! ». Il rentre dans son bar et mon ami me regarde, halluciné, car, même si l’insulte prononcée sur le ton de la rigolade ne lui était pas adressée, il s’est senti agressé. « Mais d’abord le serveur il pouvait pas savoir que ton pote il est gay ». Non, et quand bien même cela ne le regarde pas. De plus, son « pédé » était adressé à mes amies qui s’embrassaient donc c’était, sans le vouloir je n’en doute pas, homophobe.

Voilà toutes les raisons pour lesquelles les insultes homophobes (et sexistes) doivent être abandonnées par tout.e.s les allié.e.s par respect et cohérence avec leur propre combat.

Note : Si votre ami.e LGBTQ+ accepte le retournement de l’insulte vous pouvez l’employer de façon consentie, amicale, mais uniquement dans ce cas.

Note 2 : Tant qu’on y est : « salut les miss », c’est non aussi.

Note 3 : Le « hey les negros », est proscrit pour des raisons évidentes lorsqu’on est blanc.he.

3. Les événements non mixtes, tu respecteras.

Pour conclure cet article, je vais parler des événements et groupes non mixtes. La non mixité c’est simple : il s’agit d’un principe d’exclusion envers les personnes qui ne sont pas concernées directement par la cause défendue. Par exemple un événement non-mixte réservé aux femmes noires homosexuelles sera fermé aux hommes, aux femmes blanches ou racisées mais pas noires, et aux femmes noires hétérosexuelles.

Pourquoi une telle décision ? Eh bien les mécanismes d’entre soi sont primordiaux dans la plupart des minorités afin de se réapproprier les interdictions et les censures. Il est facile d’expliciter cela : aucun événement banal n’est interdit à des personnes blanches et hétérosexuelles, encore plus quand ce sont des hommes. C’est un fait, il suffit d’aller n’importe où pour s’en apercevoir. Par contre, il n’est pas rare que deux hommes qui se tiennent la main se voient rappelés à l’ordre dans un bar, quand ils ne sont pas simplement renvoyés de façon plus ou moins polie. Donc la possibilité d’organiser des événements non mixtes prend ici son sens : il s’agit de lieux, de moments réservés aux personnes d’habitude opprimées pour renverser les rapports de force et se sentir en sécurité. De plus, ce sont des lieux d’expression de l’opinion où, justement, on peut pousser la discussion entre personnes concernées et ne pas rester en surface à cause des explications et justifications à donner à chaque fois…

Car non, les personnes LGBTQ+ ne sont pas toujours en situation de sécurité : j’ai un ami qui s’est récemment fait menacer parce qu’il portait des paillettes en sortant de boîte, ça va loin. Il est du devoir des allié.e.s de respecter cela car encore une fois il s’agit d’un domaine qui ne les regarde pas, qu’iels peuvent comprendre mais auquel iels ne peuvent pas participer. C’est une question d’honnêteté intellectuelle et de respect. Bien entendu si vous vous présentez à une soirée non mixte LGBTQ+, personne ne va vérifier votre orientation sexuelle et c’est le comble de s’incruster à une fête gay sous prétexte qu’ils font mieux la fête !

Ces trois points ne sont bien sûr pas les seuls à respecter mais ils sont, à mon sens, les plus importants. Encore une fois être allié.e d’une cause qui vous tient particulièrement à cœur est une très bonne chose et toute démarche sincère est justifiée. Cependant, la position d’allié.e n’est pas une position de toute puissance. Il ne s’agit pas de se faire porte-parole (laissons les personnes concernées se défendre elles-mêmes, enfin !) mais simplement ami.e et accepter que parfois il vaille mieux rester humble que d’obtenir les effets inverses de ce qui est recherché.

Caroline Poyet

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